
Photo Laure Blanc
Ce mardi soir est jour de répétition à l’école de musique Jean-Wiener, pour Afrotronic, un groupe formé en 2018 au sein même de l’établissement. Autour de trois enseignants, Anatole Buttin, Maël Salètes et Matthieu Garreau, les membres d’Afrotronic arrivent peu à peu. Ils sont nombreux (« autour de 15 », précise-t-on) et nous allons interroger les premiers arrivés. Il y a là Mohammed-Amine, un jeune guitariste qui a intégré le groupe il y a quatre ans ; Léa, une saxophoniste dont c’est la première année de présence ; Mourad, un guitariste arrivé en 2022 ; Jason, un bassiste qui a rejoint le groupe en septembre dernier ; Gabriel, percussionniste et tout jeune membre, puisqu’il est là depuis mars 2026 ; Darko, encore un percussionniste, présent depuis deux ans, et enfin Sana qui, malgré son jeune âge, fait partie d’Afrotronic depuis l’origine.
Selon les termes de Mourad, « cet ensemble intergénérationnel à géométrie variable mêle des musiciens professeurs à l’école et d’autres qui sont élèves, des enfants et des adultes. Le plus vieux d’entre nous a 60 ans et c’est un enfant du quartier. La plus jeune a 9 ans. »
Anatole et Maël racontent la naissance : « Tout est parti de pratiques collectives. Nous avions besoin d’un projet avec les élèves et nous avons eu l’idée d’un atelier avec le principe de jouer un maximum et, pour les profs, de parler un minimum. »
Ils choisissent les musiques africaines comme terrain d’expérimentation avec « des niveaux allant du total débutant au musicien confirmé ». Ce fut donc, d’abord, « des reprises bien appropriées, qu’on transformait, auxquelles on ajoutait des choses, qu’on réarrangeait constamment en fonction des instruments », puis des créations collectives à base d’impros.
« Dès le départ, existait ce mélange d’adultes et d’enfants, pour que chacun puisse inventer la partie qu’il joue. Pour le nom, on écoutait beaucoup l’album Congotronics du groupe Konono n°1. Donc on cherchait un nom avec « tronic » qui mêlerait électronique et Afrique. »
Des gens heureux qui s’éclatent
Des répétitions et petites prestations au sein de l’école, le groupe a franchi un pas en jouant aux Fêtes escales en 2023. Un concert suivi par une tournée dans le sud du Puy-de-Dôme et par l’enregistrement d’un album de cinq titres, 1983, sorti en février 2026. Mourad reconnaît son appréhension avant de monter sur scène — encore qu’il estime que, à Vénissieux, « cela se fait devant un public acquis, on joue à domicile » — avant d’ajouter : « Cela fait tellement plaisir de voir des gens heureux qui s’éclatent. » Plus jeune, Gabriel est finalement moins effarouché. Pour lui, les concerts sont « comme les DPO », dispositif de l’école des « débutants par l’orchestre ».
Si le groupe se renouvelle tous les ans, avec l’arrivée de nouveaux élèves et le départ d’autres, il reste avant tout comme une famille. « Il permet l’accès à la musique à tous, reprend Mourad. On essaie de transmettre ce message. Dans le contexte de cette ville, nous faisons passer une image : quand nous chantons, nous affirmons bien que nous sommes un groupe de l’école de musique de Vénissieux. »

Sur la scène de « Bizarre ! » avec G.W. Sok (Photo Laure Blanc)
Pour Sana, « l’ambiance est incroyable et, sur scène, tout le monde est avec nous ! » Habitué aux formations professionnelles — il a joué avec Sahra Halgan, l’Orchestre Tout Puissant Marcel-Duchamp et a fondé L’Étrangleuse —, Maël Salètes considère qu’Afrotronic « fonctionne comme un groupe et a l’ambition de devenir un vrai groupe, avec ces personnes qui ont cinquante ans d’écart et qui s’éclatent ensemble sur scène ». Il est également heureux d’avoir pu associer de grands noms : sur l’album, Sahra Halgan est présente sur le titre Bwiza et Françoiz Breut sur Plus haut que le niveau de la mer. Françoiz Breut a également accompagné le groupe sur scène en février, lors d’une soirée à « Bizarre ! ». Et, ce soir-là, il y avait également Jos Kleij, plus connu sous le nom de G.W. Sok. Ce musicien hollandais est l’ancien leader du groupe The Ex et intervient dans 1983 sur le titre Il y a des cœurs.
Finalement, ce qui attire ces musiciens pros n’est-il pas tout simplement cet aspect « artistiquement atypique » développé par Afrotronic ? « Nous mélangeons des formats traditionnels, rock ou expérimentaux, ce qui est étonnant. »
Les compositions du groupe partent d’improvisations collectives. « Avec Anatole, précise Maël, nous n’intervenons que pour trier les idées. Et il y en a tellement qui naissent chez chacune et chacun ! »
Un titre sur la marche de 1983
Les paroles des chansons sont souvent composées par Mourad qui, aussitôt, cite le morceau Covidi écrit par… Athanase. « Dans mon texte Afrokraut, je reprends Léopold Sedar Senghor et, là-dessus, je dis tout ce qui me passe par la tête. J’ai du mal à apprendre des textes par cœur et j’improvise beaucoup sur scène, suivant l’actualité. »
Quand on remarque que les rappeurs ou les slameurs font souvent de même, Mourad répond : « Non, je n’ai pas de culture, je sors du plateau des Minguettes ! »
Maël intervient pour parler de la chanson Il y a des cœurs, qui évoque la marche de 1983. « On voulait écrire sur cet événement avec Jos. Lui l’a fait en anglais et Mourad en français. » Ce dernier conclut : « Un Vénissian qui écoute se reconnaîtra. On parle de la place Rouge, du père Delorme. Une partie du groupe est d’ailleurs allée rencontrer ce dernier. »

Photo Laure Blanc
Sur scène, Maël reconnaît que, « parfois c’est cadré et parfois il y a de l’impro. Il faut accepter de ne pas pouvoir tout maîtriser ». Ce qui fait dire à Jason que, des fois, « ça sonne chelou ! »
Le groupe prépare à présent « une petite tournée en juin-juillet », pas simple à organiser : « Chacun a des réalités. Il y a ceux qui sont en primaire, au collège, qui préparent leur bac, ceux qui bossent… On a la volonté d’aller à l’extérieur de Vénissieux et de jouer devant d’autres publics. Nous irons ainsi en Auvergne, à la Lampisterie. Et, là-bas, on va nous organiser une rencontre avec l’école locale et leur groupe de musiques actuelles. On va encore jouer cet été à Saint-Étienne, dans la vallée du Gier et au Puy-de-Dôme. » Histoire, rappelle Matthieu, « de mobiliser un public qui n’a rien à voir avec Jean-Wiener ».






























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