Yvon Donzel, Monsieur cent mille sons

Après 22 ans passés à la MJC Le Cadran et plus de 500 groupes enregistrés, après la participation à plusieurs formations, dont Tonynara, après la première partie des concerts de Johnny dans les années soixante-dix, il était temps d’explorer la carrière d’un surdoué que tous les musiciens de la région connaissent.

Certains cadeaux ne sont pas sans conséquence. Ainsi, celui que reçoit le petit Yvon Donzel, à 8 ans : « Un oncle avait un harmonica, qu’il avait emporté dans les tranchées de la guerre de 14. Il me l’a offert. Tout a démarré grâce à cela. »
Comme le frère joue de la guitare, Yvon reconnaît qu’il prend le virus. Dans sa tête, une chose est sûre : il sera musicien. Il a une dizaine d’années et s’essaie à la guitare sèche, que l’on qualifiait alors d’espagnole. « Les Shadows étaient là, les Beatles apparaissaient et, avec eux, la génération des guitares électriques. Mon premier achat a été un micro, pour le placer sur ma guitare espagnole et l’électrifier. C’est alors que j’ai connu un pianiste, Alain Planès, qui est devenu célèbre depuis. Il m’a fait découvrir le classique et le solfège. Et m’a ouvert des horizons grandioses. »
Vers 13-14 ans, Yvon fonde son premier groupe, au sein duquel il joue de la batterie. « Après, je suis passé à la basse, je suis revenu à la guitare et me suis mis au chant. »
Le groupe suivant -Yvon a maintenant 16 ans- se produit dans son village et dans l’école. « Nous avons été remarqués par un gars qui nous a fait jouer les premières parties d’Hallyday. Entre 1970 et 1973, nous avons fait plusieurs concerts avec Monsieur Johnny Hallyday, dont un mémorable au palais d’hiver à Lyon. Il y a eu une bagarre générale et nous, nous étions coincés sur scène ! Nous voyions peu Johnny mais plutôt ses musiciens, en particulier le guitariste Micky Jones, qui a formé Foreigner ensuite, et le batteur Tommy Brown. »
À cette époque, Yvon apprend l’électricité et l’électronique au lycée Branly, à Lyon. Une difficulté se pose à lui : il est dur de continuer parallèlement à aller à l’école et à apprendre la musique, « une grosse passion ». « Ma mère n’était pas tout à fait d’accord pour que je devienne musicien. Elle me voyait trouver du boulot dans ma branche. Quant à mon père, il m’a dit que lorsque j’aurai 18 ans, je pourrais me prendre une porte si je voulais ! Il ne m’a pas freiné. »
Ainsi Yvon peut continuer. Il forme Hotchpotch, avec lequel il gagne en 1973 un tremplin au Golf-Drouot, à Paris. En prime, le groupe enregistre son premier 45 tours : sur la face A, « Prélude » est signé P. Crouzet/Y. Donzel. « To Be Wonder » sur l’autre face est de P. Valade et Y. Donzel (le Y signifie Yves, véritable prénom de celui que tout le monde appelle Yvon). Les tournées suivent jusqu’en 1974, année de dissolution de la formation.
Yvon poursuit son boulot d’instrumentiste tant en studio qu’en concert, derrière Nilda Fernandez, Ganafoul, Factory… « J’ai connu alors le gratin des musiciens parisiens, Higelin, Pierre Billon. J’ai même rencontré Tino Rossi. Je me souviens d’un jour où Tino enregistrait chez Pathé Marconi. Il y avait quatre grands studios et, en dessous, une pièce qui servait de chambre de réverbération. Pendant que Tino Rossi chantait en studio, dans le sous-sol Jannick Top et les musiciens de Magma faisaient les cons, braillaient et leurs voix se répercutaient sur la chanson. L’ingénieur du son ne voulait pas dire à Tino ce qui se passait réellement. »
Parallèlement, Yvon se forme aux métiers de technicien et d’ingénieur du son et, entre 1978 et 1980, ne tourne plus qu’avec Nilda Fernandez. « J’ai arrêté au bout de trois ans. Nilda, lui, a continué et ça s’est bien passé pour lui. Quand tu es un Lyonnais qui monte à Paris pour travailler, le décalage est toujours énorme. J’ai joué avec des musiciens qui étaient des pointures, tels que Bernard Paganotti (NDA : le bassiste de Magma, où il a remplacé Jannick Top, puis de Cabrel, Johnny, Vanessa Paradis, Higelin, Mylène Farmer et de bien d’autres) ou Emmanuel Lacordaire, le batteur de Lavilliers. À côté d’eux, je faisais pâle figure. »
Cette modestie est la marque d’Yvon. Comme la vie parisienne n’est pas son truc (c’est ainsi qu’il le formule), il revient à Lyon et devient formateur en sons à l’AIMRA avant d’être engagé à la MJC Le Cadran, à Vénissieux.
« J’habite Saint-Didier-au-Mont-d’Or et, à l’époque, j’entendais parler des Minguettes. J’ai été surpris en arrivant. J’ai trouvé des gens de tous les bords, typiques des quartiers chauds et en même temps sympas. Tout le monde se côtoyait. J’ai monté un studio au Cadran, en amenant mon matos. J’ai conseillé les jeunes, suivi des groupes à long terme. »
C’est là qu’au début des années quatre-vingt-dix, il rencontre Tonynara, dont le nom vient des premières lettres des prénoms des trois principaux musiciens : Tony au violon et à la flûte, Nass à la guitare et au chant, Rachid à la guitare, au banjo, à la mandoline et au chant. Il y a encore Estelle, qui tient la contrebasse et chante. Non seulement Yvon réalise leurs maquettes et leurs arrangements, mais il compose des musiques et rejoint le groupe sur scène aux percussions, à la guitare et au chant. Quand la demande tombe de les suivre en tournée, Yvon accepte et multiplie les heures : tout en continuant son travail à la MJC, le soir et le week-end il joue avec Tonynara. « Huit cents et quelques concerts en dix ans et cinq albums enregistrés à la MJC. On a arrêté en 2000. Je me suis axé alors sur les résidences de groupes et la direction artistique. Puis, il y a eu la Nuit métisse. Pris dans le tournant du manque d’argent, j’ai donné des cours de guitare, basse batterie pour faire entrer des fonds à la MJC. Quand nous n’avons plus eu de directeur, ça a été le bordel ! La situation a duré six ans avec la pression de se dire qu’on n’allait pas tenir. On était en dehors des clous et on a malgré tout essayé de maintenir tout ça. »
Yvon fait le compte : « J’ai vu passer au moins cinq cents groupes en studio ou en résidence à la MJC, dont les Têtes Raides, Jo Staline, Yasmina, Amélie-les-crayons, Calle Alegria, Soul Message, le frère de Nilda, etc. La Nuit métisse, les Rendez-Vous du Cadran, les guinguettes étaient une bonne formule. Ils reflétaient l’âme de Vénissieux, avec des musiques proches des gens. Zebda a laissé des souvenirs forts. C’était de belles réussites qui ont marqué les esprits. J’ai de la nostalgie de tout arrêter. J’espère que le boulot que j’ai fait aura servi. »
La décision est tombée avant l’été. Faute de moyens, la MJC mettait la clef sous la porte, ses salariés étant repris par la Ville. Et preuve que Yvon a laissé des traces : un jeune groupe de rockers qui ont entre 14 et 16 ans, Trigones Plus, dont notre ami s’est occupé pour le studio, les maquettes et les concerts, a laissé un petit mot sur son facebook en apprenant la fermeture de la MJC.
Un autre à qui le travail d’Yvon a bien servi, c’est son fils Jérôme qui, avec son groupe Les Gourmets, est lui aussi passé par Le Cadran. Yvon évoque également son travail avec les résidants du foyer ADAPEI L’Étape, avec qui il a réalisé une émission de radio, un titre musical et un conte avec des panoramiques de sons enregistrés. « Une bonne expérience humaine. »
À présent, âgé de 59 ans, Yvon voudrait développer un travail plus personnel. Il joue dans le groupe Kenly’s Road avec le prof de guitare de la MJC, pour lequel il compose des titres. « Dernièrement, j’ai réintégré un groupe formé à l’époque, Village, avec Pierre Agostino, Olivier Lataste, Jean-Paul Arnardi. On s’est remis ensemble et je fais des compos, tout en acoustique. Nous avons un panorama d’une quinzaine d’instruments, du oud à la 12 cordes, en passant par le violon, l’accordéon. J’ai aussi composé des chansons en français que j’aimerais mettre sur un CD. Je n’ai jamais pris le temps de le faire et du temps il en faut, il faut être motivé. »

Une pensée sur “Yvon Donzel, Monsieur cent mille sons

  • 29 avril 2021 à 22 h 44 min
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    Merci vonvon…
    Je pense à toi..
    Tu as beaucoup donné..
    beaucoup offert..
    Tu es dans mes tripes..
    Avec toi j’ai APPRIS tous les morceaux de musique qui sont dans ma tête.. Des milliers… Je t’envoie demain une maquette que j’ai retrouvé faite par moi il y a 26 ans. Avec un synthe… Et un magnéto numérique.. J’ai envoyé à la sacem à l’époque… Paroles et musique.. Je voulais faire une musique de film… Je n’ai jamais donné suite… J’ai retrouvé ça… Ce matin… 29 04 21…j’ai passé une après midi sur ce morceau.. Changeant toutes les touches sur 8 pistes de ce synthe.. Pour mettre tous les instruments…4 mesures après 4 mesures pour toujours être synchro dans la continuité.. Que l’on croie que c’était plusieurs musiciens qui jouaient’..tu connais.. Le sequencage audio… J’en fais encore…pour d’autres raisons et pas pour de la musique.. les paroles sont nulles à chier.. J’y connaissais rien en poesie.. Ni en ‘ musique… Mais TU M’ AS DONNE LE GOÛT DE FAIRE CELA… merci vonvon

    Ton pote pierrot… Organiste pianiste de mes. .. . C…. U…. L… S.. Mais qui a vécu avec toi… Et tous les copains… Jean Paul.. .Marc… Pleu.. .. Croûton… Didier… Etc… Que de souvenirs… Merci.. Fais ce que tu veux de cette maquette.. Tu peux sûrement l’améliorer… La rendre potable . .. Digne d’un morceau demusique que les gens aimeraient… .comme je t’aime… .Mon ami… Si cher… J’envoie une copie à Marc.. Au cas où ça se perdrait.. Débrouillez vous…
    Bises… a toi toute ta famille…

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