Azouz Begag : « L’école m’a donné la liberté »

L’écrivain Azouz Begag est venu discuter avec la classe de CM1/CM2 de Nadia Bachmar ce 30 novembre. Avec des élèves à la hauteur de leur invité.

Azouz Begag aime plaisanter et c’est par ce biais qu’il a réussi d’emblée à se mettre dans la poche l’ensemble de la classe de CM1/CM2 de Nadia Bachmar, à l’école Louis-Pergaud, qui l’accueillait ce 30 novembre. L’écrivain, économiste, sociologue et ancien ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances du gouvernement Villepin, sous la présidence de Jacques Chirac, était venu parler du livre Un train pour chez nous, étudié en classe par les enfants.

« C’est la première fois que vous voyez un écrivain vivant ? commence-t-il. Avant, je venais jouer au foot ici, à Vénissieux, avec mes amis Luis Fernandez et Halim Benmabrouk. »

Et quand on lui demande quel âge il a, vu que les footballeurs cités ne sont pas du tout connus par ce jeune public, il répond: « Avant, j’étais vieux et, aujourd’hui, je suis rejeune. »

Très à l’aise avec ses interlocuteurs, Azouz passe d’une langue à l’autre et lance des phrases en français, bien sûr, mais aussi en anglais, portugais, italien, arabe et écrit même au tableau des mots grecs, une langue qu’il est en train d’apprendre. Certains élèves, qui reconnaissent la langue d’origine de leurs parents, lui répondent.

« Je parle toutes les langues, je suis polygame. » Un temps d’arrêt pour attendre les réactions.

Azouz se lance dans l’histoire de sa famille, partie de Sétif en 1947. Il s’amuse de l’accent de son père, « jamais allé à l’icoule », et lui rend un bel hommage. Il évoque aussi le bidonville où il a grandi et conclut : « L’école m’a donné la liberté. » Les enfants sont sous le charme.

Et l’humour revient toujours en politesse du désespoir. « Dans une classe, un enfant m’a demandé si c’était vrai que j’étais né dans un bidon d’huile. » Il se met à raconter comment il a nagé dans l’huile pour atteindre le bouchon et se retrouver « en pleine lumière ».

« L’histoire du bidonville, lui demande alors une élève, c’est pas une métaphore ? » Et voici que la conversation monte d’un cran. Azouz explique les racines grecques du mot « nostalgie » et mentionne son dernier livre, L’Arbre ou la Maison : « L’arbre, c’est la moitié française de mon cœur, la maison c’est l’autre moitié qui est algérienne. Quelles racines vont gagner ? Prenez Kylian Mbappé : sa mère est algérienne, son père camerounais et lui est français. On n’a pas à choisir. Nous sommes des arbres qui avons plusieurs racines. À ceux qui revendiquent être Français de souche, je réponds que les immigrés sont les enfants des branches. »

Un super boulot

L’écrivain mentionne encore les jeunes qu’il a croisés en venant et qui font de la moto sur la roue arrière. « Les filles font ça ? Ah oui, j’ai croisé une maman avec une poussette sur la roue arrière. »

Les enfants rigolent et Azouz, prenant à témoin Nadia Bachmar, remarque : « Leurs questions sont très pertinentes. » Il lit alors un extrait d’Un train pour chez nous et un élève lance : « Puisque tu l’as écrit, tu peux pas lire une page les yeux fermés ? » L’auteur éclate de rire : « Votre maîtresse fait un super boulot. Vous aimez lire et écrire, je reviendrai ! »

Il faut dire que les enfants ont tenu à lire leur rédaction et que le moment a été très fort. Nadia Bachmar, dont la classe a obtenu en juin dernier le deuxième prix des Petits artistes de la mémoire, a décidé de travailler cette année sur le soixantième anniversaire des accords d’Évian et c’est dans ce cadre qu’elle a invité Azouz Begag.

« Nous allons faire un album qui sera illustré par Élisabeth Poncet. » Laquelle a déjà participé au précédent projet et a assisté, ravie, à la rencontre avec l’écrivain.

Une pensée sur “Azouz Begag : « L’école m’a donné la liberté »

  • 4 décembre 2021 à 11 h 19 min
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    Excellent, voilà du très bon travail éducatif fait dans nos écoles de la République, félicitation à l enseignante, c est de bon augure pour l avenir. Bravo Mme Bachmar

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