Le chômage au plus haut

Pôle emploi de Vénissieux. 7 janvier 2016

Alors que la situation de l’emploi continue de se dégrader à l’échelle nationale, les chiffres locaux n’ont jamais été aussi inquiétants. Selon les données fournies par l’agence Pôle emploi de Vénissieux, 8 257 personnes étaient inscrites dans les catégories A, B et C en octobre 2015. En un an, le nombre de demandeurs a fait un bond de 9,8 % dans la commune. Et ce, alors que l’ancien département du Rhône (Métropole et nouveau Rhône confondus) subissait une hausse de “seulement” 5,9 % et la région Rhône-Alpes de 6,9 %.
On est donc déjà loin de la situation d’octobre 2013, où la barre des 7 000 demandeurs avait pourtant été franchie pour la première fois, avec 7 162 inscrits. Il aura seulement suffi de deux ans pour que plus d’un millier de chômeurs vienne grossir leurs rangs. Et l’on peut craindre que la situation ne s’installe durablement. Le chômage de longue durée (plus d’un an) touche aujourd’hui 44 % des inscrits, tandis que 23 % d’entre eux “pointent” depuis plus de deux ans. Des chiffres qui restent toutefois proches de ceux de la région, à savoir 42 % et 21 %.

Les jeunes paient le prix fort

Car le marché local de l’emploi est bel et bien en crise. Si l’on se rapporte aux données fournies par l’Insee pour l’année 2012*, la population active vénissiane compte officiellement 27 800 personnes. Ce qui ramène le taux de chômage à 29,6 %. Il pourrait même dépasser les 40 % sur le plateau des Minguettes, soit près de quatre fois le taux national. C’est en tout cas ce que pressent, entre autres, Djil Ben Mabrouk, adjoint à l’emploi et au développement économique et commercial. “Il est très difficile d’obtenir des données précises par quartier. Mais 40 ou 45 % de chômage, cela correspond à mes estimations. Et c’est généralement le taux que l’on trouve dans les quartiers en difficulté”, avance-t-il.
Les données contenues dans le dossier de la convention d’application locale du Contrat de ville ne sont pas plus rassurantes. Dans le secteur des Minguettes, 23 % des jeunes de 15 et 24 ans sont inactifs, tandis que la part des 15-17 ans non scolarisés est près de trois fois supérieure à celle de la Métropole. On ne s’étonnera donc pas de constater que le taux de réussite au brevet des collèges est globalement en dessous de celui de l’académie de Lyon (entre -8 et -22 points selon les établissements en 2013). Quant au revenu fiscal moyen, il est 2,3 fois moins élevé que dans la Métropole.
Du côté de la Mission locale, qui oriente les jeunes de 16 à 26 ans non scolarisés, constat similaire. “60 % des jeunes que nous accueillons ne sont pas inscrits à Pôle emploi”, souligne le directeur, Martial Guiguet. Ce qui amène à se demander combien de jeunes — et de moins jeunes — sont actuellement en recherche d’emploi… sans être inscrits à Pôle emploi, parce que leur situation particulière ne leur ouvre pas droit à des allocations.
Mais comment en est-on arrivé là ? Djil Ben Mabrouk pointe plusieurs facteurs : une conjoncture économique défavorable, une “discrimination territoriale sur certains quartiers” et un déficit de formation des demandeurs. Pour le directeur de Pôle Emploi Vénissieux, Serge Salfati-Demouge, l’un des freins principaux à l’emploi reste la sous-qualification des demandeurs. 61 % ont en effet une formation inférieure au baccalauréat, contre 51 % pour la région et 47 % pour le département. Et 24 % ne sont pas diplômés du tout.
Certes, l’une des particularités de la population vénissiane, c’est la surreprésentation des demandeurs peu ou pas diplômés, relève Serge Salfati-Demouge. Mais il y a aussi un problème structurel, car le diplôme ne fait pas tout. La mobilité, le contexte social et familial, l’inadéquation aux métiers proposés sont autant de facteurs qui peuvent éloigner les gens de l’emploi. Il faut rapprocher la demande et l’offre, par des formations adaptées au marché.
Les conseillers de Pôle emploi Vénissieux poursuivent donc inlassablement leur travail. Renseigner, orienter, apaiser… Depuis le début de l’année et pour six mois, ils ont reçu le renfort de quatre jeunes en service civique, dont la mission consiste à épauler les demandeurs en froid avec l’informatique. Car, de plus en plus, société numérique et consignes nationales obligent, c’est bien derrière un écran que s’effectuent la plupart des démarches administratives et des prises de contact. “Une discrimination de plus”, regrette un demandeur d’emploi.

Lire aussi : Djil Ben Mabrouk : “Renforcer l’attractivité de la ville”

* Les chiffres officiels 2016 fournis par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) on été collectés en 2012.

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