Rémi Checchetto, ouvrier de l’écriture

Il est le dixième écrivain à venir s’installer en résidence à Vénissieux, auprès de l’Espace Pandora. Jusqu’en mai, celui qui tient à ses racines minières va multiplier les ateliers d’écriture, les rencontres et les surprises poétiques.

On imagine bien la scène, racontée par Rémi Checchetto lui-même. L’auteur, qui démarre auprès de l’Espace Pandora une résidence littéraire qui durera jusqu’en mai, va pendant tout ce temps, multiplier les rencontres et les ateliers d’écriture. Témoin son passage à la maternelle du groupe scolaire Pasteur. « J’ai appris aux enfants qu’un mouchoir s’appelait aussi un tire-jus. Et qu’on pouvait désigner autrement les autres, par un nouveau nom, quelque chose qui sorte du commun. » Ainsi, une fillette est-elle devenue « Petite natte de la rue Beethoven ». « C’est unique, comme nom, reprend Rémi. C’est une façon de parler avec l’autre, de ne pas l’étiqueter, le cataloguer. La maîtresse, on pouvait l’appeler : « Chuuuut ! Levez la main ! », ce qui les a fait rire. Mes ateliers, je les crée sur le tas. On les invente ensemble avec les personnes présentes. Pour ma première classe à Vénissieux, il faisait très froid. Je leur ai fait écouter Y’a d’la joie. Puis on a changé les paroles et on a écrit une nouvelle chanson : « Y’a du froid, faut mettre sa parka, gla gla gla », etc. »

Rémi Checchetto a rencontré Thierry Renard, le directeur de l’Espace Pandora, pendant une Semaine de la poésie à Clermont-Ferrand. « Il m’a repéré. Peut-être avait-il lu mes bouquins aussi. On lui a dit que j’étais un jeune dynamique et sportif, apte à faire des animations par ici. »

Rémi a toujours ce petit sourire, comme s’il ne se prenait pas au sérieux. Mais lancez-le sur l’écriture et il devient intarissable. « J’habite Nantes en ce moment mais je suis originaire du bassin minier de Lorraine, et j’en suis fier. L’écriture est arrivée de la lecture. Nous n’avions pas trop de livres à la maison et j’ai une vraie passion pour la lecture. Et, quand on aime, du coup on a envie de faire. Comme le pot au feu. » Alors, c’est logique, Rémi s’est mis aux fourneaux, au propre comme au figuré — car il adore, avoue-t-il, cuisiner. Lire des romans, c’était s’accrocher à l’histoire, bien sûr, mais également à la façon de la raconter. « Je lisais Michel Strogoff et je remarquais l’écriture. J’ai même corrigé des passages de Marcel Pagnol, que je trouvais trop longs ou trop courts. Je bricolais. Je n’ai jamais écrit de journal intime mais de petites poésies. C’était clair que je voulais faire des livres. Mon père, qui a toujours eu un sixième sens, l’a vite détecté et il m’a acheté des bouquins, Tout l’Univers. »

Rémi parle encore avec émotion de cette encyclopédie : « On arrivait à mettre dans un livre le visible — les girafes — et le disparu — les Gaulois. Aujourd’hui, j’aimerais lancer une collection et proposer à des écrivains : écrivez l’univers. »

« La culture coud les gens les uns aux autres »

Toujours à propos de son père, grand militant CGT : « Il était à la mine à 14 ans. Toute sa vie, il a ouvert les livres timidement parce que ce n’était pas pour lui. » Rémi dénonce les dérives d’une politique élitiste : « Il n’y aurait plus qu’un seul livre, qui porte le Verbe, alors que non, il existe plusieurs livres qui portent l’altérité. On n’arrête pas de rétrécir le monde. On essaie de nous appauvrir sans cesse, on formate les esprits. La culture n’est pas le privilège des riches. Elle coud les gens les uns aux autres. Je suis moi-même un ouvrier de l’écriture. »

Et c’est dans cette écriture que Rémi Checchetto se lance, il y a 25 ans. « J’ai commencé par le théâtre, ça a immédiatement marché. » Les titres donnent une indication : Un terrain de vagues, Là où l’âme se déchire un peu mais pas toute, King du ring (inspiré par le boxeur Mohamed Ali), Kong melencholia, L’Homme et cetera, Que moi, Zou, Allez, allez, allez.

« Je cisèle férocement ma plume »

« Les pièces ont été jouées, et superbement jouées, par de grands acteurs. Ce n’est pas difficile de commencer. C’est plus difficile de continuer. De trouver sa voie/voix. J’ai publié une trentaine de bouquins en poésie et théâtre, d’autres ne l’ont pas été. En ce moment, je travaille sur un roman. Je cisèle férocement ma plume, je peux écrire un ou deux alexandrins pour me marrer. Et je voyage beaucoup. »

Ce qui, finalement, le fait relativiser. Il donne pour exemple la poésie. En France, elle est à peine reconnue quand, dans d’autres pays, elle vous rend célèbre. « Quand je vais au Liban, je suis une star… parce que je suis poète. »

Tout s’apprend, l’écriture comme la lecture. Elles sont un rude apprentissage d’autant plus que, comme le souligne Rémi, « à l’école, c’est souvent soporifique ». D’où son intérêt à faire redécouvrir le plaisir de la lecture. « J’étais en première scientifique et j’ai eu une prof qui nous a fait décoller dans la lecture avec Butor, Yourcenar… On en devenait dingues ! Je demeure un gros lecteur et, quand j’ai un livre en tête, je dis toujours à mes copains : faut que tu lises ça ! »

Rémi explique encore : « Je suis quelqu’un dont la langue est sonore. J’écris pour la bouche, pour dire. » D’où sa prédilection pour travailler avec des musiciens, beaucoup avec Louis Sclavis et Titi Robin. « Je fais en ce moment un duo avec Titi, Laissez-moi seul, d’après un de mes livres. Qui vient d’un album de Michel Portal, Dejarme Solo ! Pour la clôture de ma résidence, on jouera Laissez-moi seul le 9 mai à 18 heures, au cinéma Gérard-Philipe. »

Les ateliers

Durant sa résidence, Rémi Checchetto va rencontrer des écoliers (Pasteur, Gabriel-Péri, Parilly), des adolescents et des adultes (centre social Roger-Vailland, Maison de quartier Darnaise, Bizarre !, médiathèque, bibliothèques de quartier, Mission locale, jardin de l’Envol, marché des Minguettes).
Il participe au Magnifique Printemps et sera, le 21 mars à 19h30 à la salle Érik-Satie, pour le spectacle Sur la route du klezmer.
Pour s’inscrire à un atelier : 04 72 50 14 78.

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