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Abdallah, réfugié franco-palestinien : loin de Gaza en guerre

Arrivant de Gaza, Abdallah prend des cours de français à Vénissieux. Nous l’avons rencontré grâce à deux Vénissianes, l’élue Sophia Brikh et l’ostéopathe Sarra, qui traduisait de l’arabe au français.

Sophia Brikh, Abdallah et Sarra

Ingénieur en communication et électronique, avec une formation en informatique UX/UI, le Abdallah est réfugié dans la région lyonnaise. Son seul souci est de parvenir à réunir sa famille. Il a gentiment accepté de répondre à quelques questions.

Le rapatriement – « Je suis né en France mais n’y ai jamais vécu. Mes parents sont retournés à Gaza peu après. Au bout du premier mois de guerre, le consulat français a évacué ses ressortissants. Comme j’avais la nationalité française, j’ai pu être rapatrié. J’ai entamé les démarches pour le regroupement familial et j’ai réussi à faire venir en France ma maman et trois de mes sœurs. Une autre sœur et mon papa ont dû rester au pays car la France a refusé leur passage. Nous avons monté une cagnotte pour que la sœur qui restait à Gaza puisse être évacuée en Égypte. Elle était enceinte de jumeaux et l’un de ses enfants était décédé dans son ventre. Elle a finalement accouché à Gaza. Un business s’est créé qui demande à ceux qui désirent fuir 5 000 dollars par personne pour juste franchir le check point de la frontière. Ensuite, les gens sont abandonnés de l’autre côté de Rafah, dans le désert égyptien. Pour ma sœur et son mari, les passeurs demandaient 10 000 dollars plus 2 500 pour le bébé. Ils ont réussi à passer pour 10 000 dollars. Nous avons envoyé la cagnotte en urgence. Pouvoir franchir la frontière pour seulement 10 000 dollars a été un miracle. S’il avait fallu débourser 2 500 dollars de plus, ce n’était pas possible. »

La vie à Gaza – « J’ai vécu le premier mois de la guerre. Mais, déjà, avant cette guerre, la vie à Gaza était très compliquée. Il n’y avait pas de travail, pas d’électricité, pas d’accès facile à la santé. Et aucune possibilité de dire quoi que ce soit avec le pouvoir en place. C’est comme ça ! Il n’était pas non plus possible de voyager. Quand on essayait d’aller en Égypte, nous devions subir des fouilles au corps et des fouilles de nos sacs, qui pouvaient aller jusqu’à 12 à la suite. Du côté israélien, c’était les différents check points. Là, on vous place tous bien en rang, comme des animaux. »

Gaza est-elle aujourd’hui complètement détruite ? – « Il n’y a plus que 10 à 20% maximum des structures où les gens peuvent tenir. Pas vivre, juste tenir ! Il n’existe plus de structures administratives, de santé, plus d’eau potable. »

Des nouvelles du papa, resté à Gaza ? – « Je communique avec lui grâce à Internet, quand il y a encore de la connexion. De Gaza City, quand on va vers le nord, il n’existe plus de connexion. Au sud, il y a des coupures. Quand Israël repère des communications, l’armée bombarde pour les couper, pour qu’il n’y ait plus de communication entre Palestiniens ni avec le monde extérieur. »

La reconnaissance d’un État palestinien – « La majorité des Palestiniens pensent que la solution viendrait d’une troisième voie qui ne serait ni l’autorité palestinienne ni le Hamas, un troisième parti qui serait élu par le peuple. Mais, aujourd’hui, avec la guerre, la seule préoccupation des Gazaouis est de survivre avant tout. Trouver comment manger, boire et mettre à l’abri ses proches. »

Avez-vous envie de rester en France ? – « La guerre a tout détruit. Il n’y a aucun avenir à Gaza. Même si la ville est reconstruite, je n’ai pas envie d’y retourner. À cause de la politique interne et des guerres car, tous les ans, nous sommes bombardés, parfois juste sur deux ou trois jours. Là-bas, on ne se sent pas des êtres humains. Quand on a la chance de pouvoir passer en Égypte, on voit ce pays comme un paradis, malgré sa pauvreté. À Gaza, même si vous pouvez construire une maison, elle risque d’être détruite en une seconde. Je vous le demande, quel avenir là-bas ? Même avant la guerre, beaucoup de personnes voulaient partir. Tous les mois, des jeunes essayaient de quitter le pays illégalement. Beaucoup ont trouvé la mort en Turquie ou en Grèce. Même s’ils savent qu’il existe 90% de mourir, ils préfèrent tenter les 10% plutôt que rester vivre à Gaza. »

Des envies ? – « Tout ce que je veux, c’est survivre et sortir de cette guerre. Je n’ai aucun recul pour analyser. Je suis juste dans le stress. »

Vénissieux-Jenine : vingt ans de solidarité

Président de Vénissieux-Jenine jusqu’en 2023, Abdelhak Fadly revient sur cette association d’aide aux Palestiniens.

Le maire de Jenine, Walid Abou Mweiss (au centre), en 2015 avec Michèle Picard (Photo DRC Ville de Vénissieux – Yves Ricard)

Alors que la question palestinienne est tragiquement revenue sur le devant de la scène, rappelons qu’une association, Vénissieux-Jenine, est née en 2002.« Il convient de rendre hommage à Blandine Chagnard, qui fut la fondatrice de l’association, se souvient Abdelhak Fadly, ancien élu vénissian. C’était une grande militante, morte tragiquement dans un accident en 2013. Je l’ai remplacée à la présidence de l’association jusqu’en 2023. Vénissieux Jenine fut créée pour aider les habitants de cette ville cisjordanienne puis nous avons ciblé les enfants victimes des violences de la guerre. L’élan de solidarité a bien fonctionné, comme lorsque nous avons parrainé le voyage de Ghadir en 2003 pour qu’elle puisse être opérée des yeux. Nous organisions des couscous solidaires pour financer. Nous achetions aussi des cartables et du matériel scolaire. »

Abdelhak Fadly garde en mémoire le voyage en Cisjordanie, effectué deux ans avant la mort de Blandine. « Nous avons pris contact avec la mairie de Jenine, sommes allés à Naplouse, à Ramallah… Un Palestinien de Saint-Étienne, Amjad Rattrout, nous facilitait les contacts. »

Il rappelle également la délégation palestinienne, menée par le maire de Jenine, venue à Vénissieux en 2015.

Quand Abdelhak Fadly a quitté la présidence de Vénissieux-Jenine, l’adjoint vénissian Pierre-Alain Millet a conservé, comme le souligne Abdelhak Fadly, « la flamme de l’association », avant qu’Afsia M’hamedi ne le remplace. Ainsi, en décembre 2023, fut organisée une grande soirée en hommage au poète Mahmoud Darwich dans une salle Joliot-Curie bondée, en partenariat avec le collectif Palestine 69 et avec le soutien de Sophia Brikh, elle-même élue à Vénissieux.

« L’association milite pour une paix juste et durable entre les deux états, reprend Abdelhak Fadly, pour la reconnaissance de la Palestine — sans demander pour autant la disparition d’Israël — et pour un cessez-le-feu immédiat. »

Ce même mois de décembre, le conseil municipal de Vénissieux a voté une subvention de 30 000 euros en soutien aux « civils, femmes, enfants, personnes âgées ou blessés pris sous un déluge de feu ».

Un peu partout dans le pays et dans le monde, de nombreuses personnes s’engagent aujourd’hui pour l’arrêt des combats sans que, malheureusement, la situation n’évolue sur le terrain. Sinon qu’elle continue à aller vers le pire, inscrivant de plus en plus de morts au compteur de cette guerre.

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