Azzouz Seffari, le fonceur

Artiste, enseignant aux ateliers Henri-Matisse, sportif émérite ayant pratiqué le rugby et la marche encore aujourd’hui, Azzouz Seffari incarne à la perfection la fameuse locution latine : un esprit sain dans un corps sain.

Commencez à aborder avec Abdelaziz Seffari, plus connu sous le diminutif d’Azzouz, les différents aspects de sa carrière et vous serez stupéfiés par l’étendue qu’ils couvrent : plasticien et enseignant d’art, Azzouz s’est aussi essayé à la chanson et au théâtre et a obtenu plusieurs titres en marche athlétique. Sachant qu’il a pratiqué aussi le rugby, vous ne vous étonnerez pas de le voir déclarer en souriant : « Un esprit sain dans un corps sain ». On ne saurait réellement mieux dire.

L’intérêt pour l’art est arrivé très vite, vers 6-7 ans, alors qu’il habitait El Eulma en Algérie, dans la wilaya de Sétif. D’abord grâce à sa mère, qui fabriquait des tapis orientaux. Puis par un voisin aquarelliste, alors très connu. « En primaire, j’avais un enseignant qui était un sacré dessinateur et je recopiais tout ce qu’il représentait au tableau. Un jour, il m’a dit que c’était moi, à présent, qui allais dessiner au tableau. Plus tard, alors que j’étais au lycée, le théâtre de ma ville cherchait des artistes pour refaire sa décoration intérieure. J’ai été pris. » Azzouz réalise alors de grands panneaux de 3,50 m de haut qui vont décorer la scène.

C’est sur cette même scène qu’un chanteur connu lui donne aussi le goût de la musique. « J’ai fabriqué une petite guitare à la main, avec un bidon d’huile pour voiture que j’ai creusé et des câbles de vélo pour les cordes. J’ai appris à jouer et j’ai chanté aussi dans des chorales. J’ai aussi fait du théâtre et j’ai sillonné l’Algérie avec des pièces. Tout en enseignant l’art dans des collèges pendant sept ans. »
Azzouz rejoint sa famille en France et entre aux Beaux-Arts de Lyon, dans les années quatre-vingt. Bachir Hadji, qui lui aussi enseigne aujourd’hui aux ateliers Henri-Matisse, l’aide à préparer le concours. Azzouz reste cinq ans aux Beaux-Arts et en sort diplômé avec mention. Il réalise sa première exposition à Oyonnax, qui lui vaut un appel de Madeleine Lambert. Serait-il intéressé pour enseigner dans ce qu’on appelait alors les AMAP, ateliers municipaux d’arts plastiques de Vénissieux, rebaptisés depuis du nom d’Henri Matisse ? Azzouz accepte et en profite, dans le cadre du 1 %, pour concevoir le bas-relief qui orne la façade de Vénicopie. « À cette époque, à la place de la Biennale d’art contemporain, existait à Lyon ce qu’on appelait l’Octobre des arts. Ils ont fait une sélection aux Beaux-Arts et j’ai eu la chance d’être retenu. »

« C’est vrai qu’il doit y avoir mon nom
dans toutes les écoles de Vénissieux. »

Azzouz participe aussi à la Biennale vénissiane et commence à travailler avec les nombreux établissements scolaires de Vénissieux, où il réalise des fresques avec les élèves. « C’est vrai qu’il doit y avoir mon nom dans toutes les écoles de Vénissieux. Chaque fois j’ai un thème, je réfléchis, je fais des recherches et les idées me viennent, comme un don. J’aime aller au-delà de ce qu’on me demande, ajouter une touche originale. J’adore mon métier ! »

Azzouz avoue encore qu’il est difficile de « calculer le temps de l’art ». « Quand je suis avec les gosses à Henri-Matisse, les idées me viennent pour mon travail perso. Quand je suis à l’étranger, que je visite des musées, je pense aux ateliers. L’art a tellement évolué. J’ai envie de suivre cette évolution. »

Tout cela n’empêche pas notre artiste de continuer à écrire des chansons et à chanter. Ni de poursuivre le jeu théâtral, comme à Corbas, dans une pièce de Jean-Yves Picq, État des lieux — et l’auteur était présent à la première, stress supplémentaire. « C’est une autre approche de l’art, explique-t-il. Je suis un fonceur. On me propose : tu fais ça ? Et j’y vais ! »
Il tâte aussi du cinéma avec « Le Forum des rêves » d’Olivier Bosson et en faisant de la figuration dans « Fatima » de Philippe Faucon. Fasciné par le septième art, il se rend au Festival de Cannes quatre ou cinq fois, dort au camping la nuit et la journée parcourt la Croisette.

Ce qui nous amène à la marche. « J’étais en CM1 et un coach est venu sélectionner des élèves pour une course de 5 000 m. Ça a tout déclenché. »
Azzouz participe à plusieurs championnats algériens et, comme « toucher à tout apporte de la complémentarité », il a aussi joué au rugby à Vénissieux, « en troisième division ». Il revient sur la marche : « J’ai participé à Constantine au premier championnat de l’est algérien et j’ai fini premier. C’était en 1970 et, depuis, je ne me suis jamais arrêté. »

Trois fois champion du Rhône, classé deuxième Auvergne Rhône-Alpes sur 20 km à Roanne, Azzouz a fait d’excellentes démonstrations de son adage (« Marcher ou courir, ça nourrit ») dans divers championnats mondiaux ou européens. Il était à Malaga et San Sebastian l’an dernier et sera jusqu’au 14 septembre à Venise pour disputer le championnat européen, avant de préparer le championnat du monde l’an prochain au Canada.

Et, le 18 septembre, il reprendra ses cours aux ateliers Henri-Matisse.

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