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Sports

Préparation mentale : dans la tête des champions

La préparation mentale s’impose comme un pilier de l’entraînement sportif. L’OMS de Vénissieux propose désormais aux clubs un dispositif dédié.

Linda Seddik Khodja et son entraîneur, Rafik Chergui

Linda Seddik Khodja et son entraîneur, Rafik Chergui


«La préparation mentale, c’est un peu tendance, au même titre que les coaches en bien-être, en diététique, en nutrition… Il y a à boire et à manger,
sourit Serge, kinésithérapeute à Vénissieux. Certains promettent des résultats spectaculaires en quelques séances. En réalité, il s’agit d’un travail de longue haleine qui exige rigueur, engagement et professionnalisme. Pour éviter les dérives, mieux vaut s’orienter vers un coach reconnu. »
C’est que devenir préparateur mental ne s’improvise pas. Même si aucun diplôme n’est théoriquement requis, il vaut mieux, dans la pratique, suivre plusieurs années d’études avec au bout du cursus, l’obtention d’un diplôme reconnu par l’État. Certains passent par la filière STAPS complétée par une spécialisation en préparation mentale.
Il y a une trentaine d’années, rares étaient les clubs à y recourir. Sélectionnée en équipe de France en 1990, Mylène Chauvot, aujourd’hui responsable du pôle féminin à Vénissieux FC (football), se souvient d’une équipe où l’accent à l’entraînement était mis presque exclusivement sur le physique. Tarek Bouabdellah, footballeur pro au Red Star en 1994, le reconnaît : son équipe « avait droit, et encore sur de courtes périodes, à des séances de sophrologie. Une approche davantage tournée vers le bien-être global que la performance pure ».
Aujourd’hui encore, dans le sport amateur, la dimension mentale progresse, mais reste sous-estimée. Réduire la préparation mentale à l’élite serait pourtant une erreur. Elle concerne tous ceux qui souhaitent franchir un cap, gagner en confiance. L’Office municipal du sport (OMS) a d’ailleurs fait appel à Cécile Bresse, une préparatrice mentale, pour accompagner les sportifs vénissians qui en expriment le besoin (voir plus bas).

Linda et Kévin l’ont adoptée
Plusieurs sportifs vénissians ont déjà fait appel à ces accompagnateurs de la performance. Ainsi, Linda Seddik Khodja, athlète en boxe française, n’a pas hésité à dépasser le cadre de ses entraînements habituels pour muscler sa psyché.
« Il y a un an, je devais passer de la boxe française en assaut (sans porter les coups, ndlr), aux compétitions en combat prévues quelques mois plus tard. J’ai ressenti comme un blocage, une appréhension, un peu de stress. Rafik Chergui, mon entraîneur, m’a dirigé vers un préparateur mental à Villeurbanne. S’en est suivi un long travail de concentration, d’imagerie mentale et de répétitions gestuelles, qui s’est étalé sur plusieurs mois. » Et le travail va payer. « J’ai été jusqu’en finale du championnat combat élite, la préparation mentale m’a été d’un grand secours, sourit-elle. J’ai appris à mieux contrôler mon stress et à contourner certains obstacles. Je la recommande vivement pour ceux qui veulent franchir un cap. »

Destination confiance
Même démarche pour Kévin Campion, ancien marcheur sélectionné aux JO, spécialiste du 20 km en marche athlétique. Il peinait à dépasser le cap national dans lequel il brillait — 27 podiums nationaux dont 19 titres de champions de France. À l’international, il faisait figure de second rôle : 33e aux championnats du monde à Pékin, en 2015, puis 49e aux JO de Rio de Janeiro l’année suivante.
Ses coaches et son président d’alors, Jean-Louis Perrin, décident d’agir. « Il fallait trouver un moyen de lever quelques blocages, alléger le stress des grands rendez-vous internationaux. On en a discuté entre nous, et le recours à un coach mental s’est imposé. Nous en avons trouvé un, installé quand même à une centaine de kilomètres de son domicile. »
Les résultats suivent, plutôt rapidement. « Je savais que je devais reprendre confiance en moi, convient Kévin. À l’approche des grandes échéances, j’étais gagné par l’anxiété, ce qui pourtant ne m’arrivait pas lors des entraînements ou lors d’événements moindres. Nous avons donc programmé des séances de coaching mental deux fois par mois. Le résultat ne s’est pas fait attendre : assez vite, j’ai eu la certitude d’avoir passé un cap. » En 2017, Kévin progresse : 24e sur 20 km aux Mondiaux de Londres. « L’année suivante, je suis entré dans le Top 10 (9e place) aux championnats d’Europe disputés à Berlin. Un véritable soulagement ! Jusqu’en 2022 et un championnat d’Europe impressionnant à Munich (6e du 20 km en 1 h 20), mes performances s’alignaient sur ce que je réalisais aux entraînements. Signe de l’efficacité de ma préparation, que je n’ai jamais abandonnée. Il m’arrivait même d’être mis en relation, par visioconférence, avec des préparateurs installés à des milliers de kilomètres. » Là encore, le bilan est positif. « La préparation mentale m’a conforté dans l’idée que la tête joue un rôle essentiel. C’est un paramètre qu’il ne faut pas négliger et que j’ai bien fait d’intégrer à ma préparation physique. Les séances souvent très personnelles, restaient confidentielles. Mais leur efficacité ne fait aucun doute.»
La préparation mentale n’est donc ni une mode, ni une solution miracle. Elle ne remplace, ni le travail physique, ni les séances techniques : elle les complète.

Pour Kévin Campion, "l'efficacité de la préparation mentale ne fait aucun doute" - Photo D.R.

Pour Kévin Campion, « l’efficacité de la préparation mentale ne fait aucun doute » – Photo D.R.


Innovation : l’OMS en pointe

L’Office municipal du sport propose désormais à ses structures adhérentes un dispositif de préparation mentale.
Cécile Bresse utilise notamment la dimension ludique pour coacher les jeunes sportifs - Photo Alain Seveyrat

Cécile Bresse utilise notamment la dimension ludique pour coacher les jeunes sportifs – Photo Alain Seveyrat

Depuis un peu plus d’un an, l’Office municipal des sports (OMS) a élargi son offre avec un nouveau dispositif : la préparation mentale, dans une démarche d’amélioration des performances, mais aussi et surtout de prévention. « Lors d’un conseil d’administration avec les clubs, nous avons estimé qu’il était pertinent d’ouvrir de nouvelles actions médico-sportives, dans un but préventif, explique Alix Manier, coordinatrice de l’OMS. Un sondage auprès des clubs sportifs adhérents a été réalisé, et il en est ressorti que la préparation mentale répondait à un besoin. »
L’OMS se rapproche alors de Cécile Bresse, responsable sportive du CMO-V GR, titulaire d’un master STAPS avec option préparation mentale. Après une phase de test menée auprès de clubs volontaires, cinq structures intègrent le dispositif : Vénissieux escrime, Lyon métropole danse sportive de Vénissieux, Sen No Sen Karaté, l’ALVP judo et le Judo club des Minguettes. Désormais, cette offre est ouverte à tous les clubs.
C’est une salariée du centre de médecine du sport de l’OMS, Marie Champagneux, qui gère les rendez-vous entre les clubs ou les athlètes, et Cécile Bresse. Rappelons que l’OMS, grâce à son centre de médecine du sport, offre aux clubs adhérents la possibilité, pour leurs licenciés, d’un suivi médical pris en charge par la commune.

Une préparation avant tout bienveillante
« J’ai proposé des interventions collectives plutôt à destination des sportifs, pour sensibiliser les clubs à la dimension mentale, en laissant la possibilité à des entraîneurs d’assister aux séances, explique Cécile Bresse. Bien entendu, les besoins diffèrent selon qu’il s’agit d’un accompagnement individuel ou collectif. En individuel, chaque sportif a sa problématique. En mode collectif, l’objectif est de renforcer la cohésion de groupe, de créer une bonne dynamique. Attention, une dynamique de groupe ne garantit pas la victoire, mais elle favorise la performance. »
« Je mets en place un cycle de dix séances, détaille l’enseignante. On démarre par une première séance “diagnostic” avec l’exposition de mon programme et l’identification des besoins du sportif. J’ai constaté que certains ne savaient pas trop à quoi s’attendre. Mais les demandes concernant la gestion du stress sont classiques : “J’arrive en compétition, je m’effondre complètement”, “Je n’arrive pas à lâcher prise” ou encore “Je suis nul, l’adversaire est meilleur”… »
Ses outils pour progresser ? Restructuration du discours interne (renforcer la confiance en soi), exercices de respiration dynamisante ou relaxante, entre autres. « On peut passer par des techniques de méditation, mais c’est compliqué chez les jeunes, ajoute-t-elle. En revanche, l’imagerie mentale s’avère souvent efficace. Il s’agit de visualiser mentalement une situation pour préparer le cerveau à la performance. C’est un outil de plus en plus utilisé pour améliorer la confiance en soi : le sportif se retrouve dans un état de détente puis visualise des images de succès passés. »

« Pas d’effets négatifs. »
Et quand on demande à Cécile Bresse — question redondante — si une mauvaise préparation mentale peut créer des traumatismes ou des frustrations, l’enseignante se montre rassurante : « À partir du moment où la préparation mentale est pratiquée dans l’écoute et la bienveillance, que les principes de base sont respectés, il n’y aura pas d’effets négatifs. »
Reste peut-être un point à améliorer pour encore plus d’efficacité. « Pour obtenir de meilleurs résultats, pouvoir travailler encore plus en lien avec les entraîneurs serait enrichissant, fait-elle valoir. Mais c’est parfois difficile à mettre en place, car cela demande du temps et une disponibilité que tout le monde n’a pas forcément. »

Les principaux outils

– Imagerie mentale : se représenter un geste, une action ou une situation afin d’y préparer le cerveau. Utilisée pour automatiser des séquences techniques ou renforcer la confiance.
– Contrôle de la respiration : techniques de respiration lente, rythmée ou dynamisante pour réguler l’activation physiologique : apaiser le stress ou, au contraire, mobiliser l’énergie avant l’effort.
– Routines de performance : enchaînement d’actions ou de pensées avant un geste ou une épreuve. Ces routines favorisent la concentration et la stabilité émotionnelle.
– Fixation d’objectifs : définition d’objectifs précis et maîtrisables (processus plutôt que résultat) afin de soutenir la motivation et le sentiment d’efficacité.
– Discours interne : travail sur les pensées automatiques (« Je vais rater », « Je ne suis pas au niveau ») pour développer un langage interne plus réaliste et plus aidant.
– Attention et focalisation : exercices visant à diriger l’attention sur les informations pertinentes (tâche, sensations, repères) et à limiter les distractions internes ou externes.
– Relaxation et récupération mentale : méthodes de relâchement musculaire ou mental pour favoriser la récupération, le sommeil et la disponibilité psychique.


Béatrice Clavel-Inzirillo : « C’est collectivement que l’on remporte une victoire »

Béatrice Clavel-Inzirillo est maître de conférences en psychologie du développement. Elle défend une vision humaniste de la pratique sportive.

Quelle place accordez-vous à la préparation mentale dans le développement des compétences psychologiques en pratique sportive ?
–  Béatrice Clavel-Inzirillo : La préparation mentale est aujourd’hui très présente dans le sport. Elle améliore la gestion du stress, la confiance en soi, la concentration. En répétant des schémas mentaux, on va entraîner les personnes à gérer, entre autres, le stress ou la performance. Mes travaux s’inscrivent pour leur part dans l’idée que les compétences d’un individu — mentales, sociales ou morales — se construisent dans les situations rencontrées dans la pratique sportive. Je pense notamment à la coopération et aux règles, qui permettront aux intéressés de développer un bien-être, puis des régulations sociales.

Que peut-on vraiment attendre d’une préparation mentale efficace ?
– La compétition demande rigueur, discipline, concentration, et une bonne gestion du stress. L’aspect positif de la préparation mentale, c’est que les joueurs vont bénéficier d’un accompagnement individuel pour apprendre à gérer les situations difficiles en compétition. Là où je suis plus critique, c’est quand la préparation mentale vient masquer des situations qui mettent l’individu en difficulté. On accompagne alors la personne mais, paradoxalement, on continue de la placer dans des situations compliquées.

Et si l’on introduit une dimension collective ?
– Le collectif est une solution, en effet. Aujourd’hui, certains joueurs deviennent en quelque sorte de nouveaux héros. C’est pour eux un poids trop lourd, qui contribue à des déviances. Avec le collectif, l’esprit d’équipe, on atteint une autre dimension. Si, à un moment donné, un membre de l’équipe est défaillant, les autres peuvent prendre le relais. C’est l’idée qu’un joueur est au service des autres et que c’est collectivement qu’on remporte une victoire.

Quel conseil donner à des sportifs qui font face à des échéances importantes ?
– Partager ! La personne est en difficulté quand elle a l’impression de devoir s’appuyer uniquement sur elle-même, et là, c’est le corps qui trinque. Elle doit pouvoir se dire qu’elle n’est pas toute seule, qu’elle est entourée et pourra rebondir en cas d’échec. C’est alors l’appui sur autrui qui permet à la fois de réduire le stress et de motiver le sportif.


Pablo Vavre-Garcia : « Le rôle de l’entraîneur est capital   »

Pour Pablo Vavre-Garcia, choisi comme préparateur mental par la boxeuse Linda Seddik Khodja (voir plus haut), la discipline a pour objectif de « préparer l’esprit à la performance comme on prépare le corps sur le plan physique » et de « permettre à la personne d’atteindre sa meilleure performance ».
Des performances dont l’importance dépend aussi du niveau de stress de l’athlète. « La performance augmente avec le niveau de stress jusqu’à un seuil optimal, explique-t-il. En deçà, l’engagement est insuffisant ; au-delà, la surcharge mentale fait chuter l’efficacité. L’enjeu est d’atteindre une zone optimale que le sportif devra apprendre à identifier et à atteindre. »
Le préparateur doit donc aussi parfois apprendre au sportif à mieux gérer ses émotions. « Il faut pouvoir travailler dessus : les verbaliser, analyser leur impact, apprendre à les canaliser. Il en va de même pour les croyances, négatives ou positives ».
Pablo Vavre-Garcia rappelle par ailleurs que l’entraîneur a un rôle à jouer : «  Il est différent de celui du préparateur, mais capital. Pour développer les compétences mentales de ses sportifs, il doit tenir un discours encourageant, rester dans la bienveillance et travailler sa communication ».


À retenir

La préparation mentale dans le sport :
• Un nombre croissant de sportifs déclarent utiliser des techniques de préparation mentale au cours de leur carrière.
• Les premières demandes en club concernent la gestion du stress en compétition et la confiance en soi.
• Chez les jeunes sportifs, les facteurs mentaux les plus cités sont la peur de l’échec, le regard des autres et la pression du résultat.
• La préparation mentale est aujourd’hui intégrée dans la plupart des filières STAPS et des diplômes d’entraîneur.
• En France, la profession n’est pas réglementée : le niveau de formation et les approches peuvent donc varier.
• Les recommandations scientifiques convergent pour dire que la préparation mentale est plus efficace lorsqu’elle est coordonnée avec l’encadrement sportif.
• Dans les politiques sportives locales, elle est de plus en plus intégrée aux dispositifs de prévention (stress, décrochage, blessures).

Photo Unsplash - Madison Lavern

© Unsplash – Madison Lavern

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L’application de référence pour la respiration contrôlée. Gratuite, sans publicité, elle permet de réguler son stress ou de se dynamiser en quelques minutes grâce à un guide visuel simple.
Petit BamBou (méditation et sport) :
Bien que généraliste, elle propose des programmes spécifiques «Sport». Parfait pour s’initier à la pleine conscience.

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