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Moins rouler, moins sortir… La hausse des prix bouleverse les habitudes

Carburants à des niveaux records, prix du gaz en hausse, électricité plus chère. À la pompe comme dans les entreprises, les Vénissians, particuliers et professionnels, commencent déjà à s’adapter.

Photo Emmanuel FOUDROT

« 100 euros… » Karim fixe le compteur de la pompe. Dans le réservoir de sa voiture, pas encore 42 litres. « Et il n’est même pas plein », souffle ce salarié d’une entreprise de Meyzieu, avant de raccrocher le pistolet. « Il y a encore quelques mois, avec ça, j’étais tranquille. Maintenant, je reviendrai dans quinze jours. »

Car pour cet habitant de Vénissieux, la voiture n’est pas négociable : il parcourt une quarantaine de kilomètres chaque jour, avec des prises de poste parfois à 5 heures du matin. « On nous dit de prendre les transports. Je veux bien, mais à cette heure-là, je fais comment ? »

Le sujet est devenu nettement plus épineux en quelques semaines. Début septembre, le litre de gazole s’affichait encore autour de 2,22 euros en moyenne nationale. Trois semaines plus tard, il avoisine les 2,40 euros. Le SP95-E10 dépasse, lui, 2,15 euros.

« Je mets 40 euros, point »

À Vénissieux, devant les pompes, chacun développe sa stratégie. Sylvie a choisi la plus simple : elle ne fait plus le plein. Cette retraitée de la Darnaise s’arrête à 40 euros dans sa petite citadine. « Avant, je regardais les litres. Maintenant, je regarde les euros. Quand le compteur arrive à 40, j’arrête. »

Si elle a conscience que sa méthode ne lui fait pas économiser un centime sur le prix du carburant, elle tente de compenser en changeant ses habitudes : courses regroupées, petits trajets à pied, sorties repoussées. « Je peux le faire parce que je suis à la retraite. S’adapter en raison des contraintes financières, c’est le quotidien des retraités. »

D’autres traquent les prix sur leur téléphone et sont prêts à faire quelques kilomètres pour gagner quelques centimes par litre. Mais encore faut-il trouver du carburant : les stations de TotalÉnergies — comme celle de la route de Corbas —, particulièrement sollicitées en raison du plafonnement des prix pratiqué par le groupe, peuvent se retrouver en rupture temporaire pour un ou plusieurs carburants.

Karim, lui, ne court plus après trois ou quatre centimes de différence. « Si je dois faire cinq kilomètres de plus (donc dix, aller-retour) et attendre vingt minutes pour économiser deux euros sur mon plein, est-ce que j’ai vraiment gagné quelque chose ? »

Pour les professionnels, impossible de moins rouler

Joachim ne se pose même pas la question. Artisan dans le bâtiment, habitant du Moulin-à-Vent, il enchaîne les chantiers dans l’agglomération lyonnaise avec son utilitaire diesel. Ce qui l’oblige à faire deux, parfois trois pleins par mois.

« Le camion, c’est mon bureau et mon atelier. J’ai mes outils, mes machines, mon matériel dedans. Prenez 30 centimes de hausse par litre, 70 litres dans le réservoir : ça fait déjà 21 euros de plus sur un plein. Vous multipliez par le nombre de pleins, puis par douze mois. »

Difficile cependant de répercuter immédiatement la hausse. « Mes devis sont parfois signés deux mois avant. Je ne vais pas rappeler les clients en leur disant que finalement ce sera 50 euros de plus parce que le gazole a augmenté. Donc c’est ma marge qui prend. »

Dans le secteur de la livraison, où les kilomètres sont au cœur de l’activité, la flambée peut même avoir des conséquences sur l’emploi. Ibrahim travaille dans une petite entreprise de livraison de colis de l’agglomération. Du travail, il y en a… en théorie. « On a pas mal de colis en ce moment et, avec la fin de l’année qui approche, on sait que ça va encore monter. Novembre et décembre, c’est toujours une grosse période pour nous. Mon patron envisageait de renforcer l’équipe. Là, il n’en parle plus trop. Un salarié supplémentaire, c’est un véhicule de plus sur la route. Alors on optimise nos tournées, mais ça, ça n’est pas une solution miracle qui compense tout. »

« Ce sont les trajets plaisir qui sautent »

La chasse aux kilomètres superflus semble donc devenir la règle. Mélanie dépense près de 200 euros de carburant certains mois. Ses horaires — elle travaille dans le soin — rendent la voiture difficilement évitable : alors, elle coupe ailleurs. « Ce sont les trajets plaisir qui sautent en premier. Aller voir des amis un peu loin, partir quelque part le dimanche… Maintenant, je me demande si ça vaut vraiment le coup de prendre la voiture. »

Mélanie a pu bénéficier de l’aide « gros rouleurs » au printemps dernier. « On n’a pas craché dessus, c’est toujours 100 euros, note-t-elle. Mais c’est une aide versée une fois, qui représente à peine un plein. Quand on en fait deux par mois, au bout du compte, on a l’impression d’avoir eu droit à l’aumône. Je ne comprends pas que d’autres solutions ne soient pas envisagées par le gouvernement, comme la baisse des taxes sur le carburant. Moins de gens qui prennent la voiture, c’est moins d’achats dans les commerces, moins de chiffres dans la restauration, moins de loisirs aussi, il faut prendre de la hauteur sur le sujet ! »

Une chose est sûre : depuis que les prix se sont envolés, les volumes de carburants consommés ont décroché. Selon les chiffres communiqués par Bercy, ils ont chuté de 30 % entre le 11 et le 20 septembre par rapport aux dix premiers jours du mois. Et le phénomène ne tient pas seulement à une comparaison entre deux périodes très courtes : du 1er au 21 septembre, la consommation a reculé de 19 % par rapport à la même période de 2025.

« Tout est lié, résume Mélanie. Quand je vois mon plein à 105, 110 euros, je n’ai pas envie d’aller au cinéma et je dois choisir entre faire des courses et emmener les enfants à un tournoi de foot à l’autre bout du département. Et quand on y pense, c’est bien triste : c’est quoi le sens à tout ça ? On bosse pour se payer un plein pour aller travailler ? »


Gaz, électricité : la facture énergétique grimpe aussi

La flambée des prix ne s’arrête pas à la pompe. À l’approche de l’hiver, les ménages vont également devoir composer avec une nouvelle hausse du prix du gaz, tandis que les tarifs réglementés de l’électricité ont augmenté cet été.

Après le carburant, le chauffage. À compter du 1er octobre, le prix repère de vente du gaz (PRVG) augmentera de 6,3 % TTC, pour atteindre 182,88 euros le MWh, contre 172,05 euros en septembre. Pour un ménage dont l’offre est indexée sur ce prix, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) estime la hausse à 5,28 euros en moyenne sur la seule facture d’octobre — au moment, donc, où les températures commencent à baisser et où les chaudières vont progressivement être rallumées.

Cette hausse s’inscrit dans une tendance plus large : la CRE estime ainsi que la facture annuelle de gaz pourrait être supérieure d’environ 10 % en 2026 à celle de 2025, soit quelque 120 euros supplémentaires sur l’année.

Attention, tous les foyers ne subiront toutefois pas directement la hausse d’octobre. Depuis la disparition des tarifs réglementés du gaz en 2023, les fournisseurs fixent librement leurs offres : le prix repère publié chaque mois par la CRE sert avant tout de référence et certaines offres sont indexées dessus. Si vous faites partie des 40 % des consommateurs résidentiels de gaz disposant d’une offre à prix fixe, vous n’êtes donc pas concerné, dans l’immédiat, par l’augmentation du prix repère.

L’électricité a déjà augmenté cet été

Côté électricité, le mouvement est certes moins brutal, mais la hausse est déjà passée par là. Au 1er août, les tarifs réglementés de vente ont augmenté en moyenne de 2,5 % TTC. Une évolution qui intègre notamment les coûts d’utilisation du réseau, ceux liés à l’approvisionnement et les taxes.

L’arrivée de l’hiver devrait rendre ces augmentations bien plus sensibles qu’elles ne l’étaient durant l’été. Après avoir cherché à réduire les kilomètres parcourus face à l’envolée des carburants, certains ménages pourraient donc être confrontés à un nouvel arbitrage : cette fois, sur le thermostat.

D’autant que cette nouvelle flambée intervient après plusieurs années de forte inflation énergétique. Selon l’Ademe, entre 2021 et 2024, le prix du gaz payé par les entreprises a augmenté de 55 %. Pour l’électricité, la hausse atteint 26 % entre 2022 et 2024, malgré un reflux des tarifs en 2024. Les particuliers ne sont pas davantage épargnés : sur la même période, les prix ont progressé de 45 % pour l’électricité et de 70 % pour le gaz.

À Vénissieux, le réseau de chaleur fait amortisseur

Une volatilité qui plaide, selon l’Ademe, pour une réduction de la dépendance aux énergies fossiles et pour le développement des réseaux de chaleur renouvelable. Une solution déjà largement déployée à Vénissieux, qui dispose du deuxième plus grand réseau de chaleur parmi les sept que compte la Métropole de Lyon.

En 2024, le prix moyen facturé aux logements par Vénissieux Énergies s’établissait à 82 euros TTC/MWh. Et les comparaisons disponibles montrent l’intérêt économique du réseau : en 2023, pour un appartement type de 70 m² occupé par trois personnes, chauffage et eau chaude représentaient 1 283 euros par an via le réseau de chaleur, contre 1 541 euros au gaz collectif et 1 813 euros avec un chauffage électrique individuel.

Soit, sur l’année, 258 euros de moins que le gaz et 530 euros de moins que l’électricité pour ce logement type. Un écart qui s’explique notamment par le bouquet énergétique du réseau vénissian et sa moindre dépendance aux énergies fossiles — et qui pourrait prendre encore davantage de relief à mesure que les prix du gaz poursuivent leur hausse.


Aide aux « grands rouleurs » : 100 euros de plus… encore faut-il les demander

22/09/2026 – VENISSIEUX – RHONE – FRANCE – Illustration hausse cout carburants
– Photo Emmanuel FOUDROT

Face à la nouvelle flambée des prix à la pompe, le gouvernement a prolongé et élargi l’aide destinée aux travailleurs qui utilisent beaucoup leur véhicule. Son montant ? 100 euros pour les trois derniers mois de l’année. Lors de la première campagne, un bénéficiaire potentiel sur deux ne l’avait pas réclamée.

Cent euros pour trois mois. Face à des prix du carburant qui atteignent des niveaux records, le gouvernement a annoncé mardi 22 septembre la reconduction de l’aide aux « grands rouleurs »* pour les mois d’octobre, novembre et décembre. Le montant reste fixé à 100 euros, mais sur une période deux fois plus courte que précédemment. Selon le calcul du gouvernement, ce soutien passe ainsi d’un équivalent de 20 à 40 centimes par litre.

De plus, le nombre de bénéficiaires potentiels augmente fortement : ils seront désormais 5,5 millions, contre environ 3 millions pour la première version du dispositif. Les plafonds de ressources ont été relevés : pour une personne seule, le seuil annoncé atteint désormais environ 2 035 euros nets par mois.

Une démarche sur impots.gouv.fr

Vous avez déjà bénéficié des 100 euros versés au titre de la période d’avril à septembre ? Bonne nouvelle : aucune nouvelle demande ne sera nécessaire. Les 100 euros supplémentaires seront versés automatiquement sur votre compte bancaire enregistré auprès de l’administration fiscale.

Les personnes nouvellement éligibles devront en revanche effectuer une démarche sur impots.gouv.fr. Début octobre, un simulateur permettra d’abord de vérifier son éligibilité. Il faudra ensuite renseigner son état civil, son numéro fiscal, le numéro d’immatriculation du véhicule et celui de la carte grise, puis certifier respecter les conditions de distance. Une fois la demande validée, le versement interviendra normalement sous une dizaine de jours.

N’hésitez donc pas à tester votre éligibilité dès l’ouverture du simulateur : sur les quelque 3 millions de Français susceptibles de bénéficier de la première aide, près de la moitié étaient passés à côté des 100 euros.

Notez, enfin, que deux personnes appartenant au même foyer fiscal peuvent chacune percevoir l’aide si elles remplissent individuellement les conditions et utilisent deux véhicules différents. En revanche, un même véhicule ne peut donner lieu qu’à une seule indemnité.

* Pour être considéré comme « grand rouleur », il faut utiliser son véhicule personnel pour travailler et parcourir plus de 15 kilomètres par trajet entre son domicile et son lieu de travail — ou effectuer plus de 8 000 kilomètres par an dans le cadre de son activité professionnelle. L’aide concerne les véhicules thermiques ainsi que les hybrides non rechargeables.


Nicolas Jourdier, boulanger : « Les crises se succèdent et les difficultés s’accumulent »

Boulanger rue Anatole-France, Nicolas Jourdier a vu son activité « impactée par les différentes crises qui se sont succédé ». Il fait les comptes : « Avant, l’électricité pour ma boulangerie, c’était 9 000 euros par an. Au plus fort de la crise énergétique, c’est monté à 18 000 euros annuels — et pour deux années de suite. Là, c’est redescendu, mais on reste à plus de 12 000 euros par an. C’est tenable, mais l’accumulation fait que c’est compliqué… »

Le tout, dans un contexte globalement inflationniste. « Tous les prix augmentent. L’essence par exemple, j’en utilise peu à titre professionnel, mais mes fournisseurs, oui. Je vais bientôt devoir payer ma farine plus cher. On rogne nos marges petit à petit, parce qu’en bout de chaîne, on ne peut pas tout mettre sur le dos du consommateur. Je vends ma baguette 1,20 euro, mais en vrai, il faudrait l’afficher à 1,70 euro ! »

Alors, « pour atténuer les effets des crises », Nicolas Jourdier est obligé de tout faire lui-même. L’État ayant rogné les aides accordées pour l’embauche d’apprentis — et faute, aussi, de jeunes motivés et fiables —, il a arrêté de former des aspirants boulangers. Il n’a pas remplacé sa vendeuse, partie à la retraite, et vend lui-même les produits qu’il prépare. « La fatigue physique, c’est une chose, mais beaucoup de professionnels comme moi sont confrontés à une vraie fatigue mentale. Ça devient difficile… »

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