Louis-Pergaud au Théâtre de Vénissieux : pour la liberté, l’égalité et la fraternité

 

Un spectacle formidable mené par une classe de CM1-CM2 qui a travaillé deux ans sur Vénissieux la belle, la rebelle. Grâce à l’enseignante, Nadia Bachmar, à la direction de l’école Louis-Pergaud et aux professionnels qui ont accompagné les enfants, le résultat fut à la hauteur du projet.

Ambitieux, on peut dire que le projet caressé depuis deux ans par Nadia Bachmar, enseignante à l’école Louis-Pergaud, l’était. Il s’agissait, avec une classe de CM1, puis de CM2, de poser un axiome simple riche de ramifications multiples : pour bien savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient. Et de balayer avec sa classe et de nombreux intervenants l’histoire du pays, depuis la Grande Guerre jusqu’à la Marche pour l’égalité, en partant des principes posés par la République et pourtant pas toujours respectés : liberté, égalité, fraternité.

Est ainsi passé dans la classe pour échanger avec les élèves Clément Barioz, de l’association Viniciacum, pour l’histoire locale de Vénissieux. Maxime Kyrszak et Jean Curial ont évoqué la Résistance et la vie quotidienne sous l’occupation nazie. La compagnie vénissiane de danse Second souffle et l’actrice et danseuse Maud Charrel ont travaillé avec les enfants sur les chorégraphies et les textes tandis que, côté musique, les jeunes talents ont approché l’accordéoniste Hélène Subtil, la chanteuse de fado et accordéoniste Anabelle Vilela et Michael Jones. Ce dernier, non content d’avoir été le guitariste de Jean-Jacques Goldman et un musicien solo aux nombreuses tournées, est aussi le fils d’un G.I. ayant débarqué en Normandie. Tout au long du projet, art et histoire se sont tenu la main. Ce générique peut encore s’enrichir des noms du rappeur vénissian Oumse Dia, de la designer Élisabeth Poncet, qui a écrit une thèse sur le mobilier urbain de Vénissieux, et de la réalisatrice Nathalie Lanier. Ajoutons encore l’association Envole-moi ! Envolons-nous !

Comme des professionnels

Le 2 juin au Théâtre de Vénissieux, avec le spectacle Vénissieux la belle, la rebelle, les enfants ont tenu en haleine une salle pleine, comme de véritables professionnels. Ils ont dit les textes écrits par Nadia Bachmar — dont des lettres de Poilus, ces soldats de la guerre de 14, qu’ils avaient retravaillés ensemble —, ont dansé, chanté, changé de costumes, ont su prendre les lumières, se sont servis des images projetées sans aucun signe de doute, d’absence, de timidité ou d’hésitation. En un mot, ils ont joué avec une maturité étonnante un spectacle audacieux, qui ne se contentait pas de reproduire sur scène une histoire officielle et naphtalinée. Au contraire, on suivra ainsi 14-18 et les troupes coloniales, le travail à l’usine sur l’air de Titine, tout droit sorti des Temps modernes de Chaplin, les grèves de 36, l’occupation allemande, la Résistance, le sauvetage des enfants juifs du camp de Vénissieux en 1942, la libération de la ville en 1944, les massacres de Sétif , Guelma et Kherrata le 8 mai 1945, la main d’œuvre immigrée, la Marche pour l’égalité, etc. Les enfants chantent Le Chant des Africains, Douce France de Trénet dans la version Carte de Séjour, Envole-moi de Goldman puis Je te donne avec Michael Jones sous les multiples applaudissements de la salle entière.

« Chaque élève est un espoir retrouvé de la République »

« Michael Jones était venu nous parler de son père, un G.I. ayant débarqué en Normandie. Il a tout de suite accepté de chanter, explique quelques jours après Nadia Bachmar. Il est venu le 9 février et on lui a présenté la moitié du spectacle. Malgré les dates annulées puis reprises dues au Covid, il a tenu la promesse faite aux enfants. Ils n’ont chanté pour la première fois ensemble que lors de la répétition qui a eu lieu au théâtre quelques heures avant le spectacle. » Et le résultat fut enthousiasmant.

À l’issue de la représentation, après les remerciements de Mme Gardénal, directrice de Louis-Pergaud, Nadia Bachmar vint à son tour féliciter les enfants et les professionnels qui les avaient accompagnés. « Je suis née à Vénissieux, j’ai grandi ici et je reste très attachée à cette ville. Son histoire est trop belle pour ne pas être enseignée aux enfants. Et il faut toujours raccrocher la citoyenneté à l’Histoire. Je n’aime pas entendre parler des « territoires perdus de la République ». Je ne sais pas ce que c’est. Chaque élève est un espoir retrouvé de la République. »

L’aventure continue…

Retour à Louis-Pergaud. Après le succès de la représentation du 2 juin, il est temps de débriefer. Les enfants avouent avoir été stressés, ont trouvé que la préparation était longue (deux ans) mais que « ça valait le coup d’attendre ». Et puis, ajoute une élève : « Quand le spectacle a été fini, je voulais le refaire. »

Nadia Bachmar, l’enseignante, a réuni sa classe de CM2 en cercle, et les éloges pleuvent, tant du côté d’Azdine Benyoucef (compagnie Second souffle), qui a participé à l’élaboration artistique du projet, que de Geneviève Ancel, coordinatrice des Dialogues en humanité, manifestation citoyenne qui se déroule tous les ans au parc de la Tête-d’Or et dont la prochaine édition aura lieu du 2 au 4 juillet.

Geneviève est tellement emballée qu’elle lance : « Préparez-vous avec cette histoire à faire le tour du monde. C’est un message qu’il faut porter sur notre territoire, à Vénissieux et dans la métropole, et bien au-delà. »

Le samedi 3 juillet, dans le cadre des Dialogues en humanité, au parc de la Tête d’Or, les enfants auront l’occasion de participer à la rencontre, à 19 heures, avec le sociologue et philosophe Edgar Morin — qui, cinq jours plus tard, soufflera ses 100 bougies —, la sociologue Sabah Abouessalam-Morin et le diplomate sénégalais Doudou Diène, membre du conseil d’administration de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage. Puis, à 19h30, place au spectacle Vénissieux la belle, la rebelle. Il ne pourra bien sûr être présenté dans son intégralité. Sans lumière, sans projections d’images, les élèves de Louis-Pergaud en joueront les principales parties. Avant, peut-être, lors de la prochaine année scolaire, de repartir sur les routes le présenter.

4 pensées sur “Louis-Pergaud au Théâtre de Vénissieux : pour la liberté, l’égalité et la fraternité

  • 22 juin 2021 à 23 h 13 min
    Permalink

    Bonjour
    Merci madame nadia bachmar et a toute l’équipe,je suis une maman de l’un de vos élèves. J’étais fière de mon fils j’ai vue mon fils autrement : grand ,responsable ,capable.
    Merci madame bachmar et félicitations a tous

  • 9 juin 2021 à 18 h 37 min
    Permalink

    Bonsoir,
    Merci à vous, oui nous allons faire vivre ce spectacle.

  • 8 juin 2021 à 22 h 23 min
    Permalink

    Mes plus sincères félicitations aux talentueux enfants, à Nadia Bachmar une enseignante créative pour valoriser les valeurs de la République avec l’association Envole-moi Envolons nous ! À Azdine Benyoucef le directeur artistique de la Cie SecondSouffle et les animateurs tous issus ou habitants à Vénissieux la belle, la rebelle. Une équipe d’une qualité humaine remarquable dont la Métropole de Lyon peut être fière. Voilà des enfants et de jeunes adultes qui montrent la voie, donnent du sens à la vie et nous invitent chacun à prendre son destin en main. Geneviève Ancel

  • 8 juin 2021 à 15 h 19 min
    Permalink

    Bravo !!! ce spectacle va-til etre redonné ?impatiente de le voir …
    Pascale Delorme

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *