Inauguration du Regardeur au cinéma Gérard-Philipe : … “Un peu penseur, un peu rêveur, pas du tout voyeur”

En présence du maire, du directeur de l'Opéra de Lyon, du responsable de l'Espace arts plastiques et de la première adjointe, Bachir Hadji a présenté Le Regardeur

Une nouvelle blague coluchienne va-t-elle naître à Vénissieux : “Tiens, j’ai vu le Regardeur, il m’a parlé de toit” ? Mais la chute pourrait être différente : “De toit ?” “Non, de toi !”
Inaugurée ce 3 décembre, en présence du maire de Vénissieux, de l’équipe municipale, des deux conseillers généraux et du directeur de l’Opéra de Lyon, la sculpture de Bachir Hadji a, certes, été placée sur le toit du cinéma Gérard-Philipe mais, malgré la distance (elle nous surplombe de plusieurs mètres), elle concerne directement les Vénissians. “Le Regardeur, explique l’artiste, peut figurer le spectateur de cinéma. Il pose aussi un regard tendre sur les habitants de la cité. Je vous conseille de lui dire la fameuse réplique “T’as de beaux yeux, tu sais” et vous obtiendrez peut-être une réponse.”
Cet “étrange personnage”, ainsi que l’a désigné Yolande Peytavin, première adjointe chargée de la Culture, mérite véritablement ce qualificatif. Réalisé en résine et très réaliste, il suscite des interrogations. “On commence à en parler dans le quartier, remarque Bachir Hadji. Les gens se demandent si quelqu’un est monté sur le toit. Le deuxième jour, il est toujours là !”
La première adjointe l’a précisé : “Le Regardeur souligne l’importance que la Ville accorde à la culture, 10 à 12% du budget de fonctionnement. Il s’inscrit dans le cadre du 1% artistique, cette loi qui donne obligation de mettre dans une œuvre artistique 1% du budget de construction, de réhabilitation ou d’extension d’un bâtiment public. Les élus de Vénissieux ont toujours fait en sorte de respecter cette règle, spécialement conçue pour des artistes vivants. Le 1% artistique vient également de s’appliquer au nouveau centre Michel-Delay avec quatre photographies de Marie-Noëlle Décoret et à la maison des associations, où une œuvre de Madeleine Lambert sera inaugurée le 22 janvier prochain. Le 1% fait également partie du projet de construction d’une nouvelle école et d’une maison de l’enfance à Joliot-Curie.”
Bachir Hadji raconte la genèse du personnage. “J’ai proposé plusieurs projets, celui-ci a été accepté. J’en suis bien heureux car je l’avais commencé il y a quelques années et il était resté au fond de mon atelier. Cette commande m’a boosté pour le finir. Je travaille sur Rimbaud depuis une vingtaine d’années. Je voulais lui rendre un petit hommage, ainsi qu’à Gérard Philipe, lequel avait une chevelure magnifique. Mon personnage a donc les cheveux de Gérard Philipe et le visage angélique de Rimbaud, deux artistes qui ont laissé une marque importante. Pour la silhouette, j’ai fait poser mon fils. Je l’ai dessiné, j’ai pris des photos puis j’ai façonné le visage d’après les images de Rimbaud. Derrière ses yeux en verre, j’ai placé un dispositif de leds.”
Le résultat est étonnant. “C’est une œuvre intelligente, sensible et poétique, se réjouit Yolande Peytavin. Non dénuée d’humour, elle fait son cinéma. Ce Regardeur est un peu penseur, un peu rêveur, pas du tout voyeur.”
Quant à Jean-Charles Monot, directeur de l’Espace arts plastiques où travaille Bachir Hadji (il donne des cours de sculpture aux ateliers Henri-Matisse), il est lui aussi pleinement satisfait : “Bachir a tout à fait compris les contraintes et le cahier des charges. On voulait une œuvre cinématographique, elle l’est totalement.”
Le Regardeur n’était pas ce soir-là la seule réalisation artistique à être exposée. Dans le cadre du spectacle “Le bœuf sur le toit”, programmé à l’Opéra de Lyon et en deuxième partie de soirée au cinéma Gérard-Philipe, les jeunes des ateliers Henri-Matisse, avec l’aide des plasticiens Nadia Khouni et Azzouz Seffari, ont composé des éléments de décor en lien avec cette production et avec « Les mamelles de Tiresias » de Francis Poulenc, également à l’affiche de l’Opéra. Ils seront exposés jusqu’au 13 décembre à l’Opéra.

La chaleur brésilienne de Darius Milhaud
Ce fut d’ailleurs Serge Dorny, le directeur de l’Opéra de Lyon, qui présenta ensuite le bien nommé “Bœuf sur le toit”, insistant sur son “institution enracinée dans sa cité” et sur la notion d’“opéra citoyen”. “Avec ses ateliers de décors basés au Moulin-à-Vent, l’Opéra de Lyon est aussi un peu vénissian. Comme exemples de ce partenariat avec Vénissieux, je citerai l’accessibilité de la Maîtrise aux jeunes Vénissians, l’approche des métiers de l’opéra par les lycées techniques, les deux épisodes du projet Kaléidoscope, la signature d’une convention et la participation régulière de l’orchestre de l’Opéra de Lyon aux Fêtes escales. Je remercie les élus, les personnels municipaux, les réseaux associatifs et les personnes-relais sur le terrain, tous ceux qui constituent un réseau très actif, solide et durable.”
Dirigés par Ludovic Morlot, une quarantaine de musiciens de l’orchestre de l’Opéra a ensuite offert au public une belle version de la musique de Darius Milhaud, “souvenirs musicaux d’un séjour au Brésil, œuvre pleine de couleurs, de rythmes et de chaleur, tous bienvenus en ce 3 décembre glacial.”
La soirée s’est terminée autour d’un pot, accompagnée à l’accordéon par Nicolas Ortiz, un élève maintes fois primé de l’école de musique Jean-Wiener.

Réalisés par les jeunes des ateliers Henri-Matisse, les éléments de décors du "Bœuf sur le toit" sont exposés à l'Opéra jusqu'au 13 décembre

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