Veninov : l’inquiétant silence de Windhager

Le repreneur autrichien n’a toujours pas présenté de nouveau plan de reprise, malgré l’ultimatum lancé par les pouvoir publics. Pour les Veninov, l’espoir s’amenuise. Même le délégué CGT, Stéphane Navarro, n’y croit plus.

“Confirmation”, “Revirement”, “Espoirs”, “Miracle”, “Victoire”, “Désillusions”… Quand on met bout à bout les titres qu’a suscités le combat des Veninov depuis décembre 2011, on mesure à quel point le dossier est embrouillé. Parfois même d’un numéro à l’autre, on se retrouvait à écrire, à grand renfort de “retournement de situation”, le contraire de ce qui avait été publié la fois précédente. Reste qu’au second semestre 2012, nous pensions pouvoir avancer quelques certitudes : sous l’impulsion de Windhager, Veninov devait vivre. Devait…
Depuis l’officialisation de la reprise de l’usine par le groupe autrichien, en mai 2012, le moral des Veninov était de nouveau au plus haut. Pensez donc, une reprise de l’activité, à laquelle même le liquidateur judiciaire, Marc Sénéchal, ne croyait pas. Un fonds de pension américain débouté ! Une victoire syndicale historique, saluée unanimement. Une grande fête avait même été organisée sur le site, à laquelle le préfet du Rhône, Jean-François Carenco, très impliqué dans ce dossier, était venu.
Mais depuis, le soufflé est retombé. Windhager a joué la montre. Promis d’abord cinquante embauches pour l’automne 2012, avant d’évoquer une quinzaine d’emplois pour le début de 2013. Puis il a annulé ses visites sur le site, et a été convoqué par le juge du tribunal de commerce de Nanterre. Il y présentait au liquidateur un plan de reprise ne prévoyant l’embauche que de huit personnes “pour gardiennage et rénovation”, ainsi que le transfert dans une autre usine aux Pays-Bas des cylindres de production, “empreinte” des marques Venilia et Bulgomme. Autant dire qu’il s’appropriait le trésor historique des anciens établissements Maréchal. Bref, des propositions bien trop éloignées de celles qui avaient motivé le juge à attribuer à Windhager, pour des sommes dérisoires, l’usine de Vénissieux et par là, un pan de son histoire industrielle.

Et maintenant ?
Pour les salariés, la pilule est amère. “Pour moi, c’est fichu, je n’y crois plus, estimait lundi 7 janvier Stéphane Navarro (CGT). Windhager n’a aucune intention de faire redémarrer l’activité industrielle. Ils veulent juste les marques. On s’est fait avoir.” Le groupe autrichien avait en effet jusqu’au 4 janvier pour transmettre au liquidateur un nouveau plan de reprise. Cela n’a pas été fait, malgré l’ultimatum lancé par le préfet. Très impliqué depuis plus de deux ans pour le redémarrage de Veninov, André Gerin, député honoraire du Rhône, avait de son côté posé une « question de confiance » au P-DG Johann Windhager le 26 décembre : « Votre groupe a-t-il toujours la volonté de respecter l’esprit du projet tel que vous l’aviez proposé, élaboré et défendu devant le liquidateur et le juge commissaire du tribunal de Nanterre ? »
Du côté de Windhager, c’est silence radio. “Nous n’avons pas de contact avec eux, indiquait déjà Stéphane Navarro fin décembre. Mais aucun cylindre ne sortira d’ici. Nous avons les pouvoirs publics avec nous. S’il y a eu tromperie, il faudra faire annuler les ordonnances rendues par le tribunal de commerce en mai dernier.”
Car le “trésor historique” que représentent les cylindres de production se trouve au centre de toutes les attentions. “S’ils viennent les récupérer, c’est bien simple, c’est du vol, du pillage industriel, estime Michèle Picard, maire de Vénissieux. Windhager n’a aucun respect pour les lois françaises. Je vois même dans leur attitude un véritable mépris pour les collectivités. Il y a bien eu tromperie. Mais que Windhager ne se fasse pas d’illusions : on a pu faire plier un fonds de pension américain, ils ne nous font pas peur !” Le premier magistrat de la ville a par ailleurs indiqué faire étudier la possibilité d’une action en justice contre Windhager. La municipalité a en effet, comme la Région et l’État, mis la main à la poche pour que l’activité puisse redémarrer.
Le combat des Veninov risque donc de se poursuivre devant les tribunaux. Bien loin de l’usine de la rue Eugène-Maréchal, que des générations de travailleurs ont connue. À moins que Windhager ne présente, cette semaine, un nouveau plan de reprise, plus en accord avec ses engagements initiaux. Cela constituerait un sacré revirement. Mais ce ne serait pas le premier.

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