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Nos vies sous canicule

Pendant deux semaines, la canicule a profondément modifié le quotidien des Vénissians. Récit d’un épisode exceptionnel vécu au plus près des habitants.

Plus de 40 °C à l’ombre, jusqu’à 35 °C dans certains appartements et des nuits où le thermomètre ne descendait plus sous les 29 °C. Pendant une quinzaine de jours, la chaleur s’est invitée dans tous les aspects du quotidien des Vénissians. Dans les écoles, les effectifs ont fondu. Les piscines et les espaces fraîcheur n’ont pas désempli. Dans les commerces, ventilateurs et climatiseurs se sont arrachés. Quant aux professionnels, beaucoup ont dû adapter leurs horaires pour continuer à travailler.

« C’est déjà le deuxième épisode caniculaire en quelques semaines, s’inquiétait, le 24 juin, un retraité, habitué du marché du centre. Je n’ai pas de climatisation chez moi, je n’ai pas les moyens d’en acheter et d’assumer le coût énergétique supplémentaire que cela représente. Ma femme a du mal à se déplacer, alors nous ne pouvons pas vraiment nous rendre dans les lieux de fraîcheur de la ville. Nous avons mis des ventilateurs dans toutes les pièces pour avoir un peu de frais, mais c’est du bricolage. »

À « l’école buissonnière »

Le « bricolage », c’est ce qui s’est imposé dans de nombreux foyers pour lutter contre les chaleurs extrêmes de ces derniers jours. « Nous avons installé un film anti-UV sur nos fenêtres, explique Sondes, maman de trois enfants. Honnêtement, j’ai du mal à voir la différence, mais je me dis que sans, ce serait peut-être pire. Nous avons profité des journées de gratuité proposées par le centre aquatique Auguste-Delaune pour nous rafraîchir. Il y avait la queue, mais les enfants, qui pouvaient ne pas aller à l’école, en ont bien profité. »

En effet, dans les écoles, les couloirs ont ces jours paru bien vides. « Nous avons eu des consignes de l’académie, indique-t-on au groupe scolaire Jules-Guesde. Il a donc été proposé aux parents de récupérer leurs enfants après la matinée. La consigne a été bien suivie, dans certaines classes il n’y a plus personne l’après-midi, dans d’autres, deux ou trois élèves. Certains ont même fait le choix de ne pas les emmener à l’école le matin. » Une « école buissonnière » que les enseignants comprennent : « Ici, nous avons plusieurs bâtiments, dans le plus récent c’est supportable parce qu’il y a des brasseurs d’airs, mais dans les plus anciens… c’est dur. 35 °C l’après-midi, 27-28 °C déjà le matin… »

Même constat à l’école du Centre : « Il fait 35 °C dans les classes, ce ne sont pas des bonnes conditions pour apprendre et pour enseigner. Les parents ont joué le jeu : à la cantine, au lieu de 180 élèves, on est tombé à cinquante. »

Climatiseurs et ventilateurs en rupture de stock

Dans les commerces, les solutions pour rafraîchir les logements ont été prises d’assaut. À Carrefour Vénissieux, nombre de caddies contenaient un ou plusieurs ventilateurs, ou un climatiseur mobile — ceux qui ne nécessitent pas de travaux pour fonctionner. Un peu plus loin, à Leroy-Merlin, beaucoup de ventilateurs de plafond étaient en rupture de stock le 23 juin. « Les clients se sont rués dessus aux premières chaleurs, confirme un vendeur. Il faut dire que cela permet de gagner quelques degrés, plus qu’un ventilateur posé au sol, sans représenter un investissement important comme une climatisation. »

D’autant qu’au-delà du prix, tous les logements ne peuvent être équipés d’une climatisation. Ou, du moins, en urgence, lorsque les températures grimpent. En copropriété, il faut en effet obtenir l’autorisation des autres copropriétaires lors d’un vote en assemblée générale. Ce qui peut prendre plusieurs mois, voire plusieurs années dans certains bâtiments aux fortes contraintes architecturales. « J’ai mis trois ans à convaincre les autres copropriétaires, se souvient un habitant du centre de Vénissieux. Ils avaient peur que le bloc extérieur, installé sur le balcon, les gêne la nuit. Finalement, ils ont accepté et l’année suivante, quatre présentaient la même demande en AG. Sur les seize logements de la copro, plus de la moitié des appartements en sont désormais équipés. Et quand je vois les températures dehors, je ne regrette pas d’avoir fait le forcing (rires). »

En HLM, c’est encore plus compliqué. Tout locataire qui souhaite installer un climatiseur avec un groupe placé à l’extérieur doit dans un premier temps demander l’autorisation (écrite) au bailleur, puisqu’il faut percer le bâti. Une démarche souvent vaine : selon une étude de l’Ancols (Agence nationale de contrôle du logement social) publiée le 9 juillet dernier, peu de bailleurs sociaux acceptent ce genre de demande. Et ce, pour des « considérations écologiques » d’une part, et pour « ne pas aggraver les dépenses des locataires » d’autre part. Et les sanctions possibles en cas d’installation non autorisée d’une climatisation sont tout sauf légères : remise en état du logement, résiliation du bail, amende comprise entre 1 200 et 300 000 euros…

Au boulot, chacun son plan anti-chaleur

Autre conséquence de cet épisode caniculaire précoce : les professionnels se sont aussi adaptés. « Déjà, parce que les enfants n’avaient pas école l’après-midi, explique Joachim, qui travaille dans le secteur du bâtiment. Je suis couvreur, je ne peux pas monter sur les toits quand il fait 40 °C à l’ombre : en plein soleil, c’est bien plus ! Alors, je me suis organisé avec mes clients pour commencer plus tôt et finir avant midi. C’est fatigant parce qu’il faut se lever avant l’aube, parce qu’il fait vite chaud même le matin, mais c’est la seule solution pour arriver au bout des chantiers qui doivent être terminés avant les vacances d’été. »

Idem dans les bureaux. « Nous n’avons pas la climatisation, regrette Sylvie. C’est épuisant, étouffant et invivable. Nous faisons des journées continues : pas de pause le midi, ou alors un repas sur le pouce face à l’ordinateur, et terminons à 14 heures. De toute façon, plus personne n’est joignable après 15 heures… »

Le mot de la fin ? Il est sans doute pour Anissa, ancien membre du conseil municipal d’enfants, croisée avec sa maman près du brumisateur du parc Louis-Dupic. « Il fait beau et il fait chaud, c’est l’été donc sur le principe ça nous paraît normal. Mais à ce point, c’est un vrai souci. Le réchauffement climatique est une réalité et il faut arrêter de faire semblant de lutter contre. Sinon, quand je serai grande, il fera 50 °C en août… »

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