

La Verrerie ouvrière dans les années 1920 (Photo DR – carte postale d’époque)
Dans les premières décennies du XXe siècle, plusieurs villes en France sont des lieux renommés pour leurs verreries, parmi lesquelles Carmaux, Albi, Rive-de-Gier et Givors. Vénissieux deviendra également l’une des capitales de cet art, avec plusieurs établissements employant des centaines de personnes. Mais, malgré la transparence de leur production, beaucoup de ces entreprises ont une face plus opaque, avec l’emploi abusif d’adolescents et même d’enfants de moins de 13 ans, faisant fi des lois en vigueur.
Ainsi la Verrerie ouvrière, créée à Vénissieux en 1897, près de la gare. Elle compte jusqu’à 250 ouvriers en 1921. Des bouteilles, des bocaux à conserves, des flacons, des carafes sont fabriqués. Parmi les nombreuses créations, certaines sont vendues à la légendaire Maison Martini à Turin pour son célèbre apéritif. L’entreprise possède sa propre caisse de retraite : tout employé âgé de 55 ans révolus et tout travailleur invalide, reconnu comme tel, a droit à une retraite annuelle et viagère. En 1934, la Verrerie ouvrière emploie 140 personnes. Elle cesse ses activités en 1965, comptant alors un effectif réduit à 60.
La Verrerie Mauguin puis la S.I.D.R.I.
En 1920, la Verrerie Mauguin s’installe sur une partie de l’ancien domaine de Gaspard Picard (1809-1884), situé dans la rue qui porte aujourd’hui son nom. Elle se spécialise dans la fabrication du verre étiré. Parmi les clients : Saint-Gobain, Rhône-Poulenc, Ciba et Spécia. En 1934, le site est vendu à la Société industrielle des récipients isolants (SIDRI), qui produit la fameuse bouteille Thermos. Elle est présidée par David Michel et dirigée par Joannes Clausier.


La fameuse bouteille Thermos, produite par la SIDRI (Photo DR)
En 1952, la SIDRI devient la Société industrielle des Thermos Peters, S.I.T.P., dirigée par un Belge, Jules Peters. En 1953, un incendie détruit une grande partie du site, un four est sauvé. De nouveaux bâtiments sont construits. C’est la seule verrerie de France où chaque ustensile est fabriqué de A à Z sur place. Le cycle de conception s’étale du grain de sable, se transformant en verre dans les fours à 1200° C, jusqu’à l’emballage et l’expédition vers chaque continent. En 1958, l’on recense 150 employés, 50 pour la verrerie, 100 pour la fabrication, dont un fort contingent de femmes ayant des aptitudes aux délicats travaux de manipulation.
La société maintient l’antique procédé de fabrication avec des souffleurs verriers qui n’ont rien à craindre des souffleries de verre mécaniques. La qualité de ce travail artisanal et la diversité importante d’échantillons apportent une renommée internationale à l’établissement, avec une gamme de 120 produits différents, allant du modèle courant à l’exemplaire rare. Certains sont même disposés dans des étuis d’argent et d’or pour une clientèle de luxe. Les deux tiers de la production nationale sont fabriqués à Vénissieux. L’usine ferme au début des années soixante. Les bâtiments sont rachetés par la municipalité en 1968. Quelques années après, une partie de l’ancienne demeure est aménagée en cantine municipale. C’est également dans cette ancienne usine que seront installés le centre associatif Boris-Vian (avant son déménagement avenue Marcel-Paul) et les serres municipales. Lesquelles migreront ensuite, en 2011, avenue Jean-Moulin.
De Vénissieux à Biot
En 1930, deux maîtres verriers, Henri Gomez et Fidel Lopez, fondent leur entreprise, chemin de Feyzin. Cette verrerie se spécialise dans la fabrication de tubes et baguettes de laboratoire et ampoules à sérum pour pharmacie. Ouvriers, apprentis et personnel administratif forment un groupe de près de cinquante personnes.
En 1952, la réduction des prêts accordés par les banques aux artisans est fatale à de nombreuses petites entreprises. Elle sonne le glas de cette verrerie, qui se retrouve dans l’obligation de cesser ses activités. Mais Fidel Lopez ne va pas en rester là.
Ingénieur et major de l’école de céramique de la Manufacture nationale de Sèvres, Éloi Monod crée en 1956, avec son épouse Luce, sa verrerie à Biot, dans le Var, une verroterie provençale à l’ancienne. Il sollicite l’aide de Fidel Lopez pour concrétiser son projet. Celui-ci va lui permettre d’obtenir des compétences complémentaires à celles de la céramique. Lopez met tout son savoir et son expérience au service d’Éloi Monod. Il exécute les plans des fours et lui dévoile les compositions du verre.
Éloi Monod s’associe alors à Fidel Lopez et à un jeune souffleur, Raymond Winnowski. Ils s’inspirent des techniques de verre soufflé découvertes en Espagne et en Italie. Raymond Winnowski acquiert un savoir-faire unique, permettant d’emprisonner les bulles entre deux couches de verre. Le verre bullé de Biot est né. Durant plusieurs années, Fidel Lopez forme de nombreux apprentis avec fierté et transmet son savoir.
Mula et ses brevets
François Mula, maître verrier, obtient le titre de Meilleur ouvrier de France en 1952. Il crée un atelier en 1956, rue Paul-Langevin au Cluzel, connu sous le nom de F. Mula Père & Fils. Peu à peu, l’entreprise se développe et s’installe dans la zone industrielle de Corbas avec une équipe qui s’étoffe. Différents types de verre de laboratoires ou à usage médical sont façonnés. En 1975, la verrerie dépose un brevet de colonne de chromatographie et, en 1998, un nouveau brevet de flacon.
L’établissement s’installe ensuite à Vourles puis à Vaulx-en-Velin en 2013, où se poursuit le travail du verre. Forte de 13 personnes, Verre Labo Mula est l’une des dernières entreprises de la région à travailler le verre de laboratoire dans le respect des valeurs du Made in France.
Les innovations constantes de cette maison lui confèrent une importante renommée. Mula devient un nom connu et reconnu de la verrerie scientifique dans la région lyonnaise.
Sources
-Bibliothèque municipale de la Part-Dieu : articles d’anciens journaux Le Progrès et du journal La Dernière Heure lyonnaise du 29 juin 1958
-Vénissieux la rebelle de Maurice Corbel, éditions Cercle d’Art, 1997
-Lettres vénissianes de René Forestier, en collaboration avec le centre culturel Boris-Vian, éditions Paroles d’aube, 1997
-Vénissieux : École Pasteur 1934-2014 de Marie Evangelista, Clément Barioz et Gérard Petit, co-édité par Viniciacum et l’association des Anciens élèves de l’école Pasteur, 2014
-Témoignage de Suzanne Besse, ancienne employée de la SIDRI
-Témoignage d’Antoine Mula
– Témoignage de Pierre Pilia, ancien verrier du Labo Mula
– Site Verre Labo Mula
– Témoignage de Marie Evangelista pour la verrerie Gomez


































manuel abilleira
10 mai 2026 à 12 h 36 min
merci pour ce recit , que de bon souvenir de cette entreprise de verrerie , j apprecie ces lectures qui me rappelle temps de choses sur ma ville ,mon enfance que de souvenirs merci a toi GERARD , de nous faire revire parmi ces lectures le temps passé