Le tocsin a sonné le 1er août à Vénissieux, à 16 heures

Il y a cent ans, le 1er août 1914, le tocsin des églises de France retentissait, marquant la déclaration de guerre et la mobilisation générale. En mémoire de la tragédie qui s’ouvrait alors, et comme dans beaucoup d’autres villes de France, le tocsin des églises de Vénissieux a retenti le vendredi 1er août 2014 à 16 heures.

Le 1er août 1914, vient de rappeler dans une déclaration Michèle Picard, le maire de Vénissieux, des volées de cloches annonçaient un conflit mondial qui fera plus de 20 millions de victimes militaires et civiles. « Ces cloches marquent la déclaration de guerre et la mobilisation générale. Quand beaucoup la croient encore improbable alors que d’autres dénoncent le péril à venir, la guerre survient. Jean Jaurès vient d’être assassiné : on a fait taire le pacifiste. 

« Dans les villes et les campagnes, les hommes en partance pour le front avancent avec résolution, sans enthousiasme, laissant derrière eux femmes et enfants. Ce conflit qui ne devait pas durer, va s’enliser dans les tranchées. Ces années de tourmente, ils les ont vécues dans l’immobilité, le froid et la boue. Ceux qui n’auront pas été pulvérisés reviendront épuisés et transformés à jamais. Tout au long de leur vie, ils porteront les stigmates de cette horreur, dans leur chair et sur leur visage.

« Quatre ans plus tard, 1.300.000 poilus manquent à l’appel, 10 % de la population masculine de la France. Ils sont tombés sur les champs de batailles de la Marne, de la Somme, de Verdun, du Chemin des dames… ou bien sont morts de maladie, d’épidémies, la peau et les poumons brûlés par les gaz moutarde, décimés par la faim et le froid. 

« À Vénissieux, 164 hommes ne sont pas revenus. Comme leurs congénères, ils ont servi de chair à canon, ils ont été sacrifiés. »

Rappelant également l’histoire douloureuse des quelque 600 « fusillés pour l’exemple », le maire estime : « Il serait plus que temps de réhabiliter collectivement tous ces hommes, victimes d’un système qui les a broyés » (1), et rappelle le courage des femmes « qui apportèrent une contribution essentielle à l’économie du pays, remplaçant les hommes aux champs et dans les usines ». Et Michèle Picard conclut : « C’est à nous, désormais, de porter la parole de ces hommes, d’être les garants de la transmission, les gardiens de la tolérance et de la liberté auprès des jeunes générations. »

Le groupe des élus communistes et républicains : « Ne rien oublier du 1er août 1914 »

Le président du groupe des élus communistes et républicains de Vénissieux, Pierre-Alain Millet, a rendu publique, hier également, une déclaration dans laquelle il fait le lien entre les politiques bellicistes de 1914 et de 2014.

« Dans chaque pays, les travailleurs étaient appelés par leurs élites économiques, politiques, médiatiques et religieuses à partir la fleur au fusil à la guerre (…). En mai 2015, Karl Liebnicht, qui sera un des fondateurs du parti communiste allemand, dénoncera les dirigeants allemands et « leur mot d’ordre absurde : « Jusqu’au bout ! », dont l’effet n’est que de nous enfoncer de plus en plus profondément dans le maëlstrom du carnage universel ».

« Dénonçant les premières horreurs subies par les peuples, Karl Liebnicht lançait un appel qui nous interpelle un siècle plus tard : « L’expérience nous a averti : tout apprendre – ne rien oublier !… l’ennemi principal est dans notre propre pays ! »

Et Pierre-Alain Millet de poursuivre : « Nous ne devons rien oublier des horreurs de ces guerres, comme le massacre à Gaza aujourd’hui, qui sont toujours la continuation de la politique par d’autres moyens, qui répondent toujours à des intérêts économiques, de ceux qu’il faut de plus en plus appeler, à l’Ouest aussi, des oligarques.
« Nous ne devons rien oublier des mensonges du gouvernement US pour justifier sa politique belliciste et des conséquences désastreuses de ces guerres faites au nom des droits de l’homme et qui, en fait, détruisent des états pour s’accaparer leurs ressources et livrer leurs peuples aux pillages, comme en Libye (…). 

« L’expérience de la Première Guerre mondiale doit nous conduire à dénoncer avec énergie les dirigeants français qui multiplient les déclarations et les actes d’affrontement. L’ennemi n’est plus l’Allemagne, mais la Russie et plus loin peut-être la Chine. Cela a commencé avec la stratégie déterminée de l’OTAN et l’UE pour installer des bases militaires dans tous les pays limitrophes de Moscou. Mais avec la guerre en Ukraine (plus de mille morts civils déjà),  pays dévasté par la concurrence d’oligarques se partageant la dépouille de ce grand pays riche sous le contrôle étroit de l’OTAN, tout s’accélère et les USA parlent officiellement de la Russie comme d’un pays dangereux. Comme en 1914, c’est aux peuples de se lever et de dire : « Non, nous ne voulons pas de la guerre. »

« Nous appelons les Vénissians à ne rien oublier du 1 août 1914 en exigeant que la France rompe avec l’OTAN, avec la France-Afrique et renoue avec une diplomatie indépendante pour la paix, en Palestine comme en Ukraine. »

À Lyon, le dernier discours de Jean Jaurès

Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès était assassiné à Paris.

Le 25 juillet, il avait prononcé à Lyon son dernier discours dénonçant tous les gouvernements dont les politiques d’affrontement menaient à la guerre : « Quoi qu’il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n’y a plus, au moment où nous sommes menacés de meurtre et de sauvagerie, qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c’est que le prolétariat rassemble toutes ses forces qui comptent un grand nombre de frères, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes, et que nous demandions à ces milliers d’hommes de s’unir pour que le battement unanime de leurs cœurs écarte l’horrible cauchemar. »

 

(1) Rappelons que le Sénat a récemment refusé une proposition de loi portée par le sénateur du Rhône Guy Fischer, qui aurait rétabli dans leur honneur les soldats fusillés pour l’exemple entre 1914 et 1918. Le secrétaire d’Etat chargé des Anciens combattants et de la Mémoire, Kader Arif, a cependant annoncé la création d’une salle dédiée à ce sujet, qui sera inaugurée en novembre aux Invalides.

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