Quand le boucher fait un bœuf avec le contrebassiste

Pendant deux ans, le musicien Nicolas Bianco a travaillé avec les 6e du collège Elsa-Triolet sur les « Duos des métiers ». Les images mettent en scène côte à côte artisans et musiciens de l’Opéra de Lyon. Elles seront exposées à partir du 24 septembre devant la Maison du projet, avenue Jean-Cagne.

Photo Christophe Charpenel

Pour présenter son projet « Duos des métiers », mené avec des musiciens de l’Opéra de Lyon, des artisans, un cinéaste, un photographe et des élèves de 6e du collège Elsa-Tiolet, le contrebassiste et compositeur Nicolas Bianco aime citer Albert Camus et son discours lorsqu’il reçut le prix Nobel : « L’artiste se forge dans cet aller-retour perpétuel de lui aux autres. » Déjà auteur du film « Jour d’école », réalisé avec les élèves du collège vénissian, Nicolas a voulu retravailler avec eux et les associer à ces « Duos » financés par l’Opéra de Lyon et la Maison du projet. La première année autour du geste et du rythme, la seconde avec la voix et le rythme.

Le musicien évoque l’esthétique de la rencontre, « pour éclairer le beau existant dans tous les métiers. Que chacun puisse retrouver sa dignité et parler de son savoir-faire, que les pratiques dialoguent entre elles ».

Et quels beaux dialogues il propose. Filmés par Catherine Demeure et Tristan Castella, photographiés par Christophe Charpenel, ses « Duos » mettent en scène — pour les parties tournées à Vénissieux — une coiffeuse de Vénissy et une harpiste, un boulanger et un percussionniste cubain, un groupe de jardiniers de la mairie et un quintette à vent, un corniste et un ostéopathe, des maçons et un chœur d’hommes. On verra encore un boucher faire le bœuf avec un contrebassiste.

La place de l’artiste dans le réel

« Cela fait huit ans que je porte ce projet, à la dimension politique et poétique, qui a germé depuis une vingtaine d’années. Il est né d’une phrase d’une institutrice qui, apprenant que j’étais musicien, a lancé : « Vous êtes en dehors des réalités ! » J’ai réfléchi à la place de l’artiste dans le réel. Je voulais faire découvrir aux enfants cette démarche et qu’ils comprennent qu’eux-mêmes étaient artistes. »

Nicolas s’est basé sur les textes de l’Anglais William Morris, initiateur du mouvement Arts & Crafts mais aussi l’un des fondateurs en 1886 de la Socialist League avec Eleanor Marx, la fille de Karl. Morris est devenu le fil conducteur de « Hymne », un spectacle né des « Duos » et que Nicolas a présenté à l’Opéra en juin dernier. « On retrouve les collégiens dans des films projetés pendant le spectacle. On les entend aussi chanter quatre chants sur les métiers, que j’ai composés. »

Citons encore, à la fin de l’un de ces films (« Têtes de l’art »), de formidables reproductions corporelles par les enfants de quelques peintures de Bacon, Courbet, Modigliani ou Picasso. « Ils ont aussi travaillé avec leurs profs d’arts plastiques sur le rythme et le graphisme et ont dessiné les storyboards des films. » Dans ce vaste projet multiculturel, Nicolas a ajouté un texte de l’anthropologue Denis Cerclet et des poésies de Thierry Renard.

Des photos du projet seront exposées sur les totems devant la Maison du projet, avenue Jean-Cagne, du 24 septembre au 24 octobre.

 

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