Théâtre de Vénissieux : avec Les Veilleurs, les spectateurs sont aussi créateurs

 

En résidence au Théâtre de Vénissieux, la compagnie grenobloise Les Veilleurs présente deux spectacles ce mois-ci : La Migration des canards le 19 janvier et Contre les bêtes le 26 janvier. Avec une méthode originale qui associe un groupe de spectateurs (adultes et enfants) au processus de création.

Cela fait tout juste trois ans, Les Veilleurs — qui démarrent leur résidence au Théâtre de Vénissieux — avaient proposé Mon frère, ma princesse, un spectacle tiré d’un texte de Catherine Zambon. Avec un sujet capable de faire grincer quelques dents puisqu’il racontait l’histoire d’un petit garçon rêvant de porter des robes de princesse. La sensibilité apportée par Émilie Le Roux dans sa mise en scène avait gagné beaucoup de suffrages.

Directrice de La Machinerie, qui regroupe le Théâtre de Vénissieux et l’équipement Bizarre !, Françoise Pouzache a choisi de prendre en résidence Les Veilleurs, « une compagnie basée à Grenoble qui vient d’être conventionnée par la DRAC et dont la spécificité est le travail en direction du jeune public ».
Une résidence hautement appréciée par la compagnie, qui lui permet d’avoir du temps, à la fois pour la création artistique elle-même mais aussi pour les rencontres. Et qui donne le confort de disposer pendant cinq semaines du plateau du théâtre. « Une sacrée chance pour nous », se réjouit Émilie Le Roux, qui signera la mise en scène de deux spectacles en janvier.

Le travail des Veilleurs, poursuit Françoise Pouzache, tourne autour des questions de société que peuvent se poser les enfants. « Ce sont des sujets qu’on pourrait penser réservés aux adultes mais qui répondent aux questionnements des enfants. Émilie Le Roux travaille sur les stéréotypes et pousse les enfants à s’interroger dessus. Son processus de création ne ressemble qu’à elle. » Émilie Le Roux s’appuie sur une classe ou un groupe, cherche avec ces personnes extérieures des solutions. Ainsi en a-t-il été d’une classe de 3e d’Honoré-de-Balzac qu’elle a associée à la création de La Migration des canards, d’après le texte d’Élizabeth Gonçalves.
« Les élèves ont regardé ensemble ce qui marchait le mieux, reprend Françoise Pouzache. Émilie accepte la transformation de sa propre création par le regard des jeunes. Ils forment un groupe témoin qui l’aide à créer. Cette façon de travailler m’avait séduite lorsque Les Veilleurs étaient venus au théâtre avec Mon frère, ma princesse. C’est pour cette raison que j’ai voulu développer ce processus. La compagnie a un œil acéré, une énorme exigence. Nous ne sommes pas là dans le spectacle jeune public tel qu’on l’entend habituellement. »

La cellule familiale, métaphore de la société

« Dans certaines familles, remarque la directrice du théâtre à propos de La Migration des canards, l’émigration a provoqué un tel stress que les parents deviennent beaucoup plus exigeants avec leurs enfants. Ils doivent réussir à tout prix. La pièce raconte ainsi l’histoire d’une petite fille qui n’a pas droit à l’erreur. L’injustice est plus fondamentale par rapport à ces enfants. La cellule familiale devient une métaphore de la société qui les guette. C’est un thème grave. Les enfants qui ont suivi l’atelier s’y sont parfois reconnus, même si ce n’est pas la majorité. »
S’interrogeant sur les questions des migrants, des religions ou du racisme, La Migration des canards touche aussi les enfants sur les injustices dont ils peuvent être victimes. « Ils sont emballés par cette création qui se fabrique avec eux et dont ils peuvent modifier certains aspects. Ils se rendent compte aussi qu’au théâtre, tout est permis ! »


Les adultes aussi
Trois rendez-vous ont également été proposés au théâtre à un groupe d’une vingtaine d’adultes, les 20 novembre, 19 décembre et 9 janvier, pour qu’ils puissent suivre la création de La Migration des canards. « Cela a surtout été un jeu de questions/réponses, résume Françoise Pouzache, directrice de La Machinerie. Le public est toujours gourmand de savoir comment se monte un spectacle et le temps que ça prend. Ce qui est bien, c’est qu’Émilie explique bien tout ce qu’elle fait et, ce qui est étonnant, c’est qu’elle n’hésite pas à dévoiler les endroits où elle doute et à montrer sa fragilité. Elle aime partager cela tout en restant maîtresse de sa création car elle sait où elle va, même si elle se laisse parfois infléchir. »

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