Marché de la poésie : admirativement, Charles Juliet

Prix Goncourt de la poésie pour l’ensemble de son œuvre en 2013, Grand prix de littérature de l’Académie française en 2017, Charles Juliet est pourtant resté très simple, sachant partager en toute humilité la beauté de ses textes au cours de lectures. Il l’a prouvé une fois de plus, lors de son passage à Vénissieux, où il était invité ce 22 mai dans le cadre d’une des périphéries du 37e Marché de la poésie. D’abord à l’Espace Pandora puis à la médiathèque Lucie-Aubrac, où il s’est entretenu avec Jean-Gabriel Cosculluela, Muriel Carrupt, Geneviève Metge, Martin Laquet et Marie-Ange Sebasti.

À l’origine de tout cela, Marie-Thérèse Peyrin a demandé un texte sur le poète à une cinquantaine d’auteurs, qu’on retrouve dans le recueil Fraternellement, Charles Juliet, paru chez Jacques André Éditeur.

Créatrice du blog poétique La Cause des Causeuses, elle explique son intérêt pour Juliet : « Dans un congrès de psychanalystes sur le thème des secrets de famille, en 1991, il était invité pour lire ses poèmes. J’ai été sous le charme et, apprenant qu’il avait écrit L’Année de l’éveil, je l’ai acheté et lu dans la nuit. À partir de là, j’ai lu tout ce qu’il écrivait. J’ai commencé par le tome 3 de son Journal et l’ai remonté dans le temps. À la sortie de Lambeaux, je lui ai envoyé une première lettre à laquelle il a répondu. J’ai attendu un an pour le rencontrer et notre amitié s’est construite ainsi. »

Il y a dix ans, Marie-Thérèse avait déjà initié un premier livre autour de Charles Juliet (Attentivement, Charles Juliet), composé de lettres d’écrivains adressées au poète. « J’ai eu envie de recommencer, mais cette fois en centrant les textes non plus sur lui mais sur son œuvre. »

« On a avec lui le sentiment d’être son seul lecteur quand, avec d’autres, on peut avoir l’impression d’être dans un métro. » Thierry Renard, directeur de l’Espace Pandora

Pour qualifier ce nouvel ouvrage, Fraternellement, Charles Juliet, Marie-Thérèse reprend ce que lui a dit Geneviève Metge (romancière et ancienne présidente de l’Espace Pandora) : « C’est un livre affectif. » À quoi Marie-Thérèse ajoute : « Oui, et un livre effectif aussi puisqu’il existe. C’est comme vouloir labourer un champ immense à la pointe d’un stylo. »

Très ému — il l’avouera plus tard en aparté —, Charles Juliet plaisante : « Dire que tout cela a été mené à mon insu. Quand j’ai vaguement appris ce qui se passait, j’ai demandé à Marie-Thérèse de renoncer à ce projet pas nécessaire. Dix ans avant, il y a avait déjà eu un livre semblable. Mais elle est tenace, le livre est là et c’est un grand plaisir. »

Puis, à propos de son travail personnel, il avoue avec encore plus d’humilité : « J’ai toujours eu une très haute idée de l’art. Mes moyens d’expression n’étaient pas à la mesure de ce que je voulais faire et ce que j’écrivais me décevait. Il y a dans mes textes des années de recherche. »

Son grand ami Thierry Renard, le directeur de l’Espace Pandora, salue la sortie de Fraternellement, Charles Juliet : « On y découvre Charles sous toutes ses facettes d’écrivain : le journal, le récit, la poésie. C’est important que celle-ci ait une large place et je suis content que Charles entre dans la collection de poche Poésie/Gallimard. Présente aussi dans le livre est l’intimité que Charles crée avec ses lecteurs. On a avec lui le sentiment d’être son seul lecteur quand, avec d’autres, on peut avoir l’impression d’être dans un métro. Rares sont les œuvres qui permettent cette proximité. »

Un lien affectif avec Vénissieux

Ce n’est pas un hasard si la rencontre en deux temps avec Charles Juliet, d’abord à l’Espace Pandora puis à la médiathèque Lucie-Aubrac, s’est produite à Vénissieux. Le poète a tissé avec la ville un véritable lien affectif, né de sa rencontre avec Thierry Renard, directeur de l’Espace Pandora.

« C’était en 1978, raconte ce dernier, et l’on célébrait à la bibliothèque de la Part-Dieu la première année de la revue Verso. J’étais au collège et je m’étais présenté à Charles Juliet en affirmant que j’étais le nouvel Arthur Rimbaud. Puis, il m’avait envoyé le tome 1 de son journal. Ensuite, il y eut la rétrospective Bram Van Velde, en 1980 en présence de l’artiste néerlandais, mort l’année suivante et de Charles. L’exposition était organisée par Madeleine Lambert et l’espace arts plastiques. Charles est revenu à plusieurs reprises chez Pandora. Qui, d’ailleurs, n’existerait pas sans lui. J’ajouterai que ses conseils de lectures m’ont toujours accompagné. »

Cette rencontre avec un jeune Vénissian, Charles Juliet en parle chaleureusement, avec d’autres détails : « Je me souviens de ce jeune homme qui m’avait dit : « Je suis l’amant juvénile. » C’était le personnage d’une pièce de théâtre qu’il jouait chez Chavassieux. Avec ma femme, on l’avait ensuite raccompagné chez ses parents aux Minguettes en 3CV. »

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