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Alban Horry, celui qui fait parler les tessons

Après avoir étudié le matériel trouvé au Puisoz au cours d’une fouille archéologique, le céramologue a soutenu à la Sorbonne, le 11 février dernier, une thèse sur les poteries de la région du XVIe siècle au début du XXe, avec une large part consacrée à Vénissieux.

Photo Emmanuel FOUDROT

« Un grand moment ! » lâche Alban Horry quand on lui parle de la thèse de doctorat qu’il vient de soutenir, le 11 février dernier, à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Dans son bureau de l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives), à Bron, l’archéologue spécialiste des céramiques montre les trois épais volumes, 1520 pages en tout, qui constituent sa thèse : Céramiques du quotidien entre Alpes et Auvergne, XVIe-XIXe siècles : pour une interprétation sociale.

Alban Horry résume sa carrière : « J’ai passé un diplôme à l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales) en 1995 mais j’avais commencé l’archéologie dès 1987. J’ai fouillé dans la Drôme, en Haute-Savoie, à Lyon. À l’Inrap, ils avaient besoin de quelqu’un pour travailler sur les céramiques, du Moyen-Âge à la période moderne, et, n’ayant pas de spécialisation, je me suis dit pourquoi pas ? Je n’ai jamais quitté la céramique depuis et on peut dire que je me suis formé sur le tas… de tessons ! »

Alban passe un master 2 à Lyon 2 en 2006 et, tout en travaillant à l’Inrap, reprend ses études en 2015 : « J’avais été sollicité par une enseignante d’archéologie moderne de la Sorbonne et elle m’a donné envie de concrétiser vingt ans de carrière autour de la céramique moderne et contemporaine en faisant une thèse. »

Photo Emmanuel FOUDROT

Boulot phénoménal qu’il exerce les week-ends et pendant ses vacances, avec la participation de l’Inrap qui lui laisse trois mois par an. « Pour la soutenance, j’ai fait une présentation de 25 minutes devant ma directrice de recherches, Florence Journot, et un jury de six personnes d’horizons différents, dont Alain Belmont (ndlr, à qui l’on doit les pages « Histoire » d’Expressions), avec qui je fouille depuis quelques années dans le Vercors. »

En 2015, lors de travaux menés par l’aménageur Leroy Merlin au Puisoz, un dépotoir est découvert et fouillé pendant trois semaines. Pour contrer toute invasion allemande, suite à la guerre de 1870, un système de fortifications a été aménagé à la fin du XIXe siècle. « Tout cela a été abandonné très vite et démoli quand ont commencé les premiers travaux du périphérique, dans les années trente. Le fossé a été comblé par du sable, des graviers majoritairement et, par endroits, par des détritus. Nous avons fouillé une poche de 350 m2 sur quatre mètres de profondeur. Ce n’était pas le dépotoir de la ville de Vénissieux, dont le centre-ville était assez éloigné à l’époque. Nous avons retrouvé essentiellement du mobilier qui appartenait aux intérieurs lyonnais, avec des fragments de vaisselles provenant des nombreuses brasseries : Georges, La Guillotière, du Parc, etc. »

Photo Emmanuel FOUDROT

Dans l’échantillon que fouillent les archéologues, près de 40 000 fragments sont retrouvés. « Ce dépotoir avait un aspect particulier puisqu’il contenait de la céramique, du verre et… des huîtres. Comme si ces déchets avaient été triés. N’oublions pas que les hygiénistes étaient influents, que le préfet Poubelle, à Paris, avait sorti un décret demandant de séparer du reste des ordures la porcelaine, la faïence, la céramique, la verrerie et les huîtres. Le maire de Lyon, Édouard Herriot, avait mis en application ces nouvelles méthodes de tri. Il y eut d’ailleurs une forte réaction contre cela, de la part des chiffonniers et des concierges. »

De l’alcool, « meilleur des biberons », aux restaurants économiques

Avec un mois pour étudier cinquante caisses, Alban Horry étudie, identifie, date et inventorie. « La céramique touche à l’humain et je voulais donner à cette découverte une interprétation sociale. Nous avions de la vaisselle pour le stockage, la table, la consommation de boissons, l’hygiène corporelle, les fleurs… Pouvait-elle nous renseigner sur le statut social de celui qui la possédait ? »

Parmi les curiosités, il cite des bouteilles de Coca Mariani, une décoction de feuilles de coca dans du vin blanc de Bordeaux, vendue comme un médicament, ou d’Élixir gaulois, de la maison Fillion. « On a retrouvé une publicité d’un bébé tenant une bouteille et annonçant que c’est le meilleur des biberons. » Il mentionne encore le japonisme, ce courant de la fin du XIXe siècle qui s’inspire de l’art d’Extrême-Orient : « Dans la fosse, des centaines de vaisselles japonisantes, typiques des appartements bourgeois, étaient souvent fabriquées à Creil-Montereau. Et des assiettes, qui servaient de supports politiques ou patriotiques, étaient décorées de têtes de présidents (Paul Deschanel, Félix Faure) ou à l’effigie de Jeanne d’Arc. »

Photo Emmanuel FOUDROT

Intarissable, il évoque encore les pots de moutarde réutilisables (avec un condiment servi à la pompe), des pyrogènes, ancêtres du briquet et supports publicitaires pour bistrots, un lot de pâtes dentifrice, de nombreuses barbotines colorées (poteries décorées) et des objets en provenance de Suisse, de Turquie, du Maroc et même de la Grèce antique — ceux-là sans doute ramenés de voyage ou achetés chez un brocanteur. Et, enfin, les « restaurants économiques », créés à Grenoble par Alexis de Tocqueville, destinés aux plus pauvres.

« Vénissieux m’a apporté énormément, conclut Alban Horry, et je projette tout ce que je pourrais faire en termes de publications grand public. J’aimerais ainsi en rédiger une qui prendrait en considération tous les aspects du dépotoir du Puisoz. »

2 Commentaires

2 Comments

  1. Ben

    8 avril 2022 à 13 h 17 min

    Amazing work!! Congratulations Alban on your success.

  2. Gachet Annie

    6 avril 2022 à 21 h 02 min

    Intéressant !!
    Synthèse explicite pour une l’
    inexpérimentée que je suis..

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