Un an après, les chefs d’entreprise font le bilan

Touchées à divers degrés par la crise sanitaire et économique, les entreprises vénissianes ont, globalement, plutôt bien résisté selon le président de l’association des entrepreneurs locaux. Mais leur santé reste fragile. Et l’horizon flou.
« L’année dernière a été difficile, mais on a pu amortir le choc » observe René Thierry, patron de PPI.

« Il y a eu très peu de dépôts de bilan dans la commune », observe Xavier Machoire, président de l’association des entreprises de Vénissieux (AEVE), elle-même membre du groupement ALYSÉE, qui rayonne sur l’ensemble du sud-est lyonnais. Depuis le début de la crise sanitaire, l’association essaie « d’accompagner, de garder le lien, d’avoir des retours« . Une proximité essentielle en ces temps difficiles.
Xavier Machoire a récolté des avis disparates. « Certaines sociétés ont complètement disparu, notamment dans les milieux de la restauration, de l’hôtellerie et de l’aéronautique qui, on le sait, ont beaucoup de mal à s’en sortir. Par contre le secteur de l’automobile a bien résisté. L’industrie, globalement, arrive plutôt bien à s’en sortir. D’autres secteurs fonctionnent même très bien, comme le nettoyage. » Une situation contrastée donc.
Chez PPI (Précis Peinture Industrielle), 2020 aura été un mauvais cru. René Thierry, son dirigeant, déplore une perte de 8 % sur son chiffre d’affaires. « L’année dernière a été difficile, mais on a pu amortir le choc, estime-t-il. Nous n’avons pas été dans le négatif, mais nous n’en avons pas tiré de bénéfice non plus, il a été absorbé par les pertes engendrées, par le manque de contrats. » Une année blanche en quelque sorte. « On a fait la demande pour un prêt garanti par l’État, mais il nous a été refusé au prétexte que nous n’étions pas assez en difficulté. Pourtant il nous arrive souvent d’être à l’étroit pour payer nos fournisseurs. »

Précieux chômage partiel

Malgré les nombreuses difficultés économiques auxquelles font face les entreprises, Xavier Machoire affirme qu’il y a eu, localement, « très peu de licenciements, l’intérim est même reparti à la hausse ». Lui-même chef d’entreprise – il est responsable de Gruau Lyon, carrossier-constructeur de véhicules utilitaires –, il jouait gros en 2020. Son entreprise célébrait en effet son centenaire et sortait tout juste d’un plan de sauvegarde. « On a vécu une crise avant la crise. Le marché automobile ne marchait pas très bien avant le Covid. En fin d’année 2019, on s’est retrouvé en plan de sauvegarde, jusqu’à décembre 2020. Nous n’avons donc pas eu le droit aux prêts garantis par l’État. »
Xavier Machoire a néanmoins pu avoir recours au chômage partiel pour ses 45 employés, pendant près d’un mois. Et aujourd’hui, Gruau se porte mieux. L’entreprise a récemment embauché quatre nouvelles personnes, trois en CDI et une en CDD.
De fait, la mise en place du chômage partiel a été une bouée de sauvetage pour de nombreuses entreprises. À l’image de l’Apave, une société basée au parc d’affaires du Moulin-à-Vent, qui forme les employés à la sécurité au travail et réalise des inspections. Sur les 80 salariés, plus de la moitié n’a plus pu travailler. « On a eu des contrats reportés et une baisse significative des résultats commerciaux, rappelle Luc Charles, chef d’agence. Mais grâce au chômage partiel, à une bonne trésorerie et aux exonérations de charges fiscales, nous avons réussi à passer le cap. »
Malgré quelques ratés ici ou là, le président de l’association des entreprises de Vénissieux le reconnaît, « il y a eu des accompagnements à la carte, une grande souplesse de la part de l’État et des collectivités qui a permis de colmater toutes les brèches. Sans ces aides, ça aurait été la catastrophe ».

Un pari sur l’avenir

Dans certaines entreprises, cette crise sanitaire aura paradoxalement permis de mieux préparer l’avenir. « À cause de notre inactivité pendant un an, aux reports des contrats, on en a profité pour aller à fond dans le numérique, indique ainsi le chef d’agence de l’Apave. Nous avons renouvelé toutes nos formations. On a beaucoup misé sur la création de modules à réaliser à distance et en visio. Nous avons aussi lancé des formations en réalité virtuelles.  Désormais, on mise sur une croissance externe et de nouveaux enjeux. » Chez Gruau aussi, la donne a changé. Xavier Machoire a revu tout son business plan : « Il faut être flexible. Avant, on avait des projets sur deux, trois ans, aujourd’hui au maximum on peut avoir trois mois d’avance. »

L’horizon économique reste flou en effet. Ainsi, chez PPI, on voit de nouveau surgir depuis quelques semaines l’inquiétude des clients : « Ils ne savent pas s’ils doivent investir ou pas, donc on recommence à avoir une baisse des demandes, certains contrats n’arrivent pas« , se désole René Thierry. Qui se force toutefois à rester optimiste : « Ça va redémarrer, ça peut arriver du jour au lendemain. Je suis dans ce métier depuis une dizaine d’années, il y a toujours eu des périodes de haut et de bas. »

Pour Xavier Machoire, au-delà des aléas conjoncturels, le plus important reste la santé des salariés et des chefs d’entreprise, après un an d’une crise sanitaire éreintante sur le plan psychologique. »Ils sont sous-tension, s’inquiète-t-il. Il ne faut pas s’isoler, il faut s’écouter et grandir ensemble. Il faut qu’on s’en sorte de cette crise, mais qu’on le fasse ensemble.« 

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