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Portraits

Maïté Marra : avec corps, arbre et mots

Cette jeune plasticienne née à Vénissieux vient d’obtenir, dans le cadre de la Biennale d’art contemporain de Lyon, le prix de la Jeune création de la région, pour une installation visible à l’IAC de Villeurbanne.

Photo Emmanuel FOUDROT

Tout commence par une invitation. Celle faite courant avril 2021 à la plasticienne Maïté Marra par la Biennale d’art contemporain de Lyon. Il s’agit de concevoir un projet en un mois pour faire partie de la sélection Jeune création internationale.

« Le thème de la Biennale, rappelle Maïté, Manifest of Fragility, ne faisait pas partie des contraintes. Mais la fragilité m’a intéressée, elle traverse mon travail depuis des années. »

Maïté propose alors Chapitre III : La chambre implantable : une vidéo accompagnée d’une chambre dans laquelle seront affichés de courts textes poétiques qu’elle a écrits, avec une autre pièce comprenant un système d’éclairage. « Transpalux, une société de Villeurbanne, nous a soutenus pour éclairer la pièce. Le cœur de ma proposition, ce sont les textes poétiques autour du récit d’une expérience traumatique, la perte d’un enfant. Comment les rendre visibles ? Est arrivée l’idée du film qui fait écran et qu’il faut traverser concrètement. J’ai tourné en mai 2021 et écrit les textes en octobre de la même année. »

Photo Emmanuel FOUDROT

L’installation est aujourd’hui visible à l’IAC (Institut d’art contemporain) de Villeurbanne et a valu à l’artiste d’être lauréate du prix Jeune création de la région, reçu ce 12 septembre. « Il m’a étonnée, vu la difficulté à défendre mon projet. Il m’a été décerné par un jury de professionnels, extérieurs à l’organisation. J’espère qu’il sera l’occasion de visibilité de mon travail et de rencontres. »

Maïté Marra a passé un bac littéraire, option cinéma. « J’étais à Léonard-de-Vinci, à Villefontaine, et avais quatre à six heures de cinéma par semaine, avec Dominique Caron. » La lycéenne voudrait suivre alors un cursus en photographie mais il n’existait pas de formation publique, à moins d’avoir bac + 2. « Par connaissance, j’ai sollicité un photographe à Montréal qui m’a prise en stage, à condition que je suive aussi des cours. J’y suis restée d’août 2010 à fin mai 2011. »

Malgré tout, Maïté a beau se passionner pour cet enseignement, elle le trouve ennuyeux. « On photographiait des marteaux et des verres d’eau ! Pour mon diplôme, j’ai dû immortaliser une botte d’asperges dans une boîte en aluminium. Comme j’ai découvert les Beaux-Arts, j’ai envoyé plusieurs dossiers de candidature et j’ai été prise à Beaune. Je suis passée d’une ville de 4 millions d’habitants à une autre de 22 000. J’ai pu découvrir l’art contemporain et me suis ouverte aux expérimentations. »

Elle entre aux Beaux-Arts de Lyon en 2012 et obtient son DNAP (diplôme national d’arts plastiques) en 2015. Après avoir passé son master, elle file à Bruxelles où elle se forme en céramique. Elle suit également un enseignement double en vidéo et sculpture.

Buongiorno… e arrivederci Roma

De retour en France en février 2016, Maïté se porte candidate pour une résidence à la Villa Médicis, à Rome. « C’était la deuxième année d’un nouveau programme et ce fut la dernière, ce programme ayant été supprimé l’année suivante. J’y suis restée trois mois avec un projet : scanner les sculptures avec des images prises en contact direct avec la vitre. »

En 2017, elle décroche aux Beaux-Arts de Lyon son diplôme national supérieur d’expression plastique (DNSEP). « Je reste très attachée à la vidéo d’art. C’est vrai qu’en ayant suivi au lycée des cours de cinéma, j’ai été tentée d’écrire des scénarios. Mais, pour un film de cinéma, il faut réfléchir au financement, embarquer toute une équipe dans son propre projet. Ce sont des contraintes et je veux avoir la liberté de faire des choses simples, spontanées. Le cinéma a ses codes alors que mon travail me permet d’en inventer. »

C’est ainsi qu’en résidence au macLYON en 2018, elle signe Cartographie d’une violence avec corps et mots, impressionnante vidéo sur un autre traumatisme : l’agression d’une infirmière sur son lieu de travail. « C’est vrai, reconnaît-elle aujourd’hui, que le trauma et la question de sa représentation traversent mon travail. Dans ce film, la notion de « blouse blanche » donnait un peu de contexte. Avant le covid on entendait souvent parler de ces agressions à l’hôpital, aujourd’hui plus du tout. »

Pour les textes, c’est pendant son séjour au Canada qu’elle commence à prendre des notes. « En 2020, j’ai été invitée en résidence à l’URDLA de Villeurbanne et j’avais collecté un recueil de citations sur le sentiment amoureux, prélevées dans les transports. Je n’imaginais pas parvenir à l’écriture. Puis, le Covid est arrivé et a été un coup de massue pour les artistes. Beaucoup d’expos ont été annulées. Et nous avons eu ce débat sur l’essentiel et le non-essentiel. J’ai eu un petit effondrement, une crise, et l’écriture m’a soutenue à ce moment. De là à éditer quelque chose, je ne sais pas. Il est possible que je m’accroche à cette forme-là mais rien n’est sûr ! »

Déjà, Maïté est repartie sur d’autres projets dont l’un concerne la réouverture du palais Bondy, en 2024. « Et, comme je suis artiste associée à l’URDLA, j’ai une visibilité sur six mois. » C’est court, pense-t-on, mais elle ajoute : « C’est souvent ainsi ! »

Chapitre III : La chambre implantable de Maïté Marra, visible jusqu’au 31 décembre à l’Institut d’art contemporain (IAC – 11, rue du Docteur-Dolard, Villeurbanne), dans le cadre de la Jeune création internationale.

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