Le PRE, pour s’ouvrir au monde

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En sept ans, plus de 400 jeunes âgés de 2 à 16 ans sont passés par le Programme de réussite éducative de Vénissieux, qui réunit de nombreux partenaires. Ses actions ne sont pas que scolaires, elles touchent aussi à la santé, à l’ouverture culturelle. Et les familles y sont étroitement associées.

Dans les locaux du PRE, boulevard Ambroise-Croizat, ce jeudi matin, le Café des parents est réuni. Sur la table : café, thé, jus d’orange, biscuits. Autour de la table, plusieurs mamans sont assises, certaines venues avec des enfants en bas âge. À leurs côtés, Sarah et Agnès (référentes psychologues), Aurélie (assistante sociale) et Sylvie Rechatin (coordinatrice). Emina, titulaire d’un master de psychologie, est là aussi. Intervenant à domicile, elle sert également d’interprète pour plusieurs mamans arrivant de Turquie qui ne maîtrisent pas le français.

Sylvie lance la réunion. “Actuellement, nous accompagnons dans leur scolarité une trentaine d’enfants. Nous allons nous interroger sur ce que vos enfants et vous-même pensez de cet accompagnement. En tant que parents, y trouvez-vous votre place ? Par ailleurs vous savez que cet accompagnement est limité dans le temps. Quand cette action va s’arrêter, est-ce que cela vous posera un problème?”

Les mamans répondent, très à l’aise. Elles se sentent en confiance et cela se voit. “L’intervenante, c’est comme un membre de ma famille, confie l’une d’elles. Mon fils a changé. Avec elle, tout se passe bien, alors qu’en classe il est toujours puni à cause de son comportement. Dès qu’il y a une évaluation, il a peur. Sa maîtresse me dit qu’il faut lui trouver des centres d’intérêt.”

Depuis qu’Audrey vient à la maison, souligne une autre dame, l’enseignant a constaté un réel changement. Elle est très calme. Et mon fils a très envie de faire les choses par lui-même.” Sarah, la psychologue, intervient : “Selon vous qu’est-ce qui a suscité ce changement ?” “Audrey m’a appris à moins lui mettre la pression, répond la maman. Je ne parlais que de l’école, de travail. Au début, je voulais même rester dans la pièce quand elle le faisait travailler !” Une autre dame : “Mon fils, en CM1, est un passionné de foot. Régulièrement, il oubliait ses affaires de classe mais jamais celles de foot ! Et moi, je le punissais. Comme l’école n’est pas loin, Emina l’a obligé à retourner chercher ses affaires. Depuis, il n’oublie presque plus ses cahiers. Ses notes ont monté. Après les devoirs, on partage en famille un moment de jeu avec l’intervenante, dans une bonne ambiance.”

Bien évidemment, la sortie du PRE est synonyme d’inquiétude pour les mamans présentes : “J’aimerais que vous puissiez le garder dans le dispositif un peu plus longtemps. Je me fais tellement de souci pour l’année prochaine !”, lance l’une des dames. Sylvie Rechatin se fait rassurante : “Chaque dossier sera étudié, ne vous inquiétez pas. Mais j’insiste : le PRE n’est pas une structure où l’on reste.”

Un lien entre la famille, l’école et l’enfant

Si on ne reste pas au PRE, il n’est pas question non plus pour les parents de le saisir directement, précise la coordinatrice. Ce rôle incombe aux professionnels qui, à un moment, peuvent s’interroger sur les difficultés rencontrées par un jeune qu’ils ont en charge ou qu’ils rencontrent. Ils sont enseignant, infirmier, médecin scolaire, psychologue, éducateur sportif, animateur d’un centre social, de loisirs ou d’une Maison de l’enfance… La personne qui repère la difficulté propose aux parents un entretien puis, avec leur accord, une inscription au PRE. L’équipe de soutien va alors examiner la situation de l’enfant et proposer à une commission pluridisciplinaire un projet adapté au problème rencontré.

Différentes options sont possibles : une médiation école-famille avec un accompagnement éducatif à la scolarité, un accompagnement psychologique ou un accompagnement individuel à la maison. Des actions de prévention ou de soins ou encore une orientation vers des activités collectives existantes (culturelles ou périscolaires) peuvent également être envisagées. Une personne référente est chargée d’accompagner le jeune et sa famille. Les parents sont entièrement partie prenante de l’action puisque rien ne se met en place sans leur accord. Quant à la situation de l’enfant, elle est régulièrement évaluée par les professionnels qui, bien entendu, sont tenus au secret.

Pour Véronique Callut, l’adjointe au maire en charge de l’éducation, de l’enfance et de la jeunesse, le PRE a le grand intérêt de permettre de repérer dans les villes et les quartiers en zone urbaine sensible les enfants de 2 à 16 ans qui présentent des difficultés. “Je défends ce programme car c’est un dispositif personnalisé intéressant, qui fait le lien entre la famille, l’école et l’enfant. Je suis en phase avec cette structure, tenue par une équipe de professionnels. Les enfants —car ce sont essentiellement des écoliers d’élémentaire qui intègrent le PRE— n’y restent pas très longtemps : il ne s’agit pas d’un suivi lourd mais de permettre une aide, une orientation. C’est un complément à ce qui existe déjà. J’espère que dans les années qui viennent, les subventions de l’Etat seront maintenues. »

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