Assassinées parce que femmes


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Ce samedi 23 novembre 2019 à 14 heures, une marche contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes partira de la place Bellecour. Deux jours plus tard, le gouvernement annoncera une série de propositions concrètes à l’issue du Grenelle des violences conjugales. En attendant, les voix s’élèvent face à l’immobilisme de l’État. Dans une France qui recense 136 féminicides depuis le 1er janvier.

En 2018, le cortège avait rassemblé 5 000 personnes dans les rues de Lyon. « On a l’espoir de mobiliser au moins autant de monde cette année », avance Marion Ghibaudo, chargée de prévention et de formation à l’association Filactions. Rendez-vous est donc donné ce samedi 23 novembre à 14 heures, place Bellecour, pour une manifestation contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes. Une mobilisation point d’orgue de toute une série d’actions menées ces dernières semaines (lire page 13) dans une France où, à l’heure où nous écrivons ces lignes, 136 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint depuis le 1er janvier. Le rassemblement commencera par un happening des femmes en blanc de Filactions qui ne devrait pas manquer de marquer les esprits. « En combinaisons et masques blancs, poursuit Marion Ghibaudo, les silhouettes anonymisées défilent en égrenant le nom de toutes les violences que subissent les femmes. Il y a derrière cette mise en scène l’idée que le collectif est fort et que l’on peut changer les choses. » Le défilé, organisé par le collectif Droits des femmes qui réunit associations féministes et syndicats, s’élancera ensuite à partir de 15 heures pour dire stop à tous types de violences faites aux femmes et dénoncer « le système inégalitaire du patriarcat ».
Cette marche, organisée dans toute la France, se tient à l’avant-veille de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, lundi 25 novembre, date à laquelle le gouvernement doit annoncer une série de propositions concrètes à l’issue du Grenelle des violences conjugales. Fin octobre, une soixantaine de mesures ont été remises à Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’égalité entre les hommes et les femmes, par les groupes de travail qui, depuis le 3 septembre, se sont réunis autour de différentes thématiques (violences intrafamiliales, éducation et prévention, justice, santé, etc.). Protocole d’accueil dans les commissariats, évolution du secret médical, instauration d’un brevet contre la violence dans les écoles, réquisition des armes à feu dès la première plainte, suppression de l’autorité parentale pour les auteurs de féminicide : « Toutes ces propositions me paraissent souhaitables à mettre en œuvre le plus rapidement possible, a déclaré Marlène Schiappa à l’AFP le 29 octobre dernier. Elles sont de nature à changer la donne, et à arriver à un système de tolérance zéro vis-à-vis des violences conjugales, ce qui n’est pas le cas actuellement. »

Du côté des associations, on reste tout de même sceptique. Les militantes du collectif Nous Toutes déplorent « un empilement de mesurettes sans intérêt » : « soit les mesures annoncées existent déjà, soit elles sont en cours de validation, soit elles ne demandent pas de moyens », résume leur représentante dans le Rhône, Anahi Miranda. Même son de cloche du côté de Filactions qui a participé aux ateliers en lien avec la prévention : « 9 heures de réunion avec le groupe de travail à nos frais », précise Marion Ghibaudo. « Nous sommes déçues. Nous n’avons déjà pas assez de moyens, nous n’en aurons pas plus et nous devrons continuer à faire les choses avec trois bouts de ficelle. On est dans l’immobilisme, tout cela ne va pas assez loin. Tout ce qui était innovant a été mis de côté… »

En attendant des résultats tangibles, rappelons qu’en France, 270 000 femmes sont victimes de violences chaque année et une femme est tuée par son compagnon ou ex-compagnon tous les deux jours et demi.

Dossier réalisé par Michèle Feuillet et Perrine Plateau

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