Mouloud Akkouche revient à Vénissieux… dans un polar

Mouloud Akkouche

En résidence littéraire auprès de l’Espace Pandora il y a trois ans, Mouloud Akkouche publie chez Court Circuit un roman intitulé « Résidente » et qui se déroule… à Vénissieux. Occasion pour l’auteur de pratiquer une sorte de dédoublement de personnalité et de livrer une double histoire à la première personne. Elle est d’abord racontée par un grand reporter revenu de tout, qui se méfie de la littérature et qui recherche Zailes, la sœur d’un ami, disparue après une résidence littéraire à Vénissieux.

Ce récit est coupé par les pensées de la jeune femme recherchée, retenue de force à Lyon par d’anciens taulards. Occasion pour Mouloud de délivrer tout à la fois son expérience d’animateur d’ateliers d’écriture — lorsque c’est Zailes qui prend la plume — et de prendre de la distance avec son métier. Ainsi, lorsque le journaliste débarque à Vénissieux, il prend soin de donner quelques indications sur les lieux ou les personnes qu’il croise. Pas besoin d’être très clairvoyant pour reconnaître, faisant face à l’hôtel de ville, « une espèce de glaçon géant au milieu d’une esplanade ». À côté du Café Jaurès, il trouve l’Espace Vent des mots et son directeur, qu’il décrit avec beaucoup d’amusement.

Comme dans tout bon roman à clefs, chaque borne placée sur le terrain désigne un lieu ou une personne réelle. Pour se dédouaner de cette rencontre poétique, puisque l’Espace Vent des mots abrite une maison d’édition de poésie, Mouloud ajoute : « Rien à faire : la poésie, ce n’est pas mon truc. » À bon entendeur…

Tout ne doit bien sûr pas être pris au pied de la lettre et Mouloud, ou plutôt le journaliste dont il a fait son héros, feint d’ignorer les bienfaits des lettres. Malgré tout, il jette parfois en pâture au lecteur un nom ou un titre qui prouvent bien que le gars accorde encore tout son crédit à la chose écrite. Car le premier véritable auteur cité, avant Camus et Bouvier, n’est ni à la mode ni même prisé d’un public bobo-intello — ceux que semble redouter le personnage de « Résidente ». Il s’agit de Nikos Kavvadias et de son unique roman, « Le Quart ».

Il y a de l’humour, dans « Résidente », mais aussi une part de tristesse et de désenchantement, celui-là même qui berce « Le Quart ». L’évocation des gens des cités, ces « dindons de la farce d’un monde dont ils n’auront jamais les clefs » est empreinte de beaucoup de tendresse. Et il ne sera pas besoin d’être uniquement Vénissian pour se ruer sur ce polar astucieux car même si quelques détails vous échappent, quelques clins d’œil que seuls reconnaîtront les initiés, on prendra un réel plaisir aux itinéraires du héros qui croisent et recroisent notre quotidien.

« Résidente » de Mouloud Akkouche, Court Circuit. 14 euros.

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