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De Bosch à Usin : pari réussi d’un renouveau industriel

Bosch a définitivement quitté son site cette année. L’ancienne usine, sauvée de l’état de friche par des investissements publics et privés, est aujourd’hui en plein essor. Usin Lyon Parilly accueille des industriels innovants et ambitieux.

Photo Tim Drouet

Au tournant des années 2010, le déclin du diesel aura fait vaciller le géant Bosch. Le spectre d’une friche de 11 hectares, formée de structures de béton vides, fut redouté. Fort heureusement, ce site historique n’a pas été réduit au silence. Il s’est transformé pour devenir « le site totem du renouveau industriel en milieu urbain ».

L’avenir du tènement du boulevard Marcel-Sembat a commencé à se profiler en 2017, lors des discussions entre Bosch, la Métropole et le Groupe Serl, son aménageur de référence. Le nouveau propriétaire, la SAS Usin Lyon Parilly, composée de la Serl, la Banque des Territoires et la Caisse d’Epargne Rhône-Alpes, en a repris les commandes le 1er janvier 2021.

Sur ce terrain autrefois monocorde grandissent des entreprises innovantes et non-polluantes sur une surface plancher de 40 000 m². Des start-ups ambitieuses y côtoient des Entreprises de taille intermédiaire (ETI). Environ 500 personnes franchissent le poste de sécurité chaque jour. À terme, près de 1 000 emplois sont espérés.

Le montant de l’investissement et la nature des principaux actionnaires, qui exercent une mission d’intérêt général, témoignent de la solidité du projet. Il s’agit d’un montage d’économie mixte de 80 millions d’euros, réparti entre Serl Immo (42 %), la Banque des Territoires (40 %) et Cepral Participations, filiale de la Caisse d’Epargne Rhône-Alpes (18 %).

« On est ici pour poursuivre l’histoire et construire l’avenir », résume David Bellanger, président de la SAS Usin. « Nous investissons pour le long terme, abonde Fabienne Roquelaure, chargée de développement territorial à la Banque des Territoires, organisme 100 % public. Nous sommes patients pour cet actif qui répond parfaitement aux besoins. Bien sûr, nous cherchons la rentabilité, il n’y a pas à en rougir. Mais nous conservons cette vitrine qui nous permet d’avoir de l’impact. »

Bientôt un quatrième bâtiment neuf

Après avoir rénové 30 000 m² de bâti, la SAS Usin a agrandi son terrain de jeu côté est avec l’inauguration de deux bâtiments (dix halles de 10 000 m²) en octobre 2023 (13,5 millions d’euros). Cette année, c’est un bâtiment de 2 600 m² qui est sorti de terre, près du poste de garde (4 millions d’euros). Et ce n’est pas fini. À l’est, il y aura encore du nouveau avec une construction en limite de façade (5 millions d’euros). Le prospect tient à sa confidentialité. Les travaux débuteront en octobre.

« Il y aura aussi la frange ouest à aménager, le long du boulevard Joliot-Curie, s’avance David Bellanger. Ces bâtiments représenteront des options pour nos entreprises. Mais la priorité reste de développer les locaux existants et de densifier le cœur de site. Nous cherchons un repreneur unique pour le bâtiment Bosch. »

David Bellanger, président de la SAS Usin, présente la maquette du campus (en orange, un futur et trois nouveaux bâtiments)

Au mois de juillet, un nouveau Pôle Lyve (Lyon ville de l’entrepreneuriat), que pilote la Métropole, a ouvert ses portes à l’entrée du site (lire ci-dessous).

Malgré un contexte économique et géopolitique pour le moins difficile, Usin Lyon Parilly n’a aucun mal à trouver des locataires. En bientôt 6 ans d’existence, une rotation est déjà visible. Pour des raisons diverses (liquidation, fin de bail ou parcours résidentiel classique), certains ont quitté les lieux. C’est le cas de Symbio, Boostheat, Les Alchimistes ou, plus récemment, Mob-Energy et Fives CortX.

Mais d’autres prennent la place laissée vacante. Comme l’Esat Robert Lafon (Établissement et service d’aide par le travail), qui prendra la suite de Boostheat. « Ses effectifs proposent des services comme la blanchisserie et les espaces verts », précise David Bellanger.

« On arrive, on branche, et on produit »

Le label « site industriel clé en main » qu’a décerné l’Etat à Usin est un gage de qualité et de tranquillité. La SAS avance quelques arguments convaincants. « Ici, on arrive, on branche, et on produit, montre David Bellanger. Le bâtiment technique enlève de la charge mentale. Il génère la chaleur, le froid et diffuse l’électricité. Ensuite, nos procédures d’urbanisme et environnementales sont déjà purgées. Cela représente un gain de temps d’un an. Si on conclut en avril, les travaux démarrent en octobre. Le volet Ressources humaines est également intéressant. L’implantation est idéale, tout comme l’accessibilité. Dans ces conditions, les entreprises n’ont aucun mal à recruter. »

Parmi les cinq entreprises contactées, la facilité d’accès ressort en atout numéro un. Grâce au périphérique, à la ligne D du métro au tram T4. « On a aussi un hôtel à 300 mètres, ajoute Arnaud Viller d’Arbouet, président de Mecaware. La transition du site nous parle. On est également installés à la place de l’ancienne usine Bridgestone à Béthune (Pas-de-Calais). C’est une forme de recyclage, à l’image de l’activité de certaines entreprises. »

Recyc’Elit a mis sur pied son démonstrateur préindustriel (photo Aude Lemaître)

Installée depuis l’ouverture, Adèle H Music reste fidèle au poste. « On ne se verrait pas ailleurs, confie Fadi Jabban, son dirigeant. Il n’y a rien à gérer et notre stock est en sécurité. »

Mini Trucks Robotics, venue de Valence (Drôme), a élu domicile à Usin pour sa position géographique. « On avait des difficultés à recruter des ingénieurs, explique le président Frédéric Perrot. Depuis qu’on est ici, dans la Métropole, on est visible des écoles comme l’Insa et Centrale. »

Très satisfait de son choix, Raouf Medimagh, directeur général de Recyc’Elit, évoque son souhait de pérenniser l’implantation de l’entreprise, qui éprouve un besoin constant d’innovation. Et souhaiterait davantage de mutualisation : « On discute actuellement d’une solution pour l’enlèvement des déchets. On se concerte aussi pour la restauration collective. »

De son côté, la direction de Bego avait besoin de trouver le meilleur compromis en termes de possibilités d’aménagement et d’accessibilité. « Nous avions parcouru toute la région lyonnaise, raconte Morten Noerholm, chargé de la stratégie commerciale, du développement des ventes et des actions Marketing. L’aménagement personnalisable des bâtiments, la modernité et l’environnement extérieur du site, les accès logistiques et la proximité des transports en commun ont été des arguments importants. »

Ils sont actuellement sur le campus

Depuis 2021, Usin Lyon Parilly accueille une mosaïque d’entreprises innovantes. Voici les principaux acteurs à ce jour.

Adèle H Musik (Piano Phœnix)

Figurant parmi les premiers locataires, Adèle H Musik développe et assemble dans son atelier les pianos Phœnix, des concentrés de haute technologie. Son dernier modèle haut de gamme allie le confort du numérique à une qualité acoustique inégalée.

Mecaware

Ce laboratoire pilote a mis au point un procédé chimique inédit. Il capte le CO2 pour extraire les métaux stratégiques et terres rares que contiennent les batteries usagées. L’entreprise a installé son laboratoire pilote dans une halle flambant neuve en 2023.

Caremag

Cette filiale de Carester axe son activité sur l’extraction et la séparation des terres rares. A Usin depuis 2023, elle collecte et démantèle des aimants permanents, présents sur les éoliennes et les batteries de véhicules électriques, en vue de leur recyclage.

Bego France

Installé depuis 2024, Bego France est un spécialiste de la dentisterie numérique. À Vénissieux, cette filiale du groupe allemand Bego produit des armatures dentaires de haute technologie fabriquées en micro-fusion laser, via l’impression 3D métallique.

Recyc’Elit

Recyc’Elit recycle à l’infini des textiles à base de polyester, d’élasthanne et de nylon. Il transforme les textiles complexes en matériaux de haute qualité. Installée début 2024, l’entreprise a développé un démonstrateur industriel l’année suivante.

Revcoo

Revcoo conçoit, élabore et commercialise une technologie de piégeage du CO2 industriel particulièrement efficace et écologique. Par cryogénie, cette start-up capte le dioxyde de carbone des fumées industrielles pour le liquéfier et le valoriser.

Minitrucks Robotics

Créé en novembre 2023, Minitrucks Robotics est implantée à Usin depuis mars 2024. L’entreprise conçoit de petits véhicules électro-hydrauliques radiocommandés. Ces robots miniatures sont capables de déplacer des charges lourdes dans des environnements difficiles.

Horiba

Le groupe japonais a implanté en 2022 son centre européen d’expertise sur l’hydrogène dans un bâtiment contigu à celui qu’occupait son client Symbio avant son déménagement vers sa gigafactory de Saint-Fons. Horiba pratique des tests, des essais et des mesures des piles à combustible à hydrogène destinées à l’automobile.

Vesuvius

Vesuvius est l’autre « international » du campus. Leader mondial des matériaux réfractaires et du contrôle des flux de métaux liquides, ce groupe britannique a regroupé en 2023 deux activités : la fabrication d’équipements mécaniques et de capteurs pour mesurer le niveau d’acier liquide et le développement de systèmes capables d’évaluer l’usure des contenants.

Synlab

Ce plateau technique de microbiologie et génétique existe depuis fin 2025. Synlab réalise des analyses techniques en bactériologie, mycologie, parasitologie et biologie moléculaire pour les laboratoires de proximité qui leur adressent leurs prélèvements.

Faactopi

Cette start-up fabrique des jumeaux industriels qui permettent de tester une production et de l’améliorer et de passer du prototype à la production en série. Nouveau venu à Usin, Faactopi devrait être opérationnel en octobre.

Technyl Radici

Dernier en date, l’Italien RadiciGroup a signé son bail en juillet 2026. Cette entreprise reprend les compétences rachetées par le fonds d’investissement Lone Star Funds dans le cadre de la liquidation de Polytechnyl (filiale de Domo Chemicals) dans la Vallée de la Chimie. Elle fabrique et commercialise les produits Technyl, des matériaux à base de polyamide.

Bosch : la fin d’une longue et riche aventure

Bosch a cessé son activité le 30 juin 2026, mettant un terme à 52 ans de présence sur un site dont l’histoire industrielle a commencé en 1938.

Le chapitre Bosch à Vénissieux est en passe d’être clos. Le bureau d’études R&D, dernier témoin d’un passé glorieux, a cessé son activité le 30 juin 2026. Cette fermeture, le groupe allemand l’avait programmée en janvier dernier. Le ralentissement du marché automobile européen entraîne de la casse sociale au sein de la multinationale. Une nouvelle suppression de 13 000 postes d’ici fin 2030 a été annoncée en septembre 2025. Dans cette tempête, la petite unité vénissiane a fini par céder.

« Cette décision s’inscrit dans un contexte de ralentissement économique durable et de profonde transformation technologique du secteur automobile », nous explique la direction de Bosch France.

Ne subsistera que le centre de formation elm.leblanc, qui emploie une poignée de collaborateurs. Mais pas pour longtemps. Car le centre de formation de la division Bosch Home Comfort, destiné aux professionnels du chauffage et de la climatisation, voit son bail locatif arriver à échéance. L’activité de la filiale Rexroth, basée dans la continuité du site, boulevard Joliot-Curie, quant à elle, n’est pas remise en question.

L’apogée des années 2000

Ces derniers temps, le bâtiment 108, ultime pilier de Robert Bosch à Vénissieux, n’accueillait plus qu’une trentaine de salariés. Il y a un quart de siècle, pourtant les effectifs pouvaient grimper jusqu’à 1 000 personnes. Elle était encore une référence dans la production de pompes à injection diesel pour l’automobile.

Si l’ère Bosch avait commencé en 1974, les origines sont plus anciennes. La Société industrielle générale de moteurs d’avion (Sigma) s’installa en 1938 le long du boulevard Joliot-Curie. Bombardée par les Alliés en 1944, l’usine avait su renaître de ses cendres.

En revanche, elle n’aura pas survécu au déclin observé 65 ans plus tard. Menacé de fermeture en 2009, le site avait retrouvé un peu de lumière 3 ans plus tard avec l’assemblage de panneaux photovoltaïques, jusqu’en 2017. La même année, ce fut la fin de l’activité diesel.

2020 : le passage de témoin

C’est en 2020 que Bosch ferme son usine de fabrication et remet les clés au Groupe Serl. En cédant ses terrains à l’aménageur, Bosch devient simple locataire pour y maintenir un bureau d’études axé sur l’hydrogène. « La cession s’est déroulée dans de bonnes conditions et a permis de préserver de l’emploi local », relève la direction française.

« Dès 2016, on avait demandé à participer au choix du repreneur, rappelle Choukri Errachidi, secrétaire du Comité social et économique (CSE) du site vénissian. Le projet de la Serl nous paraissait fiable car il y avait la Métropole de Lyon qui s’engageait. On peut dire que notre combat syndical aura servi à quelque chose. De notre côté, on a toujours été force de proposition, en particulier sur le projet FresH2 auquel on croyait. On a tout donné. Aujourd’hui, on bénéficie d’un PSE (Plan de sauvegarde de l’emploi) de qualité. On part dans de bonnes conditions. »

Usin Lyon Parilly en chiffres

  • Un site fermé et sécurisé de 10,5 hectares
  • 12 bâtiments
  • 47 000 m² de surface plancher (30 000 m² rénovés, plus 17 500 m² neufs)
  • 16 800 m² d’espaces verts
  • A terme, 1 000 emplois créés

La Ruche où l’industrie se réinvente

La Ruche industrielle est un pilier de l’écosystème industriel lyonnais. Cette association mise sur la collaboration entre grands groupes, écoles et startups pour construire l’industrie 4.0.

Posée au beau milieu du campus, la Ruche industrielle joue un rôle clé. De cet espace collaboratif de 1 300 m² à l’ambiance scandinave émane le bourdonnement de l’industrie du futur.

L’association naît en 2019 de la volonté de sept grands groupes lyonnais, de l’Insa Lyon (Institut national des sciences appliquées) et de la Métropole. La Ruche n’est ni un incubateur ni un consortium : il s’agit d’un collectif d’entreprises déterminé à dépoussiérer l’industrie en la rendant plus performante, durable et humaine.

Disposant d’un budget d’environ 1 million d’euros construit grâce à un partenariat privé-public, elle s’appuie sur une équipe permanente de neuf personnes. Ces « abeilles » organisent une trentaine d’événements et accueillent plus de 7 500 visiteurs par an.

La structure revendique 19 adhérents, principalement extérieurs à Usin, comme Seb, Renault Trucks, Aldes et Jtekt. Les locaux abritent depuis 2023 une mini-usine collaborative destinée à tester de nouvelles technologies.

L’humain, l’environnement et la technologie comme piliers

« Notre mécanique est unique, développe Caroline Felix, directrice générale et co-fondatrice. Elle favorise la coopération, ce qui est assez nouveau dans un domaine où l’on a toujours eu la culture du secret. »

Depuis ses débuts, La Ruche industrielle s’articule sur trois typologies de projet. L’humain, tout d’abord, pour « développer l’audace, les compétences et l’attractivité des métiers. » Mais aussi l’environnement, qui a trait à « l’énergie et l’économie circulaire », et la technologie pour les sujets tels que « l’IA, la cybersécurité ou la réalité augmentée. »

Céline Brossar (responsable communication), Caroline Felix (DG) et David Zak (président)

« Dès qu’on franchit la porte de la Ruche industrielle, il se passe des choses, illustre David Zak, président de l’association et de Fives CortX. On prend une bouffée d’air. On participe à des événements concrets qui créent de l’émulation. Si ça fonctionne, c’est parce qu’on vient tous avec nos problèmes. On les pose sur la table et on repart avec des solutions. »

En 2025, la Ruche industrielle a lancé et animé 150 sessions projets étalées sur 6 à 9 mois. « L’un des moments les plus notables est celui du Rex (retour d’expérience), événement au cours duquel les participants viennent récolter ce miel produit en un temps réduit », conclut Caroline Felix.

Pôle Lyve-Est Vénissieux

Photo d’illustration Olivier Chassignole

Déjà présent à Lyon 9e, Givors et Neuville-sur-Saône, Lyve a ouvert un 4e pôle d’entrepreneurs en juillet dernier à Usin Lyon Parilly. Sur 1 700 m², le bâtiment, qui reprend les codes des usines du XIXe siècle avec ses toits en dents de scie, accueille neuf ateliers, 14 bureaux et des espaces de travail partagé. Deux mois après son ouverture, le remplissage des lots progresse. Ses locataires n’ont pas vocation à rester longtemps mais à pérenniser leur activité pour s’implanter ensuite dans le privé.

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