Personnes âgées : le confinement a aggravé leur isolement

Les femmes âgées seules avec des petits revenus constituent la population la plus fragilisée par le confinement, selon un rapport publié par l’association Les petits frères des pauvres.


À 82 ans, Ginette, vénissiane, a vécu le confinement comme une redoutable épreuve. Sur les murs de son salon, des photos de toute sa famille, des dessins réalisés par les plus jeunes de ses petits-enfants.

« Jusqu’en mars, j’allais faire mes courses tous les deux jours, je recevais mes enfants et mes petits-enfants, je rendais visite à mes amies, j’allais marcher au parc de Parilly, se souvient-elle. Et puis tout s’est arrêté ! Je n’ai plus pu voir mes enfants, mes petits-enfants. Ma famille était présente grâce au téléphone. Les journées ont été longues. Je n’ai pas d’ordinateur, pas d’internet… Les contacts avec les amies se limitaient à des coups de fil. En revanche dans mon immeuble, il y a eu une vraie solidarité entre voisins. Nous sommes deux ou trois personnes âgées, et tous (parents, enfants et adolescents) se sont pliés en quatre pour savoir si tout allait bien. Heureusement qu’ils étaient là. Malgré tout, petit à petit le moral a décliné et les forces aussi. Je n’osais pas aller chez le médecin, je n’avais plus très envie de me faire à manger… Je dirai que ce fut une épreuve. Je ne regardais plus la télévision. Et pourtant, j’ai la chance d’être à domicile. Quand je voyais la situation dans les Ehpad, c’était un vrai cauchemar. »

Victimes à double titre

Comme Ginette, les personnes âgées ont été les principales victimes de l’épidémie de Covid 19. Cette crise sanitaire les a frappées doublement, sur le plan de la maladie bien sûr, mais aussi par les mesures prises pour les protéger qui, dans bien des situations, ont accru leur isolement.

Selon un rapport des Petits Frères des pauvres, 720 000 aînés n’ont eu aucune relation avec un proche. Les femmes âgées seules avec des petits revenus ont par ailleurs représenté la population la plus fragilisée par le confinement.

Plus précisément, selon le sondage CSA (1) réalisé pour cette publication, « 90% des personnes âgées disent avoir eu au moins un contact hebdomadaire (dont 43% quotidien ou presque) avec un membre de leur famille, contre 86% avant le confinement soit une augmentation de quatre points. À l’inverse, les contacts ont diminué avec les amis (73% contre 77%), avec les voisins, (65% contre 74%) avec des membres d’associations (19% contre 37%), ou avec les aides à domicile ou les professionnels de santé (12% contre 18). Les personnes âgées expriment à 41% que le confinement a eu un impact négatif sur leur moral et 31% sur leur santé physique .

Pendant ces longues semaines de confinement, 5,7 millions de personnes ont ainsi ressenti de la solitude, « tous les jours » ou « souvent ». Enfin, si le confinement a fait découvrir les appels en visioconférence à certains seniors devenus internautes, il n’en reste pas moins une forte exclusion numérique des personnes âgées : « 4,1 millions de Français de 60 ans et plus n’utilisent jamais Internet, surtout les plus âgées et les plus modestes », avance l’association.

Les Petits frères des pauvres formulent donc plusieurs préconisations, en direction des pouvoirs publics comme des citoyens : « Nous demandons par exemple la mise en œuvre et la promotion d’une politique nationale ambitieuse de compensation de la perte d’autonomie et de lutte contre l’isolement des ainés, le changement de regard sur la vieillesse ou encore le soutien au bénévolat d’accompagnement et à l’engagement citoyen. »

(1) Étude CSA Research réalisée par téléphone sur un panel de 1 502 personnes de 60 ans et plus représentatif de la population française

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *