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La vie à l’euro près

Le pouvoir d’achat en France est très nettement orienté à la baisse. Nous avons rencontré des particuliers et des professionnels confrontés à une vie à l’euro près.

Le pouvoir d’achat en France est très nettement orienté à la baisse. Nous avons rencontré des particuliers et des professionnels confrontés à une vie à l’euro près, pour leurs achats du quotidien comme pour leurs projets sur le long terme.

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Électricité, gaz naturel, alimentation, carburants, péages sur les autoroutes, loisirs… la liste des postes de dépense qui ont augmenté, ces derniers mois, semble interminable. Et ce n’est pas une simple impression : l’inflation en France a atteint +2,9% en un an (+5,1% en janvier dans la zone euro).

Dans le détail, l’alimentaire et en particulier les produits frais ont « pris » 3,6% sur les douze derniers mois. Pour les transports, les assurances, la santé et le loyer, la hausse est de 2%. Selon l’Insee, les dépenses mensuelles d’énergie ont augmenté en moyenne de 64 euros entre décembre 2020 et octobre 2021 — rappelons que les tarifs réglementés de l’électricité ont encore augmenté au 1er février, cette fois de 4 % TTC. Sans oublier qu’une part de plus en plus importante du budget familial est accaparée par des dépenses contraintes (ce sont celles qui correspondent à des contrats difficilement négociables à court terme, comme les remboursements de prêts, l’énergie, les télécommunications, les mutuelles…), au point d’avoir été multipliée par près de trois depuis les années 1960.

« Quand je fais mes courses, ce n’est pas loin d’être à l’euro près, témoigne Nassira, croisée près d’un magasin alimentaire de Vénissieux. Je surveille les catalogues avec les promotions, je compare les offres, je calcule ce que ça va me coûter et combien il va me rester pour finir le mois… C’est une gymnastique mentale pesante à la longue, mais tant que je n’aurais pas retrouvé de travail, difficile de faire autrement. Sans compter que mes enfants grandissent, donc ils ont besoin de nouveaux vêtements, d’affaires pour l’école, de s’inscrire à différentes activités pour être avec les copains… Bref, la colonne des sorties d’argent est de plus en plus lourde pendant que celle des rentrées stagne tristement. »

C’est pour toutes ces raisons, et d’autres liées à la gestion de la crise sanitaire, que plus de 150 000 Français sont descendus dans la rue le 27 janvier. La précédente journée de mobilisation nationale interprofessionnelle, datant 5 octobre, avait réuni déjà plus de 160 000 personnes selon la CGT.

« Nous sommes mobilisés pour notre salaire, notre retraite et demander plus de moyens, résumait par exemple un enseignant croisé lors de la manifestation lyonnaise du 27 janvier. Beaucoup de mes collègues se retrouvent à accepter de faire des heures supplémentaires pour avoir plus de revenus et pouvoir s’en sortir d’un point de vue financier. »

Les professionnels pas épargnés

Dans le cortège, se trouvaient aussi des professionnels et travailleurs indépendants. Car eux aussi sont touchés par la hausse des prix, notamment des énergies.

Chez Boostheat, par exemple, les dépenses en gaz naturel ont augmenté en 2021 de quelque 40 000 euros par rapport à 2019 et 2020. « [Nous essayons de compenser par] l’optimisation des consignes de chauffage et par la réduction du chauffage les week-ends et jours de fermeture, témoigne Éric Lambert, qui dirige l’entreprise. Mais c’est une charge supplémentaire significative… »

Une charge supplémentaire pour les particuliers comme pour les professionnels donc, qui s’invite doucement dans la présidentielle à venir. Et à raison : si certains médias ont tendance à se concentrer sur les questions de sécurité, d’identité nationale ou d’immigration, c’est bien, selon une étude Odoxa-FG2A pour Europe 1, le pouvoir d’achat qui reste la première préoccupation des Français. 45 % des sondés évoquent le pouvoir d’achat comme étant le facteur qui influencera le plus leur vote lors de la prochaine échéance électorale.


ILS TÉMOIGNENT
Mériem : « Tout a augmenté »

Mériem, qui habite Villeurbanne, travaille au PRE (Programme de réussite éducative), à Vénissieux. Autant dire qu’elle a vu s’envoler son budget carburant. « Il y a un an très exactement, mon plein s’élevait à 60 euros. Hier, j’en ai eu pour 80 euros. Et, trois ans en arrière, il me revenait à 50 euros. » Pour le chauffage, le constat est le même : « J’habite une petite surface et j’ai quasiment doublé ma consommation d’électricité. » Quant aux courses… « Je ne vais plus en magasin, la note peut monter très vite. Je gère en faisant mes courses par drive et je peux comparer les prix en ligne. J’ai longtemps été à Lidl et j’achète aujourd’hui à Carrefour ce que je ne peux pas trouver ailleurs. »

Mériem constate l’augmentation de son budget mensuel et regrette que « les salaires ne bougent pas ». Quant à la prime sur le pouvoir d’achat, elle n’en a « pas vu la couleur ».

« L’État nous met de petites pastilles pour dire qu’il pense à nous, avec une prime de 100 euros. Mais, ces 100 euros, il nous les faudrait tous les mois. 100 euros couvrent à peine un plein et demi. Comment fait-on, les autres mois ? »

En ce qui concerne les loisirs, là encore le constat est amer. « Avant, reprend-elle, on pouvait se faire plaisir, s’offrir de petits week-ends. À présent, je dois tout calculer à l’avance si je ne veux pas, à la fin du mois, me retrouver à ne manger que des pâtes ou des patates. »

C’est un fait, la société de consommation n’a fait qu’empirer. « Je me souviens que, petite, avec 10 francs, je pouvais m’acheter un gros paquet de bonbons. Aujourd’hui, avec 1,50 ou 2 euros, vous en avez beaucoup moins. »

Mériem connaît des personnes qui cumulent deux boulots pour s’en sortir. Elle-même a de temps en temps loué sa voiture sur un site, le temps d’un week-end. « Après, c’est imposable ! On essaie de trouver des stratégies pour s’en sortir, mais l’État veille et ça ne sert pas à grand-chose. »

Dorsaf : « Cela agit sur le moral »

Dorsaf est étudiante en master de droit social. Elle habite chez ses parents, qui tiennent une petite épicerie de quartier à Vénissieux. Ce qui, pour elle, représente « une chance ».

« Ainsi, je n’ai pas de loyer. Mes amis étudiants parlent de leurs fins de mois serrées. Les sorties s’en ressentent et prendre seulement un verre dans un café devient difficile. »

L’épicerie de ses parents a déjà ressenti les effets du Covid. « Mais, ajoute Dorsaf, il s’est rajouté un autre problème avec l’augmentation du prix des produits de première nécessité. La farine, le beurre, les bonbons, tout a augmenté chez mes parents. Prenons l’exemple des nouilles chinoises, que les enfants adorent : leur prix a doublé. Et le commerçant ne gagne rien dessus. Quand on discute avec les clients, tous nous disent qu’ils en ont assez, avec l’impression d’être bloqués. Tout cela agit sur le moral. Souvent, on a des crédits et il faut attendre des rentrées d’argent. Heureusement qu’il existe encore des épiceries de quartier. Les commerçants ont confiance en vous, ils peuvent faire crédit. »

D’ailleurs, elle s’étonne de la présence d’un Casino aux Minguettes. « Pourquoi l’ont-ils mis là ? Avant, il y avait Aldi, qui était beaucoup moins cher. Les salaires, eux, n’ont pas évolué. »

Dorsaf reconnaît sa chance d’avoir été acceptée en master à Lyon. « L’université devient de plus en plus sélective. Je suis la seule de Vénissieux dans mon master. » En ce qui concerne les transports, elle apprécie qu’ils n’aient pas trop augmenté, d’autant plus qu’il existe un dispositif pour les boursiers. Quant à sa bourse, certes, elle a progressé… d’environ 10 euros.

« Les jeunes ont du mal à discuter de leurs difficultés financières. L’inflation se fait davantage ressentir chez ceux qui viennent d’autres villes et qui sont souvent obligés d’avoir un travail à côté de leurs études. »

Bouchra : « Je regarde les promotions »

« Tout a augmenté, l’essence bien sûr mais aussi les produits alimentaires, c’est flagrant », indique Bouchra. Cette jeune Vénissiane, qui travaille en intérim en tant que secrétaire médicale, vit dans le quartier Léo-Lagrange et bénéficie d’une indemnité de chômage. Laquelle doit s’arrêter le mois prochain.

Elle se rend une fois par mois au magasin Leclerc. « J’y fais de grosses courses (lessive, lait, produits ménagers, chocolat…). Je regarde les promotions. J’y achète également le fromage, les desserts, dont le « Yop » que mon fils aime boire à la paille. Son prix ? 2,56 euros les 6, j’en achète deux packs par semaine. L’huile a également augmenté de 40 centimes. Pour les fruits et les légumes, je vais chaque semaine à Grand Frais. Ma mère va au marché des Minguettes, moi je n’aime pas trop car ils vendent souvent fruits et légumes en plateaux et je trouve que les denrées s’abîment vite. »

Bouchra vit avec ses parents dans un logement géré par Alliade : « Le loyer n’a pas trop augmenté. En revanche l’essence a fait un bond. Je fais un plein une fois par mois, qui s’élève à 80 euros. En cas de besoin, je rajoute une petite somme, en fin de mois. J’ai dû changer d’assurance dont le prix était beaucoup trop élevé : j’en ai trouvé une autre moins onéreuse. »

En décembre, Bouchra a perçu les 100 euros de la prime inflation. « Il s’agit d’un coup de pouce, une seule fois. » D’autant plus qu’elle doit se rendre assez souvent à Lyon. « Moi qui ne prenais jamais le bus, j’ai acheté un abonnement TCL. Je bénéficie d’un tarif solidaire de 10 euros par mois. Mon fils, lui, ne paie pas. »

Jusqu’en 2017, Bouchra habitait dans le Loir-et-Cher, à quelques kilomètres de Chambord. « Dans une petite ville, on a tout sous la main, tant pour les démarches administratives que pour les courses ou les médecins. On utilise moins la voiture, tout est à proximité. Dans une grande ville, on dépense beaucoup plus. »


Rachid, boucher : « Ma facture d’électricité a explosé »

Boucher installé rue Gambetta, dans le centre de Vénissieux, Rachid est inquiet des hausses de prix, mais il ne veut aussi pas trop se plaindre. « On subit tous cette crise sanitaire de plein fouet, du particulier au commerçant… Mais que dire des SDF, des laissés-pour-compte, des gens qui ne peuvent boucler leur fin mois, obligés de s’alimenter à moindre coût ? »

Il n’empêche, pour lui aussi, la liste des difficultés financières s’allonge. « Déjà avec la hausse du carburant, mon plein de gasoil est passé de 65 euros à 90 euros, ce qui fait 180 euros par mois. Et encore je ne me déplace que raisonnablement et je fais appel à des porteurs frigorifiques pour le transport de ma viande. Dans ma boucherie, c’est la facture électricité qui a explosé : une hausse de plus de 150 euros par mois. Mes vitrines d’expo, ma vitrine chauffante et surtout ma chambre froide, toaut cela consomme ! Ensuite, la viande a connu les mêmes évolutions que les autres produits alimentaires : plus de 2 euros supplémentaires au kilo pour l’agneau, 1,50 euro pour le bœuf et le veau, 40 centimes pour le poulet… Ça chiffre vite pour les clients qui réduisent leur consommation pour limiter l’impact sur leurs budgets familiaux. »

« Tout cela a une influence sur mon chiffre d’affaires et sur mes revenus. Je tente de m’adapter en diversifiant mon offre, mais les produits accessoires (piments divers, sauces, produits orientaux…) ne sont que du dépannage. Je m’adapte en réduisant mon train de vie : des congés réduits, des vacances moins loin, des loisirs au compte-gouttes… »

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