Entre forains et riverains, les préjugés tombent

Le 3 février, les riverains du Matmut-Stadium (ex-stade du LOU Rugby), trouvent dans leur boîte aux lettres un courrier de la mairie de Lyon. Plutôt inhabituel, pour des Vénissians. C’est ainsi qu’ils apprennent que « la collectivité a décidé d’affecter provisoirement le site à l’installation de la base de vie des industriels forains du Luna Park ». Ce qui explique les travaux de déblaiement et de terrassement commencés… la semaine précédente.

Rumeurs et idées reçues

Dès lors, les rumeurs vont bon train : les attractions et des centaines de caravanes débarqueraient dans le quartier, attirant des milliers de visiteurs et leurs voitures… Le tout nourri par quelques stéréotypes sur les forains, confondus avec des Gens du voyage, voire avec des Roms… On n’est pas loin du refrain du “gitan” de Daniel Guichard, avec son “voleur de poules, jeteur de sorts” !

Une première réunion, organisée par la Ville de Lyon le 7 février s’est déroulée dans une ambiance électrique. “On est encore mis devant le fait accompli, y en a marre !” Nicole Gay, adjointe au maire de Lyon en charge du patrimoine, a eu du mal à expliquer un “projet” déjà bien avancé. Également présente, Michèle Picard dit “comprendre l’agacement des riverains dans la mesure où l’information est faite au dernier moment, sans concertation en amont, alors que les travaux ont déjà commencé. On avait déjà vécu ça lors de l’installation du LOU. Ensuite, ça se passe bien mais les habitants voient que ça leur tombe toujours dessus sans crier gare. Non seulement ce n’est pas comme ça que l’on crée de la confiance, mais ça génère exactement l’inverse, de la méfiance !”

“Rassurez-vous, nous sommes des gens civilisés”

C’est justement pour instaurer de la confiance et contrer les idées reçues que les forains eux-mêmes ont souhaité rencontrer leurs futurs voisins, le 16 février au soir. Toujours en présence de Mme Gay, mais aussi de Sandrine Picot, conseillère municipale et présidente du conseil de quartier Joliot-Curie. Après un petit moment de flottement où les questions embarrassantes n’osent pas surgir, une femme de forain met les pieds dans le plat : “Rassurez-vous, nous sommes des gens civilisés ! On dit bonjour, au revoir et merci, des enfants aussi bien élevés que les vôtres, on a une vie normale, nous sommes des PME et nous sommes là pour travailler.” La parole se libère alors, mais sur un ton plus posé que lors de la première réunion.

“Nous n’avons aucune hostilité envers vous, assure un habitant, belle barbiche et chapeau de feutre. Nous sommes des gens sensés, nous tenons juste à notre tranquillité.” “Ça tombe bien, nous aussi, rebondit M. Kerwich, propriétaire de manèges enfantins et d’un mini-huit. Et nous voulons de la sécurité pour nos caravanes tout comme vous en voulez pour vos maisons.”

“On ne veut pas déranger, ni être dérangés.”

Les questions s’enchaînent, sur les horaires de travail des forains, leurs habitudes, le bruit possible, si les “brises vues” construits lors de l’installation du Matmut Stadium seront conservés ou améliorés… “C’est un petit village éphémère qui va s’installer à côté de chez vous”, explique Gérard Boulet. Exploitant un train fantôme et des pinces à peluches, il passe six mois à Lyon, pour la vogue des marrons puis le Luna Park d’été, puis 3 mois à Nancy et Metz. “On ne veut pas déranger, ni être dérangés.” D’ailleurs, du côté des forains aussi, les idées reçues ont la vie dure, certains imaginant Vénissieux comme une sorte de Chicago invivable, avec des voitures brûlées à chaque coin de rue. Un petit tour en ville les a agréablement surpris.

De son côté, la mairie de Vénissieux assure qu’elle veillera “à ce que tout se passe bien, dans le respect de chacun”. “Je suis confiante, déclare Michèle Picard. Parce que les Vénissians sont des gens ouverts et généreux, et que chaque rencontre entre forains et riverains fera tomber les préjugés.” Le 16 février, la réunion s’est d’ailleurs terminée en se donnant rendez-vous pour la Fête des voisins.


Pourquoi cette installation ? Pour combien de temps ? Pour combien de familles ? Où seront scolarisés leurs enfants ? L’installation de la base vie des forains en 12 questions-réponses en cliquant ici.

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