Josette Vial : Rêveries d’une promeneuse solitaire

Josette Vial photographe et voyageuse
Elle a fait de la photographie son métier et l’exerça au sein du service Communication de la Ville de 1977 à 2010. Quant à la culture en général et les voyages en particulier, ils restent sa grande passion.

On retrouve Josette Vial telle qu’on l’a toujours connue : enjouée, passionnée, évoquant avec ardeur ses envies, ses projets, s’arrimant à ses colères contre tout ce qui ne va pas dans le bon sens. “À notre époque, remarque-t-elle, la culture était primordiale. Aujourd’hui, je suis les occupations de théâtres sur Facebook parce que je suis engagée culturellement. D’ailleurs, mon premier engagement dans ce sens a été Travail et Culture.”

Josette a quitté le service Communication de la Ville de Vénissieux en 2010, au moment de prendre sa retraite de photographe. Depuis, elle n’a jamais laissé tomber son boîtier. Et lorsqu’on lui pose la question de l’origine de son goût pour les images, elle évoque son père, ouvrier aux usines Lumière.
“Il est entré dans la Résistance et, après l’attentat à la grenade de l’hôtel du Globe en janvier 1943, il se sentait suivi. Il a été appelé au S.T.O. (service du travail obligatoire) et nommé à la défense passive chez les Lumière. Puis, il fiche le camp en Haute-Savoie, à Lucinges, où a habité Michel Butor, que j’adore à cause d’Istanbul.”

Son père est resté aux usines Lumière, devenues ensuite Ilford, de 1940 à 1980. “Nous étions logés avec une autre famille dans l’usine, rue du Premier-Film, là où étaient les stocks. Les miens étaient proches du Parti communiste, les autres étaient cathos. J’ai habité là entre 7 et 18 ans puis à Villeurbanne. Tous les ans, à l’école, on voyait les films des frères Lumière. Ils m’ont donné envie de voyager et de faire des reportages.”
Une autre expérience alimente également chez Josette cette envie de bouger : le patronage de la rue Saint-Maurice où elle se retrouve Âme vaillante, “parce qu’on était pauvres”. “Nos activités principales ? Le ballon prisonnier et les balades en chantant. Elles m’ont donné l’envie de me promener.”

“Elle a le regard”
Et la photo dans tout cela ? “Mon père en faisait et développait ses films mais il ne m’a jamais appris. J’avais rempli un album des chocolats Révillon et, en récompense, on obtenait une boîte à savon, c’est-à-dire un appareil photo élémentaire, avec une boîte en bakélite et un seul objectif. C’était extraordinaire, jamais trop mauvais. J’ai commencé avec ça.”

Et c’est “avec ça” qu’elle immortalise ses premiers voyages en Allemagne, Grèce, Hongrie et Yougoslavie. “En 1968, je me lance dans les reportages sérieux. Je participe à l’occupation de Delle-Alsthom, nous étions 3000.” On retrouve d’ailleurs ses images aujourd’hui sur le site lerizeplus.villeurbanne.fr “Je suis la seule à avoir photographié la reprise du travail dans l’entreprise.”

En 1969, avec une copine, elle se lance dans une autre aventure. Car Josette aime voyager seule ou à deux, guère plus. “Nous sommes allées à Genève pour changer de l’argent, puis à Milan où nous avons pris le train pour Istanbul. Ensuite, ce fut le bus jusqu’en Iran et le bus encore jusqu’en Afghanistan. J’avais 23 ans. Là-bas, c’était l’hiver, ils gardaient les chameaux les chaussures déchirées dans la neige. Notre bus passait les rivières à gué, frôlait les ravins. Nous avons pris la route du nord jusqu’à Kaboul et sommes arrivées au Pakistan par la Khyber Pass. Puis, le train nous a amenées à Peshawar, Rawalpindi, Lahore, dans le Rajasthan, à Bombay jusqu’au Kerala. Après huit mois en Inde, nous sommes passées par Hyderabad et Calcutta jusqu’au Bangladesh, qu’on appelait encore le Pakistan oriental. Je ne voulais pas photographier la misère, plutôt les choses positives.”

Les deux amies remontent via Bénarès jusqu’à Katmandou. “N’importe où, que ce soit au Pakistan, en Iran ou en Inde, j’ai toujours trouvé des gens sur la même longueur d’onde.” À son retour, Josette reprend contact avec François Grégoire (de Travail et Culture), qu’elle avait rencontré en 1968, pour lui proposer un montage sur l’Inde. C’est là qu’elle devient l’amie du peintre René Münch, que Pierrot Giouse et Madeleine Lambert s’emballent pour ses photos et en parlent aux grands critiques de l’époque, Jean-Jacques Lerrant et René Deroudille. “Elle a le regard”, disent-ils. Elle photographie alors pour La Voix du Lyonnais, supplément local de L’Humanité Dimanche, pour la mairie de Vaulx-en-Velin puis pour celle de Vénissieux, en 1977, “grâce à René Jaros et Daniel Faverjon”. “J’ai apprécié le contact avec les habitants de Vénissieux. C’est ce que j’adore : la rencontre et faire se rencontrer les autres.”

La retraite prise, Josette continue ses projets : une série de portraits de plasticiens, dont celui de Max Schoendorff, juste avant son décès. Et les voyages : New York, Norvège, Europe de l’est, Angleterre, Syrie, Égypte, Algérie, Pérou, Géorgie… Elle se découvre une passion pour la Turquie et Istanbul et pour l’Arménie. Elle aimerait relier ces deux ennemis héréditaires, Turcs et Arméniens, dans une même exposition pour que l’on puisse passer des lumières d’Arménie aux couleurs d’Istanbul. Elle a ainsi un coup de cœur pour Alaverdi, en Arménie, là où le cinéaste Sergueï Paradjanov a tourné son Sayat Nova (La Couleur de la grenade) en 1968. Elle parle avec passion des monastères “telluriques”, de ses rencontres et de l’usine — qui fut un temps française — sur le point de fermer et de ruiner la région. Elle désire rendre hommage à cette ville en montrant des images de ses habitants et de ses rues, projet humanitaire aussi. Projet : le mot n’est jamais trop fort pour Josette Vial.

2 pensées sur “Josette Vial : Rêveries d’une promeneuse solitaire

  • 19 juin 2021 à 17 h 20 min
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    Très bel article sur le parcours buissonnier d’une grande photographe dans la lignée des photographes humanistes. Nous attendons la suite de tous ces projets : livres, expositions, récits. Merci Josette. Olivia A.

  • 19 juin 2021 à 8 h 26 min
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    Bel hommage, félicitations !
    Pierre gaudu

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