
Le 16 septembre 1852, naît à Lyon Marie-Louise Triévoz, fille de François, aubergiste à La Guillotière, et de Françoise Sambet. Par sa mère, native de Vénissieux, Marie-Louise est apparentée à de nombreuses familles de cultivateurs installées en ce lieu depuis des lustres. L’un de ses cousins, Jean-Marie Sambet (1849-1912), vétérinaire, est maire de notre commune de 1896 à 1900.
Elle passe une partie de son enfance dans sa famille maternelle à Vénissieux. Le commerce de ses parents à Lyon est proche de la roseraie de Joseph Schwartz. D’année en année, cet obtenteur accède à la notoriété. Progressivement, se créent des liens amicaux entre les aubergistes et le couple de rosiéristes. Comblé dans sa vie professionnelle, Joseph Schwartz a l’immense chagrin de perdre, en octobre 1880, son épouse née Séraphine Rigotard, morte de la fièvre typhoïde à l’âge de 33 ans. Il venait de lui dédier l’une de ses plus belles roses (1).
Veuf à 34 ans avec deux jeunes enfants, Schwartz apprécie le soutien et l’aide de ses proches voisins mais reste très inquiet pour son fils de 4 ans : submergé de chagrin, André s’est réfugié dans le silence. En juillet 1881 à Vénissieux, Joseph Schwartz épouse en secondes noces Marie-Louise Trievoz (2).
La jeune femme fait tout son possible pour devenir une seconde maman pour Louise et André. Elle s’attache particulièrement à André et parvient à sécuriser cet enfant timide, sensible, et à créer de forts liens affectifs. Elle subordonne avec brio son mari qui l’initie à ses travaux de recherches et d’hybridations. Prise d’engouement pour la « reine des fleurs », elle acquiert une place prépondérante au sein de l’entreprise.
En 1883, elle donne naissance à un fils prénommé Georges, puis un second, Joseph, en 1885. La même année, alors qu’il est à l’apogée de sa gloire, Joseph Schwartz tombe gravement malade et décède en octobre, âgé seulement de 39 ans. Un article du quotidien Le Courrier de Lyon évoque l’inquiétude de beaucoup devant le risque de voir disparaître cette prestigieuse maison. « Aura-t-il des successeurs ou son empire de rosiériste s’émiettera-t-il comme celui d’Alexandre ? Il faut pour ce métier si plaisant à faire en amateur, une activité et un travail opiniâtre : Schwartz s’y est usé. »
La veuve Schwartz, obtentrice de génie
Marie-Louise a fait la promesse à son époux, de veiller sur les enfants et maintenir l’établissement. Elle devient l’une des femmes pionnières en France et dans le monde, en qualité de créatrice de roses à son compte. Très vite, elle accède à la renommée internationale, dirigeant d’une main de maître son exploitation. Elle reçoit des commandes de personnalités et de diverses sociétés.
Parmi ses créations, citons : Madame Ernest Calvat, dédiée à la femme d’un horticulteur de Grenoble, Madame Charles Frédéric Worth, dédicacée à Marie Vernet, l’épouse d’un célèbre couturier parisien d’origine britannique, La Favorite, en hommage à la pièce en quatre actes de Gaetano Donizetti, La Tosca, mettant à l’honneur l’opéra de Giacomo Puccini…

La rose « Marie Drivon », 1887
Elle consacre des roses à ses parents, ses fils Georges et Joseph, ses cousines Marie et Jeanne Drivon, femmes au triste destin. Marie décède en 1895, elle n’a que 25 ans. Jeanne, brillante musicienne passionnée de violon, obtient à l’âge de 17 ans, en 1890, le Premier prix du conservatoire de Lyon en violon. La même année, elle est l’une des vedettes d’un concert donné place Léon-Sublet. Mariée à Étienne Métroz, elle devient en 1899 mère d’un fils, Charles (3), et décède à 30 ans, en 1903, en mettant au monde son deuxième enfant.
Ironie du destin, la vie de ces deux sœurs fut courte mais leurs roses demeurent aux quatre coins de la planète, perpétuant leur mémoire et les protégeant de l’oubli !
L’une des dernières créations de Marie-Louise est dédiée à Charles Métroz, jeune orphelin de sa mère Jeanne Drivon.
Les deux fils de Madame Schwartz ne partagent pas sa passion des roses et nourrissent d’autres projets professionnels. Elle est soulagée que son beau-fils André s’engage à maintenir le rayonnement de l’auguste établissement.
Une pluie d’hommages du monde entier
En 1900, année où elle transmet le flambeau, coïncide avec le transfert de l’entreprise Grande-rue de Monplaisir. Durant la période de transition, avec sa famille, la veuve Schwartz s’installe chez ses parents, rue Neuve (Carnot) à Vénissieux. Une plantation de rosiers couvre une partie du terrain de la propriété. Après l’installation de son beau-fils dans sa nouvelle roseraie, Marie-Louise réside encore de nombreuses années rue Carnot. Sa vie durant, elle va éprouver un attachement viscéral pour Vénissieux. Lors de son décès en 1938, une pluie d’hommages parvient du monde entier, saluant les mérites de cette femme de génie et ses incomparables obtentions (4).
De 1885 à 1900, elle a à son palmarès une cinquantaine de créations, la majorité d’entre elles comptent de très nombreux pétales fort odorants, aux coloris éclatants.
Dès la fin du XIXème siècle, ses roses sont introduites en Australie, Japon, Russie, Allemagne, Royaume-Uni et bien d’autres pays ! Près de 90 ans après sa mort, certaines restent populaires et admirées et sont présentes dans les plus prestigieuses roseraies internationales. Incroyablement, en France et particulièrement dans notre région, berceau de ces merveilles, elles étaient tombées dans l’oubli ! De nos jours, la veuve Schwartz demeure la Vénissiane la plus connue au monde !
1-La rose Madame Joseph Schwartz était l’une des préférées de l’écrivain russe Anton Tchekhov.
2-Lors du mariage de leur fille, les parents de Marie-Louise avaient cédé leur commerce et résidaient dans leur propriété, rue Neuve (Carnot) à Vénissieux.
3-Charles Métroz (1899-1982) créera à Lyon une entreprise de construction mécanique et bennes basculantes. Il réside un grand nombre d’années bd Laurent-Gérin.
4-La veuve Schwartz, son époux Joseph, ses parents François et Françoise Trievoz, ses cousines Jeanne et Marie Drivon reposent à l’ancien cimetière de Vénissieux.
Sources :
– Archives municipales de Lyon 3ème : registre d’état civil, décès de Simone Rigotard, année 1880, Cote 2E945
– Archives du département du Rhône, commune de Vénissieux : registre d’état civil, mariage de Joseph Schwartz et Marie-Louise Trievoz, année 1881, Cote 4E7378
– Archives privées de la famille Schwartz
– Interview de Stéphane, Anne-Marie et Françoise Schwartz
– Les plus belles roses au début du XXe siècle, Société nationale d’horticulture de France, non daté
– Revue Les Amis des roses






























JOËLLE FERRABUE
22 septembre 2026 à 9 h 48 min
Quelle incomparable destinée pour cette femme dotée d’une grande force de caractère.
nicole belgrand
20 septembre 2026 à 9 h 00 min
Merci pour ce bel article, il s’agit aussi du patrimoine de Vénissieux trop peu connu.