

A l’appel de la CGT, le piquet de grève s’est tenu devant l’usine de Saint-Fons, mardi 31 mars
La colonne de fumée noire s’élevant depuis le quai Louis-Aulagne à Saint-Fons a dû inquiéter plus d’un automobiliste circulant sur le périph’ et l’A7, ce mardi matin. Pas de panique : il ne s’agissait en aucun cas d’un accident industriel sur l’un des nombreux sites classés Seveso. Juste d’un tas de pneumatiques en combustion près du portail de Kem One (ex-Arkema). Présents depuis 6 heures du matin, quelques salariés du deuxième producteur européen de PVC ont décidé d’installer un piquet de grève pour filtrer l’accès au site industriel.
Inscrit en gros caractères sur le tract d’appel à la grève, l’appel du syndicat CGT Kem One est clair : « Ne soyons pas spectateurs mais acteurs de nos emplois ! » Moins de trois mois après une première mobilisation, plus locale, celle du 31 mars concerne l’ensemble des 1 300 salariés des six sites français. Le fabricant de PVC en emploie 260 dans la Vallée de la Chimie. Fort heureusement, aucun plan social n’est envisagé. « Il s’agit d’un mouvement préventif, rappelle Didier Chaix, délégué syndical CGT. Mieux vaut prendre les devants. »
Car la santé financière de cette usine vieille de 173 ans a de quoi interpeller. Depuis le rachat de l’ex-pôle vinylique d’Arkema par Apollo Global Management fin 2021, sa dette a été multipliée par 70 ! Dans les mains du fonds d’investissement américain, unique propriétaire, elle est passée de 10 à 700 millions d’euros. Les 450 millions d’euros d’obligations de la société, fortement décotées, sont aujourd’hui proches de zéro.
« Comme beaucoup de fonds de pension américains, Apollo a recours au LBO : le rachat par endettement, explique Jérôme Guillemin (secrétaire CGT du CSE), tandis que la sono crache ‘Antisocial’, le célèbre tube de Trust. Depuis l’année dernière, on a eu besoin de deux prêts de 200 et 30 millions d’euros pour continuer à financer l’activité. On paye les intérêts de la dette : environ 40 millions d’euros par an. Dès qu’on vivote un peu comme en ce moment, on vide la trésorerie. Le système n’est pas viable. »
« Indirectement, 10 000 emplois risquent de couler »
Craignant qu’Apollo largue Kem One, la fédération CGT de la Chimie avait adressé le 18 mars une lettre ouverte au président Emmanuel Macron, cosignée avec le syndicat du groupe : « Depuis plusieurs mois, le fonds d’investissement Apollo cherche à se désengager après avoir dégradé la situation financière de Kem One », est-il mentionné. Le 29 janvier, le cas Kem One a été évoqué à l’Assemblée nationale lors d’une réunion de la Commission d’enquête sur la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs.
Pour l’heure, les salariés n’ont pas eu vent d’approches ou de négociations en cours. Toujours est-il que beaucoup espèrent l’arrivée d’un investisseur capable de moderniser l’outil de production, qu’ils jugent dégradé. « On sait qu’Apollo cherche un repreneur, confie Jérôme Guillemin. Mais il faut que ce repreneur comprenne que dans la chimie, tout est très cyclique. Celui qui veut devenir milliardaire en peu de temps n’y arrivera pas avec nous. Une vision à long terme est indispensable. Le ministre de l’industrie a dit qu’il suivait le dossier de très près. Mais ce qu’on veut, ce sont des garanties. Indirectement, 10 000 emplois risquent de couler. On est le plus gros consommateur de la filière est de l’acétylène, qui passe par ces tuyaux. Si on s’arrête, c’est toute une chaîne qui est déséquilibrée. »
Contactée, la direction de Kem One reconnaît des facteurs de sous-performance qu’elle explique par « une baisse du chiffre d’affaires » et « le poids élevé des coûts fixes ». Et rappelle que « depuis 2021, l’entreprise a investi plus de 615 millions d’euros, avec des niveaux d’investissement supérieurs aux moyennes historiques au cours des dernières années. […] Ces investissements de long terme ont été volontairement maintenus malgré des conditions de marché défavorables pour préserver la performance de l’outil de production. » Direction et salariés déplorent en effet une demande en berne, des prix du gaz élevés en Europe et une hausse des importations en provenance de Chine.





































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