1921 : récit d’une Année Folle à Vénissieux

Panser les plaies de la Grande Guerre, et penser l’avenir : telles furent les préoccupations du maire Louis Boyer et du conseil municipal, il y a cent ans en arrière.
L’ancienne cité PLM de Vénissieux, construite en 1921 et aujourd’hui détruite, se trouvait à l’angle de l’avenue de la République et de l’avenue Jean-Jaurès

En cette nouvelle année 1921, madame Blanc a pris sa plus belle plume pour s’adresser au maire. Voyez-vous, par patriotisme, elle avait accepté au début de la Première Guerre mondiale, « d’aider bénévolement le secrétaire adjoint de la Mairie pendant les quelques mois que devaient durer les hostilités ». Mais qui aurait cru que la folie meurtrière des hommes allait s’éterniser pendant plus de quatre années ? Durant tout ce temps, madame Blanc se dévoua sans compter. Elle effectua un travail considérable, « en raison des nombreux travaux créés en Mairie par la guerre, en raison d’autre part du développement extraordinaire de Vénissieux par suite de l’installation d’usines importantes de guerre, de la surpopulation et enfin, du terrible évènement qui a bouleversé la commune le 14 octobre 1918 », à savoir l’explosion de l’usine de chargement d’obus. Tant et si bien que, finalement, madame Blanc se résolut à demander un salaire. Bien volontiers, lui répondit le maire. Si seulement elle pouvait attendre un peu, que les finances municipales s’améliorent… Madame Blanc patienta donc, encore et encore, jusqu’à sa fameuse lettre de 1921. Le conseil municipal reconnut alors que la besogne qu’elle avait accomplie aurait coûté 24.000 francs, si l’on avait payé une secrétaire professionnelle. Très bien, dit monsieur le maire, qui proposa de… « transiger à 8000 francs, compte tenu de l’importance de la somme » !

Des travaux interminables

Et il en fut ainsi pendant toute l’année 1921. Une année folle, durant laquelle l’on dut panser bien des plaies de la guerre. A commencer par les dégâts causés par l’explosion de l’arsenal. Trois ans après cette catastrophe, alors qu’une « grande partie des habitations de Vénissieux ont été détruites ou ont subi des dommages considérables, les propriétaires ne peuvent que difficilement faire effectuer les réparations nécessaires, en raison notamment de la lenteur apportée pour l’indemnisation des sinistrés ». La municipalité elle-même, n’en termine avec les réparations apportées aux bâtiments communaux qu’en juillet 1921 : il y en a pour plus de 90.000 francs, une fortune. Alors partout, l’on pare au plus pressé, en délaissant souvent les choses jugées secondaires, mais qui deviennent maintenant prioritaires. Prenez les rues et les routes : leurs chaussées de cailloux concassés n’ont bénéficié d’aucun rechargement depuis 1914, et se sont transformées en champs de boue ou en festival d’ornières. Goudronner ? L’on y songe, notamment sur la nationale 7 dans sa traversée du Moulin-à-Vent, mais pour cela, il faudrait des sous qui manquent à l’appel. Dans ce contexte d’étroitesse budgétaire, il est pourtant un sujet pour lequel la mairie s’apprête à faire une grosse dépense : le monument aux morts. Lancé dès 1919, le projet avance à petits pas, et 1921 voit enfin la municipalité choisir une entreprise pour sa réalisation – dame, il y en a quand même pour 37.000 francs ! Plus qu’un an à attendre, et il sera inauguré. Les anciens Poilus ont eux aussi toute l’attention des élus. Subventions à leurs associations, prêts de salles – comme le 23 janvier, pour l’assemblée générale de l’Union des Mutilés et Anciens Combattants -, s’ajoutent aux secours apportés aux plus nécessiteux. Ainsi en mars, le maire intervient-il pour faire embaucher comme porteur de télégrammes « M. Garnier Julien (…) ce dernier, âgé de 30 ans et mutilé de guerre, remplit toutes les conditions voulues pour occuper cet emploi ».

Le nouveau Vénissieux

Solder le passé n’empêche pas de penser l’avenir. 1921 est donc aussi une Année Folle, celle de la paix retrouvée, celle d’un futur prometteur. Durant la guerre, la population de Vénissieux a fortement augmenté. De combien d’habitants exactement ? Un recensement, le premier effectué depuis 1911, nous le dira. Pour sa réalisation, le maire demande aux instituteurs l’aide de tous leurs élèves, « particulièrement les étrangers » : « il y aurait lieu de dire à ces enfants qu’ils remplissent eux-mêmes les feuilles remises à leurs parents et au besoin celles de leurs voisins, de façon à ce qu’elles soient écrites en français ». Depuis 1914, le paysage humain de Vénissieux a en effet changé ; nouvelles usines aidant, il s’est enrichi d’une main d’œuvre et de familles venues des horizons lointains, de Belgique, d’Italie, d’Espagne, du Maghreb, voire de plus loin encore. Résultat, notre commune, qui ne comptait que 4.939 habitants avant-guerre, en abrite désormais 8.050. Il devient dès lors difficile de loger tout le monde ; l’on parle même de « surpopulation ». M. Joly, un ouvrier des chemins de fer, l’apprend à ses dépens, en ne parvenant pas à dénicher un toit pour sa famille. Pourtant son employeur, « la Compagnie PLM, fait construire une cité ouvrière [une quarantaine d’immeubles, avenue de la République], dont plusieurs maisons sont actuellement terminées (…) ; vous pourriez probablement obtenir un logement dans une de ces maisons », lui conseille le maire. Immeubles, maisons, usines : la ville pousse comme un champignon, et de tous les côtés. Pour éviter que cette croissance ne devienne trop anarchique, la municipalité décide en 1921 de se doter d’un « plan d’extension », premier plan d’urbanisme dans l’histoire de notre commune. Les industriels sont sollicités pour connaître leurs projets de constructions d’usines, tandis que l’on trace sur le papier les contours de la ville du futur, ses nouvelles rues et de belles avenues : comme le prochain boulevard de ceinture, ou comme le « chemin de Titilleux » (boulevard Marcel-Sembat), qui relie désormais les nouvelles habitations de Parilly au centre de Vénissieux. Voici 100 ans en arrière, c’est donc une nouvelle ville qui commence à sortir de terre. Et vous la connaissez : c’est celle d’aujourd’hui.

Sources : Archives de Vénissieux, délibérations municipales et D13 (courriers du maire), 1921.

Une pensée sur “1921 : récit d’une Année Folle à Vénissieux

  • 1 mars 2021 à 11 h 12 min
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    Très bel article comme d’habitude

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