Lycée Jacques-Brel : Chantal Fonterme, infirmière de cœur

Après avoir exercé trente ans comme infirmière à Jacques-Brel, Chantal Fonterme prend sa retraite. Le lycée perd un de ses piliers.

Le 11 juillet prochain, quand elle fermera la porte de son infirmerie, Chantal aura certainement un énorme pincement au cœur. À 65 ans, elle part à la retraite après 30 ans passés à Jacques-Brel. Son état d’esprit se résume à cette phrase : « Je suis arrivée à Vénissieux en pleurant, j’en repars en pleurant ».

Après avoir travaillé à l’hôpital puis dans un laboratoire médical, Jacques-Brel a été son premier et seul poste en tant qu’infirmière scolaire. « Au début, je bossais sur deux lycées, Sembat et Brel, très rapidement j’ai obtenu ma titularisation. J’ai exercé d’abord sur l’ancien site puis ici. Ce fut un boulot intense, et merveilleux. »

Ce que Chantal a préféré : la diversité du travail et surtout les liens tissés avec les adolescents. « Presque tous me tutoient, m’appellent par mon prénom, certains me font la bise. J’ai adoré les rassurer, les écouter, je leur ai beaucoup donné, mais ils me l’ont bien rendu. J’ai reçu des cartes postales par dizaines, j’ai été invitée dans les familles. Au début j’acceptais toutes les invitations, puis j’ai levé un peu le pied sinon j’aurais été prise tous les week-ends ! Je n’ai jamais eu envie de partir d’ici. »

Des liens étroits avec les élèves

À l’infirmerie, les lycéens pouvaient parler de tout dans la plus grande confidentialité : contraception, grossesse, harcèlement, problématiques amoureuses et sexuelles… Mais Chantal ne s’est pas laissée submerger émotionnellement par les difficultés. Et n’est jamais entré dans le chantage affectif. « Si on me demandait de faire un papier pour ne pas aller en cours de sport, j’ai toujours dit non ! »

La future retraitée a gardé des liens étroits avec d’anciens élèves comme Mabrouk, 44 ans aujourd’hui, papa de deux enfants, qui l’appelle affectueusement « maman ». « Chantal, c’est une star, s’exclame-t-il. Je la connais depuis 1993, j’étais en classe de seconde. C’est une belle oreille, elle m’a donné de bons conseils et transmis la vocation puisque je suis infirmier à Lyon Sud. Quand on évoque Jacques-Brel, le premier nom qui revient c’est le sien. »
D’autres lui téléphonent ou passent la voir pour prendre des nouvelles. « Deux anciens se sont mariés récemment, ils m’ont apporté un plateau avec leur photo. C’était touchant, émouvant ! »

Mais quand l’infirmière se retourne sur son passé, elle porte également un regard critique. En particulier sur un certain nombre d’évolutions. « Quand nous étions sur l’ancien site, le lycée était en perdition, avec peu d’élèves. Grâce à la reconstruction et au travail de tous pendant des années, l’effectif a plus que doublé pour atteindre plus de 1 000 élèves. Ça, c’est très positif. En revanche, nous avons indéniablement perdu en mixité sociale. On a observé cette évolution dès que le lycée Condorcet de Saint-Priest a ouvert. Et puis on doit faire face à un communautarisme grandissant, l’intolérance progresse. Cela m’attriste et m’inquiète à la fois. »

Cet été, Chantal va commencer par se reposer. À la rentrée, elle pourra se consacrer pleinement au théâtre qu’elle pratique depuis des décennies. Elle a également prévu de s’engager auprès d’une association qui accompagne les ados en difficultés, sans doute le Refuge, qui aide les jeunes homosexuels rejetés par leurs parents.
Surtout, elle est décidée à profiter pleinement de sa famille, ses deux filles Aurélie et Audrey, et son petit-fils Noah, 7 mois, « un amour de bébé ».

Elle va leur manquer !

« Chantal c’est un pilier du lycée et surtout une amie », confie Delphine, professeur d’anglais à Brel depuis 19 ans. « Si un élève n’était pas bien, on l’envoyait voir Chantal. On savait qu’il y serait écouté. C’est une éducatrice, une confidente qui s’en va. Elle est avant tout une infirmière de cœur. Son départ va créer un vide. » Audrey prof d’EPS depuis 9 ans, se souvient : « Très rapidement Chantal est venue vers moi. Elle est hypersociale et passionnée de théâtre comme moi, toujours le sourire. Elle m’a beaucoup aidé pour faire les dossiers de nos élèves qui sont dispensés de sport ! Sûr qu’elle va nous manquer ! En même temps elle a bien mérité sa retraite ».
Et puis Chantal était une fidèle supportrice de l’équipe féminine de sport études rugby. Sur les murs de l’infirmerie, entre les cartes postales et les divers souvenirs, les filles sont en photo. Norbert, prof d’EPS responsable de la section, se félicite d’avoir pu compter sur son aide : « Elle accueillait les filles qui étaient parfois fatiguées ; elle a toujours été très disponible pour elles. »

3 pensées sur “Lycée Jacques-Brel : Chantal Fonterme, infirmière de cœur

  • 23 juillet 2019 à 17 h 57 min
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    Que du bonheur d’avoir passé mes années lycées à Jacques Brel. Mais de t’avoir rencontrée a été un grand plus. Je te souhaite une bonne et heureuse retraite. Mes amitiés à Mabrouk. Biz d’Ardèche. Mathieu

  • 1 juillet 2019 à 21 h 41 min
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    Nous étions là toutes les 2 à tes débuts à jacques Brel En temps que prof de SVT nous avons ensemble multiplié les projets Tu étais toujours partante et je pouvais m’appuyer sur toi car nous avions la même conception de l’éducation. J’ai, grâce à toi, passé 8 ans formidables à Jacques Brel et je n’ai jamais retrouvé une telle professionnelle avec qui j’avais tant de plaisir à travailler. Heureusement notre amitié maintenant demeure à jamais.
    Bonne retraite ma Chantal.

  • 29 juin 2019 à 10 h 28 min
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    Bravo ma Chantal! Tu peux partir en paix avec la conscience du travail bien fait…et tellement plus!
    une autre infirmière qui t’aime!

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