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Le corso de 1948, la fête qui marqua Vénissieux

Derrière cette fête spectaculaire, une année entière de mobilisation collective et l’envie de tourner la page des années de guerre.

Photo DR

Au cours de l’année 1947, plusieurs membres de l’Harmonie de Vénissieux souhaitent organiser une série de manifestations à l’occasion du festival de musique prévu pour juillet 1948. Parmi les initiateurs du projet, se trouvent l’industriel Francisque Filliat, le président, M. Emptoz, le vice-président, et Marius Reymond, l’ancien président.

Des idées émergent et nombre de Vénissians y adhèrent. De jours en semaines, un programme est établi et ne cesse de prendre de l’ampleur. Il comporte des groupes musicaux entourant des chars avec de nombreux figurants. Dirigée par Louis Dupic, la municipalité est enthousiaste et apporte une aide importante aux préparatifs.

Le mécénat est principalement assuré par des chefs d’entreprise, artisans et commerçants. M.M. Filliat, Collonges, Berthaud et Malloggi se sont particulièrement impliqués pour la concrétisation et la réussite de cette manifestation.

Du baume au cœur

Un comité d’honneur est mis en place, présidé par Édouard Herriot de l’Académie Française, qui cumule alors les fonctions de maire de Lyon et président de l’Assemblée nationale. Ce comité comprend également Louis Dupic, conseiller de la république et maire de Vénissieux, et Gabriel Rolando, président de la Fédération des sociétés musicales. Mais aussi M. Lonjaret (inspecteur d’Académie du Rhône), M. Robert (secrétaire du Conservatoire de musique du Rhône), le docteur Chalendar, l’abbé Léty (curé de Vénissieux), M. Ailloud (chef du dépôt principal de la SNCF), M. Collonges (directeur de la société Chimio-Technic), M. Berthaud (directeur des établissements Maréchal), Eugène Peloux (président d’honneur de l’Harmonie), Auguste Druet et Benoît Milleron (vice-présidents d’honneur de l’Harmonie) et Francisque Filliat (président actif de l’Harmonie).

Durant une année, des centaines de Vénissians se mobilisent à la décoration des chars et la création de guirlandes. Les élèves de la chorale de l’Amicale laïque Centre-Pasteur apprennent et répètent des chants. Le corps de ballet de l’Amicale laïque de Parilly s’entraîne avec sérieux et discipline pour donner un spectacle parfait le jour J. Intense préparation également chez les familles de cheminots, tant pour la création du char que les répétitions des membres de l’harmonie de l’Union artistique, forte de cinquante exécutants.

La perspective de ces festivités est une aubaine et met du baume au cœur de nombre d’habitants. Après ces cinq longues années de guerre, de peur, de souffrances et de privations, chacune et chacun est impatient de vivre pleinement, ces jours de fêtes et d’allégresse.

Des milliers de Vénissians enthousiastes

Le festival se déroule du 1er au 4 juillet, avec le concours du journal Le Progrès. Dès le 1er juillet, un concert de l’Harmonie, sous la direction de M. Reymond, attire la foule. Le lendemain à 21 heures, une retraite aux flambeaux parcourt les rues du centre. L’ambiance musicale est assurée par Les Trompettes, clairons et tambours de Saint-Fons et l’Harmonie de Vénissieux.

Plusieurs bals en plein air ont lieu. Devant l’école du Centre, le public découvre deux chansons écrites par des enseignants, paroles de Gaston Dupuy mises en musique par Léon Blanchet : Vénissieux-Valse et Chantons mes amis. Elles sont interprétées par la chorale de l’Amicale laïque Centre-Pasteur, accompagnée au piano par son compositeur.

Le samedi 3 juillet à 15 heures, la Grande Cavalcade, comprenant vingt chars, se déploie dans les rues de la ville. Elle rassemble des associations sportives, mutualistes, de commerçants, d’anciens combattants. L’un des chars les plus plébiscités par la foule est celui des cheminots, sous la bannière de l’Union artistique et intellectuelle des anciens cheminots français. Tous connaissent un franc succès, notamment celui de l’Amicale laïque Centre-Pasteur comportant des objets géants symbolisant l’instruction publique. Parmi les sportifs, on note la présence de l’Entente cycliste de Vénissieux, composée de dizaines de coureurs à vélo.

L’un des chars est réservé à la reine du Festival, Pierrette Guillot, en compagnie de ses demoiselles d’honneur : Odette Dantin, Marcelle Emptoz, Gisèle Favier et Juliette Dupuy. Il y a également la Muse, Simone Reymond, et ses demoiselles de compagnie, parmi lesquelles Michèle Champalbert.

Les agriculteurs locaux ont prêté des charrettes aux associations. Chaque attelage est tracté par des chevaux sous la conduite de leur propriétaire. Dans le défilé, trois participants à cheval et en habit de mousquetaire font sensation. Il s’agit de M.M. Journal, père et fils, et de Pierre Payet.

Le dimanche 4 juillet est consacré au défilé des sociétés musicales avec, le matin, les Échos du Val-d’Azergues, l’Harmonie italienne, les Tambours et clairons du stade auto lyonnais et, l’après midi, l’harmonie des gardiens de la paix, l’Industrielle harmonie de Saint-Fons, les Tambours et clairons de Saint-Fons, la fanfare de Saint-Priest, le Rallye lyonnais, l’harmonie de l’Union artistique des cheminots.

De nombreuses sociétés musicales et chorales animent la fin d’après midi et la soirée devant des milliers de Vénissians enthousiastes, rassemblés dans le centre de la ville. Dans le même temps, plusieurs groupes se succèdent à la Maison du peuple.

Les festivités se clôturent par un grand bal nocturne en plein air. Tous les soirs, les rues du Centre ont été ornées de voûtes de lumières électriques. Ce festival de juillet 1948 marquera durablement la mémoire collective et sera considéré comme la plus grande manifestation populaire de la première moitié du XXème siècle.

Sources
– Archives de Viniciacum
– Bibliothèque de la Part-Dieu : articles du Progrès de 1948
– Document historique du festival de musique de l’Harmonie de Vénissieux de juillet 1948
– « Lettres vénissianes » de René Forestier (Éditions Paroles d’aube, 1997)
– Témoignages d’Elie Besse, Danièle Boyet et Nicole Belgrand.

4 Commentaires

1 Commentaire

  1. JOËLLE FERRABUE

    4 juin 2026 à 9 h 35 min

    Un grand merci pour le journal Expressions de nous éditer régulièrement des articles sur notre Vénissieux d’avant où toute la population participait au corso. Merci à toutes ces anciennes familles bénévoles qui ont tant donné.
    Que de merveilleux souvenirs, sans oublier le corso de 1999 qui fut un succès populaire énorme.

  2. manuel abilleira

    1 juin 2026 à 14 h 59 min

    bonjour a tous . cela me rapelle aussi un corso fleuri de 1999 ,theme sur les roses, une année de preparation poour fabriquer toutes ces roses en papier de soie , toutes les associations y participaient commercants compris . quelle beau defile ce 29 mai 1999 ces chars de tous quartiers qui defilent sous les yeux des venissians(nes)quelle beau spectacle bravo aux organisateurs ,que de souvenir memorables

  3. Carnevali alain

    1 juin 2026 à 13 h 48 min

    Merci pour tous ces beaux articles

  4. nicole belgrand

    1 juin 2026 à 13 h 33 min

    Quel merveilleux souvenir, pour Nicole – France – Mireille
    On reconnait aussi Danièle Delauzun et Eliane Gouny, quand à la 6ème jeune fille, la reconnaissez vous ?

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