Jean-Christophe Sandt : un conte moral

Ce jour-là, à 13 heures, ils sont plus d’une vingtaine de spectateurs au Saint-André-des-Arts, cinéma mythique du Quartier latin à Paris, créé en 1971 par Roger Diamantis et repris, depuis son décès en 2010, par sa femme Dobrila. Qui désire, comme elle le déclarait dans une interview donnée au Parisien en janvier dernier, « continuer l’œuvre de Roger et donner leur chance aux films exclus des sentiers battus de la distribution ».

Exclu des sentiers battus, voilà une bonne définition de C’était maintenant, long-métrage tourné par le Vénissian Jean-Christophe Sandt. Lequel a parcouru pas mal de chemin avant de se retrouver derrière une caméra. « Lorrain d’origine, j’ai pas mal bourlingué. J’ai habité le Doubs, l’Aisne, la Moselle où j’ai fait le collège et le lycée. À 18 ans, j’ai débarqué à Lyon pour des études d’ingénieur à l’ECAM. Puis, je suis parti au Burkina Faso entre 2001 et 2003. »

Enseignant de physique pendant deux ans dans un lycée de Ouagadougou, l’expérience se révèle très marquante pour lui et son épouse, qui l’a accompagné. « Je ne crois pas que je pensais déjà au cinéma », confesse Jean-Christophe. Pourtant… « En rentrant du Burkina, j’entre dans la vie active et je m’achète une caméra numérique. Pas pour filmer ma famille : clairement, les vidéos de baptême ou de mariage ne sont pas ma tasse de thé. Je me souviens être parti pour trois jours de voile avec une bande de potes et n’avoir pas arrêté de filmer Marseille et les calanques. Au montage, je me suis amusé à raconter une histoire, en créant une fiction à partir de moments saisis. »

Le virus est bien là : Jean-Christophe enchaîne les courts-métrages tournés sur un week-end, toujours entre copains, « des trucs pas très sérieux » : il cite une enquête policière avec beaucoup d’éléments comiques. « Je bossais à Grenoble et, suite à une promo, j’ai été muté à Vénissieux. J’y suis resté deux ans, entre 2008 et 2010, puis je suis entré au Sytral tout en continuant à vivre à Vénissieux. Je m’y plais vraiment. »

Quand il se décide enfin à se lancer dans un premier long-métrage, Jean-Christophe choisit d’adapter une bande dessinée, La page blanche. « En recherche d’inspiration, j’ai eu le coup de foudre pour cette BD, facile à tourner. J’étais décidé à passer à l’étape supérieure avec le format long et je me suis débrouillé avec peu de moyens. Tout était écrit, presque storyboardé. Ce fut une étape transitoire qui m’a permis de franchir un cap. Un coup d’accélérateur ! Fort de cette expérience, je suis allé plus loin avec le film suivant. »

De l’insoutenable légèreté à la gravité

Au détour de la conversation, Jean-Christophe avoue sa passion pour l’écrivain Milan Kundera. De là à chercher ensuite des relations entre l’auteur de L’insoutenable légèreté de l’être et C’était maintenant, le film tourné ensuite et que Jean-Christophe a lancé dans le circuit commercial, il n’y a qu’un pas. Que dit-on de Kundera ? Que ses personnages tentent de se détacher de toute responsabilité. Avec ce qui lui arrive (la mort d’un proche), Vincent (David Meslet), le héros de C’était maintenant, veut continuer à vivre en se débarrassant de ses responsabilités (ses enfants par exemple) et en bousculant les tabous du deuil. Le sujet est grave et, pour Jean-Christophe Sandt, il ne doit pas rester anecdotique. Alors, il gonfle ses dialogues de questionnements éthiques, les dégraisse de toute superficialité pour en arriver à l’essentiel : s’il faut échanger avec l’autre, c’est pour parler du sens de la vie. On peut juger cette pratique rohmérienne et il est vrai que plusieurs séquences — entre le héros et son copain devant une fenêtre, entre deux copines sur un banc — semblent sorties d’un des Six contes moraux d’Éric Rohmer. Et que dire de cette scène curieuse et culottée où Vincent, littéralement au bord du gouffre, se voit aborder par un randonneur qui lui parle de la beauté du paysage ?

Pour écrire son sujet, Jean-Christophe s’est appuyé sur une association lyonnaise, L’Accroche Scénaristes, qui lui a même permis de rencontrer l’auteur de la musique de son film, Daisy Herbaut. L’ARFIS, école de cinéma de Villeurbanne, lui a prêté du matériel et le reste a été entièrement autoproduit.

Déjà, Jean-Christophe est parti sur un autre projet, la co-écriture et la co-réalisation d’un court-métrage. Avec pour objectif, cette fois-ci, de trouver un financement au film.

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