Le coup de sang des labos d’analyses

À Vénissieux comme partout en France, les laboratoires d’analyses médicales ont fermé leurs portes chaque après-midi pendant une semaine pour dénoncer la baisse des tarifs des actes de prélèvement, voulue par la Sécu.

Philippe Astier, directeur gérant du laboratoire Unilians Minguettes (photo) est en colère, tout comme son collègue du laboratoire Dyomedea de Vénissieux centre, Photo archives Raphaël Bert-Expressions.

Comme partout en France, du 23 septembre au 1er octobre, les laboratoires d’analyses médicales de Vénissieux sont restés fermés tous les après-midi. Dans les salles d’attente, les patients étaient invités à signer une pétition contre « dix ans de pression tarifaire ». Adressée à la ministre de la Santé, la pétition a recueilli près de 400 000 signatures dans 95 % des 4 000 labos français, selon l’intersyndicale qui a lancé le mouvement.

Avec une unanimité assez rare dans le secteur libéral, l’ensemble des syndicats de biologistes médicaux dénonce la « grave mise en danger » que fait peser sur la santé « la logique implacable de l’Assurance maladie, sur ordre du gouvernement, de réduire toujours plus l’enveloppe des dépenses de biologie médicale ». À l’origine de la colère, la proposition de la Caisse nationale d’assurance maladie (CPAM) de baisser le tarif de centaines d’actes de biologie médicale. L’économie escomptée atteindrait près de 170 millions d’euros en 2020, puis environ 122 millions en 2021 et autant en 2022.

« On a gratté tout ce qu’on pouvait, maintenant on est à l’os. »
Philippe Astier, directeur gérant du laboratoire Unilians Minguettes

« Le tarif des actes pratiqués en laboratoire d’analyses n’est pas décidé par le laboratoire lui-même, mais fixé par une convention entre l’Assurance maladie et les syndicats du secteur, explique le Dr Lambert, qui dirige le laboratoire Dyomedea de Vénissieux Centre. Une mesure du taux de glycémie, par exemple, est facturée 1,08 euro à la Sécu. » Philippe Astier, directeur gérant du laboratoire Unilians Minguettes, s’insurge également : « La Sécu constate qu’elle ne tiendra pas son objectif de dépenses ? Qu’à cela ne tienne, d’un trait de plume elle réduit le prix des actes qui nous financent ! Se rend-elle compte des conséquences de cette mesure ? ».

Pour les deux biologistes, l’augmentation des dépenses de santé suit celle de l’âge moyen de la population et celle des maladies chroniques. « C’est mécanique. Mais on ne peut pas à la fois accueillir toujours plus de patients et diminuer continuellement nos ressources ! » « Nos tarifs sont quasiment bloqués depuis dix ans, nous perdons entre 4 et 5 % de notre chiffre d’affaires chaque année, lâche Philippe Astier. On a gratté tout ce qu’on pouvait, maintenant on est à l’os. Le projet de la CPAM nous ferait perdre 10 % de plus en trois ans ! Des centaines de labos seraient contraints de licencier du personnel ou de mettre la clé sous la porte. Les gens seront obligés d’aller toujours plus loin et forcés d’attendre plus longtemps leurs résultats. »

Pour Lionel Barrand, président du Syndicat des jeunes biologistes médicaux, la situation est « absurde et grave ». « Alors que le ministère de la Santé prétend désengorger les urgences, on va casser un maillage de proximité efficace et envoyer les gens emboliser les urgences hospitalières ! » Insatisfaite de la réunion de négociation avec la CPAM, le 1er octobre, l’intersyndicale a déclaré qu’elle ne signerait pas la convention en l’état. Elle n’exclut pas de reprendre son mouvement « portes closes » l’après-midi, « voire toute la journée s’il le faut », avertit Lionel Barrand.

 

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