Harcèlement à l’école : ils en parlent

Insultes et moqueries en classe et à la récré, harcèlement sur internet… Les violences à répétition entre élèves provoquent de réelles souffrances psychologiques chez les enfants et les adolescents, avec des conséquences parfois dramatiques pouvant aller jusqu’au suicide d’un enfant ou d’un adolescent. Enquête dans les établissements de Vénissieux.
Est-ce parce que les violences répétées et intentionnelles entre élèves ont, dit-on, toujours existé dans les cours de récréation ou à la sortie des classes, que la société a longtemps minimisé les conséquences de ces conduites agressives ? Il est vrai que faire la différence entre un simple problème passager entre deux élèves et un véritable harcèlement n’est pas simple. Mais certains enfants et adolescents sont en réelle souffrance dans leur établissement scolaire. Les statistiques disent même qu’en primaire au moins un élève sur dix est victime de harcèlement. Au collège, ce pourcentage est encore plus important. Les victimes ont une « différence » : poids, couleur des cheveux, timidité, zozotement, bégaiement…
Diffusé en octobre dernier sur France 5, le documentaire « Harcèlement à l’école » a mis en lumière plusieurs tragédies survenues ces dernières années en France : Pauline, 12 ans, victime de harcèlement dès son entrée en 6e, qui s’est suicidée en janvier 2012. Jonathan, 18 ans, qui a tenté de s’immoler par le feu à l’âge de 16 ans, parce qu’il ne supportait plus les moqueries, les insultes et les menaces subies depuis l’école primaire.

« On me traitait de pauvre, de moche, de ringarde »

Françoise, jeune Vénissiane de 22 ans, a été harcelée en 3e. L’élément déclencheur ? “Pour moi, raconte-t-elle, c’était l’habillement. Je ne portais pas de vêtement de marque, mes parents n’avaient pas les moyens de m’en acheter. On me traitait de tous les noms : de pauvre, de moche, de ringarde…. On me disait que je sentais mauvais, que je n’avais pas de chance d’être dans une famille comme la mienne. Jusqu’au jour où je suis allée voir le principal de l’établissement. J’ai tout raconté. J’avais gardé les SMS ainsi que les messages blessants, dégradants sur Facebook : je les lui ai montrés. Mes harceleurs ont été convoqués. Par la suite j’ai eu peur des représailles, mais le fait d’avoir été entendue et considérée comme une victime m’avait donné du courage.
« Mes parents voulaient me faire changer de collège. Moi, je n’ai pas voulu. Et je me suis mise à rendre coup pour coup. Une phrase blessante, des ricanements ? J’en faisais autant. Et puis un jour, j’ai été soutenue par des élèves de ma classe qui, témoins, n’avaient jamais rien fait pour me défendre. Filles et garçons harceleurs se sont lassés car je n’étais plus seule. Ce que je n’arrive toujours pas à comprendre aujourd’hui, c’est pourquoi moi ?”
Le rôle de l’Education nationale est important, on le voit. Pourtant, dans les rencontres que nous avons faites, plusieurs victimes et des parents regrettent de ne pas avoir été entendus. Lucie, maman d’un élève de 6e, le dit clairement : “On n’a rien fait pour prendre la souffrance de mon enfant en compte”.
Et pourtant. Contactés, les principaux d’établissement affirment qu’ils sont très attentifs à leurs élèves, à leur bien-être comme à leur mal-être. Exemple, à Paul-Eluard. “La porte de notre bureau est toujours ouverte », insistent M. Savey, le principal du collège, et M. Simon, son adjoint.

« Quand un élève prend le pouvoir sur un autre, la situation peut évoluer en harcèlement »

« Quand un élève prend le pouvoir sur un autre, poursuit le principal, la situation peut évoluer en harcèlement. Mais la vraie situation de harcèlement sévère est très rare. Et nous nous efforçons de gérer ces conflits avant que la situation ne se dégrade. Pour cela, nous nous appuyons beaucoup sur le secteur « vie scolaire » du collège : conseiller principal d’éducation, assistant d’éducation… Il y a en permanence dans l’établissement un assistant prévention sécurité (APS), qui a été formé au centre académique Michel-Delay. » Des actions sont menées avec et par les enseignants : “Avec l’ONG Bioforce, on a travaillé sur les relations garçons-filles. C’est le travail au quotidien qui fait le climat de l’établissement. On essaie de libérer la parole pour que les élèves se sentent en confiance.”
Idem au collège Aragon : “Nous sommes vigilants, toujours à l’écoute des parents, assure Mme Roux, la principale. Il ne faut pas laisser une situation se dégrader car si on ne réagit pas, le harcèlement va crescendo. »
Ces violences peuvent avoir des conséquences graves en termes de santé : perte de confiance, troubles psychologiques, dépression voire suicide, décrochage scolaire. Des situations dramatiques, contre lesquelles les ministres de l’Education nationale se sont efforcés d’agir depuis quelques années. Luc Chatel avait organisé des assises sur le harcèlement scolaire suivies d’une campagne destinée à « lever le tabou » sur ce phénomène et à « responsabiliser » élèves, parents et personnels de l’Éducation nationale. En novembre 2013, Vincent Peillon a présenté à son tour un plan contre le harcèlement à l’école : installation de 31 référents académiques à l’écoute des victimes et témoins, formés dans les écoles supérieures de l’enseignement et de l’éducation, dessins animés pour sensibiliser les écoliers, fiches à destination des parents et élèves, plan de formation pour les enseignants, guide pour lutter contre la cyberviolence qui ne s’arrête pas aux portes de l’école…
De nombreuses personnalités ont accepté de parrainer cette campagne. Parmi elles, la chanteuse Chimène Badi et le sprinter Christophe Lemaître, qui révélait récemment dans les colonnes du quotidien L’Équipe avoir été le souffre-douleur de son collège. Face à tant de souffrance, il était temps que les pouvoirs publics fassent de la lutte contre le harcèlement scolaire une priorité.

Paroles d’ados en souffrance

Inès
En 5e, la fillette est devenue le souffre-douleur de sa classe.
“Je ne comprends toujours pas comment cela s’est passé. Je suis plutôt à l’aise avec les autres. Mais je crois que ce qui ne leur plaisait pas, c’est que j’étais la première de la classe. A 11 ans et demi, j’étais aussi la plus jeune. Et peut-être la plus timide. Du jour au lendemain, plus personne ne m’adressait la parole mais on m’a traitait de tous les noms. Dès que j’étais dans un couloir, certains ricanaient, m’insultaient. J’ai vécu des semaines terribles. Les récréations, je les passais dans la classe seule ou enfermée dans les toilettes. J’avais perdu toute confiance en moi. »
Les messages sur Facebook sont terrifiants : “On me traitait de pute ou à l’inverse de fille coincée. Chaque soir, je lisais ce qu’on écrivait sur moi. Les filles étaient les pires. »
La jeune fille souffre, mais en silence. “Je n’ai pas voulu en parler à mes parents. J’avais peur qu’ils interviennent et que ce soit pire après. » Un soir, elle en vient à penser que la meilleure solution serait de disparaître. “Le suicide m’a paru être la porte de sortie de cet enfer. Mais j’ai pensé à mes frères, à mes soeurs, à mes parents… ” Elle décide alors de se confier à ses grands-parents. “Un matin, au lieu d’aller à mon collège, je me suis rendue chez eux, au centre de Vénissieux. Ce sont eux qui ont alerté mes parents, qui sont intervenus auprès des enseignants. J’ai quitté l’établissement et suis partie dans un collège de Lyon.”
Inès est aujourd’hui en terminale S dans un lycée de Lyon. « Régulièrement, je croise dans le quartier celles et ceux qui m’ont harcelée. Je ne leur parle jamais. Je suis fière de m’en être sortie grâce à l’aide d’un psychiatre et de ma famille, qui m’ont permis de retrouver un équilibre. A force de tout garder pour moi, j’ai nourri une rage folle. C’est ce qui me fait avancer maintenant. Je rêve de devenir juge ou commissaire de police.”

Théo
Jeune technicien, il témoigne de ce qu’il a vécu en classe de 3e.
C’était il y a des années mais j’ai toujours des difficultés à en parler…
« Tout a commencé par une banale histoire de téléphone portable. Le mien était le plus simple possible. Donc pourri, aux yeux des autres. Quelques jours plus tard, on m’a lancé que j’étais pauvre. Après, les mêmes sont passés à mes cheveux, que je portais longs. Les filles me disaient qu’ils étaient sales, gras… que je sentais mauvais, que mes vêtements étaient ringards. J’avais droit également à des bagarres dans la cour. Quand on allait en sport, on me prenait toujours quelque chose. Mes parents, alertés, ont rencontré le responsable du collège précisant que si rien n’était fait, ils porteraient plainte”.
Ce qui a sauvé Théo ? “Mes copains du foot. Je faisais partie d’une équipe à Vénissieux où tout se passait merveilleusement bien. Mon père, inquiet, a discuté avec mon entraîneur, qui est tombé des nues. Il a raconté ce qui m’arrivait à mes copains footballeurs, qui étaient dans le même collège. Très solidaires, ils ont décidé de me défendre. À la récré ou dans la classe, ils ont résisté avec moi. Dès qu’un ricanait, ils intervenaient. Finalement, les harceleurs se sont lassés, car je n’étais plus seul. Le harcèlement détruit totalement la personne.”

Lucie
Maman d’un élève de 6e.
Le fils de Lucie a changé d’établissement en janvier, mais il est encore trop mal pour parler du « calvaire » qu’il vient de subir. C’est sa maman qui raconte :
“Il a vécu l’enfer dans la cour, dans la classe et même en dehors du collège. Dès qu’arrivait le dimanche soir, il avait mal au ventre. Il partait au collège, deux heures après on nous téléphonait pour qu’on vienne le chercher. On a eu peur du suicide.
« On a dû consulter plusieurs médecins, dont un psychiatre qui exerce en hôpital. J’ai alerté SOS Harcèlement. Un de ses représentants est venu chez nous, a rencontré notre fils. Cela ne pouvait plus durer. Il était devenu taciturne, il pleurait… Le médecin nous a dit qu’il devait changer au plus vite d’établissement. On a l’impression de n’avoir été entendus ni par les enseignants ni par les responsables du collège. C’est terrible, de sentir que son enfant va mal, très mal, que tout peut arriver. Pourquoi les autres élèves s’en sont-ils pris à lui ? On n’en sait rien. On espère que dans son nouveau collège, il va être bien à nouveau. »

10 pensées sur “Harcèlement à l’école : ils en parlent

  • 26 mai 2021 à 9 h 44 min
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    Si tu habites Vénissieux, prends vite contact avec le Point accueil écoute jeunes (PAEJ) : 19, rue Victor-Hugo (au 1er étage), 69200 VÉNISSIEUX, Métro D – Arrêt Gare de Vénissieux – 06.23.97.83.04. Si tu habites dans une autre ville, prends contact avec le même type de structure. Il ne faut pas rester seul dans ces moments-là.

  • 26 mai 2021 à 0 h 37 min
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    je me fait harceler car ma couleur de peau est special ma mere me dit je suis sa pokahontas mes parent divorce ce qui est pire jai pas d’ami je me sens seul jssp je suis en depression ..

  • 17 janvier 2014 à 19 h 50 min
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    Ne reste pas toute seule, Margaux. Va en parler au CPE ou au principal de ton collège, et si tu le peux à tes parents. Tu peux également téléphoner à Stop Harcèlement au 0808 807 010 ou à Net Ecoute au 0800 200 000. Si tu es à Vénissieux, tu peux aussi prendre contact avec le Point Accueil Ecoute Jeunes (PAEJ) au 06 23 97 83 04.
    Défends-toi, le harcèlement est puni par la loi.

  • 17 janvier 2014 à 19 h 50 min
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    Ne reste pas toute seule, Margaux. Va en parler au CPE ou au principal de ton collège, et si tu le peux à tes parents. Tu peux également téléphoner à Stop Harcèlement au 0808 807 010 ou à Net Ecoute au 0800 200 000. Si tu es à Vénissieux, tu peux aussi prendre contact avec le Point Accueil Ecoute Jeunes (PAEJ) au 06 23 97 83 04.
    Défends-toi, le harcèlement est puni par la loi.

  • 17 janvier 2014 à 19 h 50 min
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    Ne reste pas toute seule, Margaux. Va en parler au CPE ou au principal de ton collège, et si tu le peux à tes parents. Tu peux également téléphoner à Stop Harcèlement au 0808 807 010 ou à Net Ecoute au 0800 200 000. Si tu es à Vénissieux, tu peux aussi prendre contact avec le Point Accueil Ecoute Jeunes (PAEJ) au 06 23 97 83 04.
    Défends-toi, le harcèlement est puni par la loi.

  • 17 janvier 2014 à 19 h 50 min
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    Ne reste pas toute seule, Margaux. Va en parler au CPE ou au principal de ton collège, et si tu le peux à tes parents. Tu peux également téléphoner à Stop Harcèlement au 0808 807 010 ou à Net Ecoute au 0800 200 000. Si tu es à Vénissieux, tu peux aussi prendre contact avec le Point Accueil Ecoute Jeunes (PAEJ) au 06 23 97 83 04.
    Défends-toi, le harcèlement est puni par la loi.

  • 17 janvier 2014 à 16 h 57 min
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    j’ai 15 ans et je me fait harceler parce que j’ai coucher a 13 ans et demi .pute,salope suceuse, pouffiace,creve…J4AI DES MOMENT OU JE VEUT EN FINIR mais je me bat encore.SUR internet au college….c’est l’enfer mais je doit vivre avec…

  • 17 janvier 2014 à 16 h 57 min
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    j’ai 15 ans et je me fait harceler parce que j’ai coucher a 13 ans et demi .pute,salope suceuse, pouffiace,creve…J4AI DES MOMENT OU JE VEUT EN FINIR mais je me bat encore.SUR internet au college….c’est l’enfer mais je doit vivre avec…

  • 17 janvier 2014 à 16 h 57 min
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    j’ai 15 ans et je me fait harceler parce que j’ai coucher a 13 ans et demi .pute,salope suceuse, pouffiace,creve…J4AI DES MOMENT OU JE VEUT EN FINIR mais je me bat encore.SUR internet au college….c’est l’enfer mais je doit vivre avec…

  • 17 janvier 2014 à 16 h 57 min
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    j’ai 15 ans et je me fait harceler parce que j’ai coucher a 13 ans et demi .pute,salope suceuse, pouffiace,creve…J4AI DES MOMENT OU JE VEUT EN FINIR mais je me bat encore.SUR internet au college….c’est l’enfer mais je doit vivre avec…

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