

Photo Emmanuel FOUDROT
Cela fait près d’une quinzaine d’années que les travaux de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) alertent sur la surexposition de la population française au cadmium par l’alimentation.
Naturellement présent dans les sols et l’environnement, la concentration de ce métal lourd a augmenté depuis le XXe siècle et l’usage massif d’engrais phosphatés ainsi que le développement des industries métallurgiques. On le retrouve dans de nombreux produits alimentaires du quotidien, notamment tous les produits céréaliers : les pâtes, les viennoiseries, la farine, le pain, les céréales, les biscuits salés ou sucrés, etc. Il peut aussi être présent dans certains légumes, dans les pommes de terre et dans la fumée de cigarette.
En février dernier, l’Anses a publié deux études qui viennent de nouveau mettre en garde les consommateurs. Les documents indiquent que 23 à 27 % des enfants dépassent la dose journalière tolérable de cadmium. Chez les adultes, le seuil de dépassement concerne seulement 1,4 à 1,6 % de la population.
Un adulte sur deux dépasse le seuil critique
Mais pour les adultes, un autre indicateur est, quant à lui, alarmant. La concentration urinaire en cadmium, qui reflète l’accumulation de ce métal dans l’organisme au fil des années, dépasse largement le seuil critique.
En effet, d’après une étude de Santé publique France de 2021, 47,6 % des adultes entre 18 et 60 ans dépasseraient le seuil critique. Car ce métal toxique ne s’élimine presque pas et il reste dans les reins et les os pendant dix à trente ans. Donc, même si la dose journalière reste inférieure pour les adultes, l’accumulation de cadmium au fil des années est déjà trop élevée.


Les effets sur le corps sont multiples. Ce métal lourd est classé comme substance cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) ainsi que l’Agence de recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il peut causer des cancers des poumons pour les personnes qui sont à son contact dans un milieu professionnel. L’exposition par voie alimentaire peut également être associée à certains cancers, notamment du pancréas, de la vessie, de la prostate et du sein.
Il est aussi à l’origine de problématiques rénales qui peuvent évoluer en insuffisance rénale ou de fragilité osseuse, qui augmente le risque d’ostéoporose et de fracture. Des impacts sur le neurodéveloppement et le système cardiovasculaire ont par ailleurs été observés. « Les effets néfastes à long terme sont probables pour une part croissante de la population si aucune mesure n’est mise en place pour réduire les expositions au cadmium », a alerté l’Anses dans son rapport.
Un texte adopté à l’Assemblée nationale
Face à cette situation préoccupante et aux multiples alertes de l’Anses, l’Assemblée nationale s’est finalement saisie de la problématique. Le 3 juin dernier, les députés ont adopté un texte qui vise à « réduire les risques sanitaires liés aux contaminations » au cadmium. Proposée par le groupe Écologiste, la loi prévoit de réduire la teneur maximale autorisée dans les engrais phosphatés.
Dès le 1er janvier 2027, il sera interdit d’importer, de détenir en vue de la mise sur le marché, de vendre, de distribuer à titre gratuit ou d’utiliser des engrais dépassant 40 mg de cadmium par kilo d’anhydride phosphorique (le seuil actuel est à 90 mg/kg). Une nouvelle étape est ensuite prévue pour 2030, où la limite sera de 20 mg/kg, en accord avec les recommandations de l’Anses. Avant d’être mis en application, le texte doit d’abord être examiné et voté par les sénateurs.
Le cadmium en 5 questions
C’est quoi ?
Le cadmium est un métal lourd toxique. Il est naturellement présent dans l’environnement, notamment dans les roches à partir desquelles se forment les sols. Il est utilisé dans certaines industries comme la métallurgie, la chimie ou l’électronique. Il peut aussi être libéré lors de l’incinération des déchets ou du recyclage des batteries.
Où le trouve-t-on ?
Le cadmium est présent dans certains engrais phosphatés, et donc dans les sols agricoles. On le retrouve aussi dans la fumée de cigarette. Il peut être présent dans certains aliments comme les céréales, les légumes ou les fruits de mer. On en retrouve également dans les déchets industriels et la pollution de l’air.


Pourquoi est-il dangereux ?
Le cadmium est classé comme cancérogène pour l’homme, notamment pour le cancer du poumon en milieu professionnel. Il est aussi suspecté de favoriser d’autres cancers, comme ceux du pancréas, de la vessie, de la prostate et du sein. En cas d’exposition prolongée, même à faible dose (surtout par l’alimentation), il peut entraîner des problèmes rénaux et une fragilisation des os, augmentant le risque d’ostéoporose et de fractures. Selon des agences sanitaires, d’autres effets ont également été observés, notamment sur le neurodéveloppement et le système cardiovasculaire.
Qui est le plus exposé ?
Les personnes les plus exposées sont les fumeurs, les personnes vivant près de zones industrielles, les agriculteurs, ainsi que celles consommant régulièrement des aliments fortement contaminés. Les enfants peuvent aussi être concernés, car leur organisme est plus sensible que celui des adultes.
Peut-on l’éviter ?
Pour limiter l’exposition au cadmium, il est important de réduire sa présence dans les sols agricoles et dans la chaîne alimentaire. Les consommateurs peuvent aussi agir en variant leur alimentation et en évitant une consommation excessive de produits susceptibles d’en contenir.
EXPOSITION AU CADMIUM
Changer nos habitudes alimentaires
Alors que les récentes révélations sur le cadmium inquiètent de nombreux consommateurs, les autorités sanitaires ne recommandent pas de supprimer totalement les aliments concernés par l’exposition. Elles invitent plutôt à moins les consommer et à diversifier davantage son alimentation.
Faut-il arrêter le pain ? Ne plus manger de pâtes ? Supprimer le chocolat ou les biscuits de ses placards ? Depuis plusieurs semaines, les questions se multiplient. Les consommateurs ont découvert que le cadmium, un métal lourd classé cancérogène, est présent dans les sols agricoles et donc dans de nombreux aliments du quotidien : le riz, les produits céréaliers (farine, pâtes, biscuits sucrés ou salés, céréales du petit-déjeuner), les pommes de terre, mais aussi certains légumes.


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La concentration de ce métal lourd est encore plus élevée dans les mollusques, coquillages, crustacés, les abats, champignons, graines de tournesol ou encore dans le cacao et le chocolat. Les produits bio ne sont pas non plus la solution miracle face à ce métal toxique puisqu’ils peuvent également en contenir. Certains engrais autorisés en agriculture biologique peuvent apporter du cadmium dans les sols.
Face à ces révélations, les autorités sanitaires ne préconisent l’arrêt complet d’aucun de ces produits. Elles s’inquiètent cependant des habitudes des consommateurs. En effet, les consommations de céréales et de produits céréaliers représentent à elles seules 26,6 % de l’exposition totale des Européens au cadmium selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA).
Diversifier nos assiettes
Pour les experts, la réponse passe donc avant tout par la diversification de l’alimentation. En effet, le pain, les pâtes, le riz ou les biscuits occupent encore une place trop importante dans l’alimentation du quotidien.
Ils incitent donc au retour des légumineuses dans les assiettes. Que ce soit avec les lentilles, les pois chiches, les fèves, les haricots rouges, blancs, les pois cassés ou encore flageolets, les légumineuses peuvent être de très bonnes alternatives à certains produits à base de blé. Elles apportent des protéines végétales, des fibres et des minéraux.


Photo Emmanuel FOUDROT
Cette recommandation a un double avantage : varier les sources de féculents et limiter l’exposition au cadmium. Il est aussi conseillé de manger plusieurs types de légume, de privilégier le riz blanc au riz complet, d’éplucher les pommes de terre (la peau concentrant davantage de cadmium que la chair) et d’éviter de cultiver un potager près d’une zone industrielle ou d’une route fréquentée.
Autre levier souvent méconnu : le tabac. En effet, les plants de tabac absorbent le cadmium qui est présent dans les sols. Lorsqu’une cigarette est allumée, le métal est alors inhalé directement avec la fumée et est donc une source importante d’exposition pour les fumeurs.
Des dépistages remboursés
Depuis le 16 juin, l’Assurance maladie prend en charge les dépistages liés au cadmium pour toutes les personnes à risque. Ce test peut être prescrit par un médecin aux personnes « potentiellement surexposées du fait de leur lieu de résidence », lorsque le sol a été « préalablement reconnu par les autorités compétentes comme étant pollué par le cadmium », ou à celles suspectées « d’intoxication chronique au cadmium ».
Si ce premier test révèle une présence élevée de cadmium dans les urines du patient, un dépistage du métal lourd dans le sang peut également être pris en charge. Ces deux prélèvements sont remboursés à 60 % par l’Assurance maladie, le reste étant pris en charge par la complémentaire santé. Pour savoir si vous êtes éligible à ces dépistages, consultez votre médecin.






































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