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Hausse du prix du chauffage : vers un hiver difficile

Les prix du gaz naturel et de l’électricité mettent les locataires et propriétaires au défi. Des Vénissians témoignent de leur situation.

Photo Emmanuel Foudrot

Frappés par la hausse des prix de l’énergie, les Français n’ont pas manqué leur « rendez-vous de la sobriété » promu par Emmanuel Macron le 5 septembre dernier. À Vénissieux et ailleurs, bon nombre de ménages ont appris à vivre dans un logement chauffé à 18 °C. Pour les locataires en HLM ou du parc privé, comme pour les propriétaires, la baisse de la température du thermostat permet, dans le meilleur des cas, de contrer la hausse des coûts du gaz ou de l’électricité. Les moins chanceux, non soumis aux tarifs réglementés, ou en fin de contrat avec un fournisseur d’énergie, voient leurs factures ou charges s’envoler.

Dans ce contexte, le chauffage est, plus que jamais, le poste clé dans le budget d’un ménage. Il représente la plus grosse part de sa consommation énergétique. En moyenne, il pompe 66 % de ses dépenses en énergie *. Deux paramètres feront varier ce chiffre : le volume du logement et son isolation thermique.

Avant la crise énergétique, ces mêmes dépenses en énergie représentaient déjà près de 9 % des revenus des ménages. En 2022 et 2023, le seuil de précarité énergétique, fixé à 10 %, sera-t-il franchi, comme ce fut le cas dans les années 1980 ? **

Un nouveau bouclier tarifaire moins protecteur

Chez les locataires du parc social, le moral n’est pas au beau fixe. L’hiver 2022-2023 reste marqué par l’incertitude. « On s’aperçoit que la hausse la plus importante correspond à la ligne chauffage, observe Roger Champ, membre de l’association Confédération nationale du logement (CNL). C’est surtout le prix du gaz qui augmente fortement. Certains bailleurs anticipent, avec des provisions de charge en hausse de 15, 20, voire 30 %. Les locataires en difficulté peuvent recourir à un médiateur ou saisir la Commission départementale de conciliation (CDC). »

Dans sa permanence située aux Minguettes, le représentant de la CNL décrit une situation préoccupante : « La population en logement social se paupérise. Les bailleurs le savent mais sont coincés. Ajoutons qu’en 2023, l’indice de référence des loyers (IRL) sera plafonné à 3,5 %. Seules les passoires thermiques, classées en catégorie F et G par le diagnostic de performance énergétique, ne seront pas assujetties à cette hausse. On voit déjà des familles épuiser leurs ressources au 15 du mois. Elles vont taper à la porte des Restos du cœur ou du Secours populaire. »

Dans les copropriétés, le moral n’est pas au beau fixe non plus. Le 1er janvier 2023, le tarif du gaz progresse de 15 % en moyenne pour les clients ayant souscrit une offre en tarif réglementé. Les locataires ou copropriétaires ayant souscrit une offre à prix fixe qui arrive à échéance sont encore moins bien lotis : ils s’exposent à des hausses faramineuses en signant un nouveau contrat. Même constat pour l’électricité, pour laquelle les tarifs augmentent de la même manière le 1er février.

La levée du premier bouclier tarifaire fait mal. Le second bouclier, déployé en 2023, est moins protecteur : il limite la hausse des tarifs du gaz et de l’électricité à 15 %, lorsque le précédent la bloquait à 4 %. En revanche, le bouclier est étendu à tous les types de logements, y compris ceux dont le système de chauffage est collectif, ce qui n’était pas le cas auparavant.

Selon le site officiel de l’administration française, le surcoût serait de 25 euros par mois pour le chauffage au gaz et 20 euros par mois pour le chauffage à l’électricité. Sans ce dispositif, les barèmes de la Commission de régulation de l’énergie auraient été appliqués : les factures auraient alors pris respectivement 200 et 180 euros d’augmentation par mois.

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Comparateur d’offres de gaz et d’électricité : comparateur.energie-info.fr

* Source : Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), 2022. 

** Sources : Insee, ministère de l’écologie.

Les bailleurs sociaux limitent la casse

Le parc locatif social semble moins touché par la hausse du coût des énergies que les copropriétés.
– Photo Emmanuel Foudrot

Lyon Métropole Habitat, la Sacoviv, Alliade Habitat et Grand Lyon Habitat sont les quatre principaux bailleurs sociaux du parc locatif vénissian. Ces structures sont directement confrontées aux difficultés engendrées par la crise énergétique.

Ainsi, si la Sacoviv et Alliade n’ont pas eu à ajuster les provisions pour cet hiver, ayant respectivement prévu assez large ou étant protégée par les contrats signés, ce n’est pas le cas de LMH et de GLH. « Les hausses seront limitées en 2023 grâce à l’adaptation des provisions réalisées sur les exercices précédents », précise cependant le premier. Quant à GLH, il indique « avoir augmenté les provisions de 30 % pour les résidences en chauffage collectif », et « optimisé toutes les charges : propreté, générales, espaces extérieurs… ».

« Pour les 28 résidences rattachées au chauffage urbain, 83 % des locataires seront concernés par une hausse inférieure à 10 euros par mois, précise LMH. 13 % ne subiront pas de hausse. Pour les 13 résidences en chauffage collectif gaz, 75 % auront une hausse inférieure à 20 euros. Pour les autres, la hausse est inférieure à 50 euros. »

Et pour les mois à venir ? « Les provisions vont légèrement augmenter en 2023 pour arriver à l’équilibre », admet-on à la Sacoviv. Chez Alliade, on estime que la régularisation sera « habituelle » en 2023, tout en anticipant « du changement » en 2024.

Les quatre bailleurs, enfin, s’adaptent aux éventuelles difficultés des locataires. « Fin décembre, nous avons décidé d’appliquer une remise de 1 % sur la quittance de loyer, indique-t-on à la Sacoviv. Cette mesure s’applique à tous nos locataires (2 050 logements). » Chez Alliade, « une aide financière sera versée aux plus précaires via le Fonds énergie de notre groupe Action logement ». Et, comme chez LMH et GLH, des échéanciers seront mis en place lorsque les régularisations seront trop importantes. Reste un signal positif : ni GLH, ni LMH, n’indiquent avoir noté d’augmentation des impayés. Mais jusqu’à quand ?

David Fitoussi : « Pour les locataires, c’est la double peine »

Le président de la Commission des locataires et des familles (La Clef) incite les locataires du parc social à se regrouper en cas de difficulté.

Photo DR

La situation des locataires du parc social s’aggrave-t-elle ?

Les charges augmentent de façon exponentielle. On ne compte plus les appels de locataires, notamment à Vénissieux. C’est énorme. Les gens sont révoltés. Le coût de la vie et le prix des énergies augmentent. Dans le même temps, on réduit le service : certains souffrent du froid. C’est la double peine. Ils voient les charges augmenter sans savoir à quoi cela correspond. Avant, ils pouvaient récupérer une centaine d’euros sur la régularisation. Aujourd’hui, c’est terminé.

Que faire lorsqu’on peine à régler ses charges ?

Tout d’abord, un bailleur n’a pas le droit d’imposer des prélèvements. Tout mandat de prélèvement peut être révoqué. Mieux vaut régler par chèque ou carte bancaire. Choisir le moyen de paiement, sans pour autant le bloquer, c’est la première condition pour reprendre le contrôle de sa situation financière.

Faut-il accepter un échéancier ?

L’échéancier est dangereux. Accepter un échéancier revient à reconnaître une dette. C’est un engagement à payer. Mieux vaut régler à son rythme. Cela évite des procédures. Ainsi, le bailleur constate que le locataire paye comme il le peut.

Certains locataires, s’estimant lésés, refusent de payer. Que leur répondez-vous ?

Parfois, certains bailleurs font payer des sommes qui ne sont pas dues. Or, un locataire qui refuse de payer est assigné au tribunal. En effet, seules deux personnes peuvent autoriser un locataire à ne pas payer son loyer : le bailleur et le juge. Mais si 20 ou 30 personnes se regroupent, le juge renvoie l’affaire à une prochaine audience. Cela laisse le temps aux locataires de contrôler leurs charges.

De quelle manière ?

Tout le monde peut le faire, même de manière individuelle. En vertu de l’article 23 de la loi du 6 juillet 1989, les pièces justificatives sont mises à la disposition des locataires durant six mois à compter de l’envoi du décompte. Le contrôle se fait sur pièces, chez le bailleur. La demande se fait par courrier recommandé.

Comment procéder lorsqu’on n’a aucune compétence en la matière ?

Quand on est isolé, dans son coin, il ne faut pas s’amuser à se mettre en difficulté. Seul, on n’a aucune chance. Au téléphone, les bailleurs répondent aux locataires qu’ils sont seuls à se plaindre. Il faut s’organiser autour d’un représentant. À la Clef, nous dispensons des formations.

Comment voyez-vous la situation en 2023 ?

On s’attend à tout et son contraire. Concernant le gaz, le prix de la molécule est monté très haut, puis est redescendu. Tout dépend si la Russie et l’Ukraine continuent à se taper dessus. Des pays comme Israël peuvent vendre du gaz. Il existe aussi le gaz de schiste, aux États-Unis. Malheureusement, toutes ces questions sur l’énergie n’ont jamais été anticipées. Il n’y a pas de vision à long terme.

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Association La Clef : 63, rue André-Bollier, 69007 Lyon. 07 64 71 31 15

Photo Emmanuel Foudrot

Gilles (locataire privé, Moulin à Vent) : « Nous avons diminué le chauffage de 3 à 4 °C »

« J’habite dans un immeuble de 16 appartements. Nous avons chacun une petite chaudière individuelle dans le couloir. Nous payons tous les deux mois mais n’avons pas constaté d’augmentation des factures. Pour gommer la hausse des coûts du gaz, nous avons diminué le chauffage de 3 à 4 °C. Nous maintenons une température de 18 °C dans notre logement. Bien sûr, quand la température extérieure chute, comme début décembre, on est bien obligé de compenser. Heureusement, l’immeuble sera bientôt mieux isolé. C’est un bâtiment des années 60. Les travaux sur les balcons et façades vont être réalisés en avril. Comme nous sommes locataires depuis plus de 20 ans, nous ne subirons pas de hausse de loyers, contrairement aux nouveaux locataires. »

Liba (locataire, Joliot-Curie) : « Je règle toujours la même somme »

« Je vis dans un appartement géré par Alliade. Nous sommes raccordés au chauffage urbain. En 2022, il n’y a pas eu d’anticipation sur les provisions. Je règle toujours la même somme : un loyer de 454 euros et des provisions de chauffage de 48,80 euros. Lors de la régularisation de l’été, je ne récupère rien. Ça n’a pas toujours été le cas. Autrefois, je pouvais récupérer entre 100 et 200 euros. Cette fois-ci, le bailleur m’a repris une trentaine d’euros. En 2023, je pense qu’il y aura une grosse régularisation. Il fait 22 °C dans l’appartement. »

Georges (copropriétaire, Parilly) : « Le fournisseur nous demande de payer entre six et dix fois plus cher »

« La résidence a signé un contrat d’énergie qui arrive à échéance en avril. Les 92 logements sont chauffés à l’électrique, en collectif. Le thermostat est réglé sur 16 ou 17 °C. Ensuite, chacun complète avec des convecteurs reliés à un compteur individuel. Le contrat avec Engie avait été signé il y a trois ans, avec les prix de l’époque. Seulement, pour renouveler, le fournisseur nous demande de payer entre six et dix fois plus cher. En effet, seul le chauffage individuel est protégé par le tarif réglementé. La régie procède à un appel d’offres. Signer un contrat nous engagerait, alors il faut temporiser. La solution serait de couper le chauffage de base, augmenter la puissance électrique de chaque logement et de se chauffer à l’aide des convecteurs. C’est un peu l’angoisse ! »

Bernard (copropriétaire, Moulin à Vent) : « 2 000 euros en plus sur la facture »

« En septembre, notre fournisseur de gaz nous a plantés. Avec son offre à 35 euros, il a mis la clé sous la porte. Notre régie a négocié avec ekWateur pour une offre à 177 euros le MWh sur un an. C’était le seul à s’engager à prix fixe. Engie proposait entre 170 et 300 euros et quelques, à prix variable. Sur la facture, ça va nous faire environ 2 000 euros en plus. Heureusement, on n’a pas eu à chauffer en octobre. On a économisé entre 12 000 et 15 000 KWh. On a commencé à chauffer le 4 novembre. C’est déjà ça. Au conseil syndical, on se fait du souci. Certains ne paient plus les charges. S’il n’y a plus d’argent sur le compte de la copropriété pour payer le gaz et l’électricité, comment fera-t-on ? Dans un an, on aura un ravalement de façade. Il faudra débourser entre 15 000 et 18 000 euros. Or, nous avons des retraités modestes et des jeunes avec des crédits sur le dos. Tout le monde est inquiet. »

Combien coûte le nouveau bouclier tarifaire ?

Il coûtera cher à la collectivité et creusera un peu plus la dette de l’État. La loi de finances 2023, promulguée le 30 décembre 2022, évalue son coût net à 21 milliards d’euros. Initialement, Bercy estimait son coût à 15 milliards d’euros. Son coût brut représente 45 milliards d’euros. Le gouvernement compte récupérer la différence en taxant les super profits électriques et en réduisant les dépenses publiques de soutien aux énergies renouvelables.

Gaz naturel : le prix du gaz en chute libre

En Europe, le prix de gros du gaz naturel est à son plus bas niveau depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. Début 2023, le prix du mégawattheure de référence – le Title Transfer Facility (TTF) – tourne autour de 73 euros. En août 2022, il coûtait quatre à cinq fois plus cher, avec un pic à 342 euros.

Si les prix sont plus abordables, c’est parce que l’Europe, qui a rempli ses réserves l’été dernier, n’est plus demandeuse. Ensuite, les températures automnales ont été très douces. Enfin, les ménages et entreprises ont drastiquement réduit leur consommation.

Attention : une variation sur les prix de gros ne se répercute pas directement sur la facture du consommateur. En effet, les fournisseurs lissent leurs tarifs, surtout lorsque les cours sont capricieux.

Photo Emmanuel Foudrot

1 Commentaire

1 Commentaire

  1. vénissian

    14 janvier 2023 à 6 h 47 min

    Tout augmente, gaz électricité produits alimentaires il est nécessaire de se mobiliser pour faire bouger ce gouvernement ceux qui ont cru aux belles promesses de Macron doivent pleurer! le 19 le peuple se fera entendre avec les syndicats. Ce sont les profits exorbitants de 2022 qui devraient être taxés non les produits de première nécessité comme le gaz (de plus le bouclier tarifaire ne sera pas éternel).. A chacun de voir soit on se plaint soit on lutte contre ce système qui donne tout aux plus riches et saigne les pauvres gens! Il est temps de réagir les taxes sur le gaz, l’électricité, l’essence peuvent être diminuées, le gouvernement a le pouvoir de baisser la TVA dans un 1er temps et de bloquer les prix des produits alimentaires indispensables.

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