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Arts participatifs : jusqu’au bout de leurs rêves

Grâce à de nombreux partenariats, les talents de demain s’expriment dès aujourd’hui. Avec l’idée de créer aussi de meilleurs spectateurs et, donc, de meilleurs citoyens.

© Emmanuel FOUDROT

Une pièce de théâtre avec les enfants de la Division-Leclerc, des spectacles avec ceux des centres sociaux des Minguettes et de l’EPJ Charréard, un documentaire avec les jeunes de Monmousseau, une comédie musicale et une chanson écrite spécialement par Jean-Jacques Goldman pour les élèves de Louis-Pergaud, des courts-métrages réalisés par les lycéens de Marcel-Sembat, des classes venant montrer leur travail sur la scène du théâtre à l’occasion de La Fourmilière… Grâce à de nombreux partenariats, les talents de demain s’expriment dès aujourd’hui. Avec l’idée de créer aussi de meilleurs spectateurs et, donc, de meilleurs citoyens.

L’ouverture des Rencontres des arts participatifs, initiative de Géraldine Bénichou portée par le Théâtre du Grabuge et le CCO de Villeurbanne, s’est déroulée le 21 mai dernier à la salle Érik-Satie. Slimane Bounia et la compagnie vénissiane Traction Avant avaient imaginé un plateau TV sur lequel furent présentés plusieurs projets : La Coloc Bric Broc par la compagnie Lunée l’Ôtre et les enfants de la Division-Leclerc, Les Enchantements avec le collectif STP, les jeunes de l’EPJ Charréard et l’association Asca, Trames avec Arrangement provisoire, l’Espace Pandora et Anepa Tremplin, les Scènes appartagées avec les centres sociaux des Minguettes et la compagnie Lunée l’Ôtre et Nos pas dans Monmousseau, documentaire réalisé par Traction avant avec les jeunes du quartier, en partenariat avec La Sauvegarde 69. Le tout en présence de la sous-préfète Salwa Philibert, de l’élue vénissiane aux conseils de quartier Souad Ouasmi et d’Abdelkrim Bakli, directeur du service Prévention spécialisée de La Sauvegarde 69.

Présenté par Géraldine Bénichou comme “un grand événement artistique citoyen“, le festival insista d’abord sur plusieurs expériences menées dans les quartiers. À commencer par les enfants de la Division-Leclerc qui, aux côtés de Camille Varenne et Malvina Migné (compagnie Lunée l’Ôtre) vinrent expliquer devant la caméra ce qu’était cette Coloc Bric Broc. “On a fait de la peinture, de l’écriture, du dessin et du théâtre.” Et lorsque Géraldine leur demande si l’expérience leur a plu, c’est un grand “Ouuuuui” unanime qu’elle obtient comme réponse. “J’aime bien faire du théâtre, reprend une petite fille, parce que je suis concentrée.” Malvina annonce que trois stages démarreront à partir du 20 juillet dans le parc des Minguettes.

La deuxième expérience présentée fut menée avec l’EPJ Charréard par le collectif STP autour d’un texte de Clémence Attar, Les Enchantements. Après deux semaines de stage, une représentation a eu lieu le 26 avril à la Halle à grains. “Ça parle de l’été et de jeunes qui s’ennuient, résume l’un des jeunes interprètes. Ils installent une piscine dans un appartement inoccupé. »

Une artiste de STP explique que “la langue argotique est importante dans le texte et ils ont passé deux semaines pour s’en emparer, écrivant eux-mêmes“.

Emancipation et découverte

Le troisième projet, Trames, concerne des adultes de toute la métropole qui ont fait escale à Vénissieux auprès de l’Espace Pandora et qui montreront leur travail, un tissage monumental, le 4 juillet au fort de Feyzin. Le quatrième est le fruit d’un partenariat entre Les Scènes appartagées et les centres sociaux des Minguettes. Le comédien Matthias Distefano indique qu’il s’agit de “dire et lire le théâtre en famille, avec Camille et Malvina, de Lunée l’Ôtre, qui accompagnent ce dispositif original“.

Il poursuit : “Nous partons souvent du dessin pour faire ensuite découvrir aux enfants des textes contemporains d’auteurs toujours vivants. Nous les orientons vers des histoires qui leur correspondent.

Naïma Bendjeddou (centres sociaux des Minguettes) renchérit : “Les enfants ont entre 7 et 11 ans et le théâtre est un super outil pour les amener à s’exprimer et à participer au groupe. La représentation aura lieu à Eugénie-Cotton le 5 juin à 15 heures.

La projection du documentaire sur Monmousseau enthousiasma la salle, au point que Marc Bonnet, président de La Sauvegarde 69, en a espéré une large diffusion. Au terme de plusieurs tables rondes avec des partenaires (État, bailleurs, équipes artistiques), Salwa Philibert conclut : “Il est important de créer du lien et de permettre à la culture d’infuser dans nos quartiers. Elle permet de s’émanciper et de se découvrir, de permettre à ces jeunes de s’exprimer et d’incarner la France. Ce pays se construira avec vous et grâce à vous.” Quant à Abdelkrim Bakli, il exhorta les participants à tous ces projets : “Personne ne le fera à votre place, allez au bout de votre rêve !


École Louis-Pergaud : une petite troupe de résistants

Goldman qui écrit une chanson pour des écoliers vénissians : l’info a fait le buzz récemment. Mais le projet, suivi depuis le début par Expressions, est bien plus ancien.

Capture d’écran de l’émission “Quotidien” (TMC) du 22 mai 2024

Le Progrès, Le Figaro, BFM, Le Parisien, la matinale de Bruce Toussaint sur TF1, radio Scoop, Le Quotidien sur TMC, C à vous sur France 5, Apolline de Malherbe sur RMC… L’emballement médiatique pour le projet mené à l’école Louis-Pergaud par l’enseignante Nadia Bachmar a atteint des sommets. Sauf que ledit projet, dont Expressions s’est fait plusieurs fois l’écho, remonte à plusieurs années en arrière et que journaux et chaînes de télé ont été attirés par le nom qui gravite autour : celui de Jean-Jacques Goldman qui a écrit une chanson pour les petits Vénissians.

« Je l’avais contacté, puis il y a eu le Covid, je l’ai finalement rencontré à Lyon en octobre 2022», rappelle-t-elle. Goldman écrit donc une chanson pour les enfants, qu’ils enregistrent dans le studio de Michael Jones — l’ancien guitariste du chanteur avait participé au spectacle de Louis-Pergaud au Théâtre de Vénissieux en 2021 —, et l’accompagne en posant sa voix sur la lettre de Missak Manouchian.

Les écoliers ont grandi et sont aujourd’hui au collège mais la plupart sont restés fidèles au projet et le poursuivent. C’est ainsi que Divine et Adem étaient sur le plateau de Yann Barthès le 22 mai. « Onze enfants continuent à être là, précise Nadia, dont tous les garçons, ce qui fait mentir les pronostics. Ils sont ma petite troupe de résistants ! Ils sont là et répondent présents les dimanches et jours fériés, les parents aussi qui nous font confiance. Je voudrais également parler de tous ceux qui nous ont accompagnés tout au long du projet car je ne suis bien sûr pas la seule à porter un truc pareil ! »

Personne ne tient d’ailleurs à en rester là et surtout pas l’enseignante. Elle attend la confirmation pour aller jouer le spectacle en Allemagne. « Une collègue d’Athènes, avec qui je suis en lien, est super emballée et on doit se recontacter avec une autre, à New York. Le but est que nos élèves se rencontrent. J’aimerais également pouvoir rejouer le spectacle au Théâtre de Vénissieux en 2025. »

Jean-Jacques Goldman suit bien sûr la médiatisation récente du projet vénissian. Pour lui comme pour Nadia, le plus important est de donner la parole aux enfants. « Il m’a demandé de leur dire que nous étions tous deux enfants d’immigrés amoureux de l’école de la République. Et que toute cette énergie et cette bonne volonté étaient positives. Elles pourront servir à d’autres écoles et d’autres lieux. »

Sembat fait son cinéma

Se mettre dans la peau d’un acteur, d’un réalisateur ou encore d’un cadreur, c’est l’opportunité qui a été donnée à des élèves du lycée Marcel-Sembat en réalisant leur propre court-métrage. Ce projet a été initié par l’association étudiante Astuce de l’école de commerce EMLyon, avec l’aide de l’école de cinéma lyonnaise Cinécréatis. Depuis 2009, un lycée est sélectionné pour réaliser un court-métrage qui est ensuite diffusé au festival Certains l’aiment court (Clac), organisé par le Bureau des Arts de l’école de commerce lyonnaise.

Les lycéens ont donc créé le film4 minutes: «C’est une boucle temporelle, un garçon essaie d’obtenir le numéro de téléphone d’une fille et il a quatre minutes pour le faire. Chaque fois qu’il échoue, il revient en arrière et il doit recommencer. On a eu la liberté de faire ce qu’on voulait et ça, c’était super», explique Billy, réalisateur. Kiden, acteur principal, complète : «On a voulu montrer l’importance d’un choix dans la vie.»

Accompagnés par les jeunes de Cinécréatis et d’Astuce pendant le tournage, les élèves ont réalisé l’ensemble du mini-film en seulement une journée. Un exercice complexe dont la principale difficulté a été la maîtrise du temps : «Il nous a fallu un petit temps d’adaptation, mais après ça allait un peu plus vite», souvient Zinédine, co-réalisateur, ingénieur son et acteur. Et tous les dialogues ont été improvisés : « Au début on était un peu mal à l’aise avec les caméras, puis on les oublie et on est dans notre monde», détaille Aya, actrice principale.

4 minutes a ensuite été projeté, hors compétition, au festival Clac où il a conquis le public. Un prix lui a même été décerné. «C’est une expérience très enrichissante, témoigne Kiden. On a pu échanger avec des réalisateurs et acteurs. Ils nous ont tous félicités et ils nous ont dit qu’on avait du potentiel, ça nous a vraiment fait plaisir.»


Un livre qui délivre

C’est l’histoire d’un survivant, le périple d’un jeune garçon nommé Mamadou Sow qui, en 2015, alors qu’il a seulement 15 ans, décide de quitter son village natal en Guinée pour venir en Europe afin de trouver des médicaments pour son père, atteint d’un cancer. Après avoir été confronté aux pires obstacles, il arrive enfin en France après plus d’un an de voyage. Au total, il a parcouru plus de 10 000 kilomètres en passant par la Guinée, le Mali, l’Algérie, la Libye et l’Italie. En 2019, il fait la connaissance d’Azouz Begag. À l’écoute de l’histoire de Mamadou Sow, l’écrivain, économiste, sociologue et ancien ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances, lui propose d’écrire un livre qui retrace son parcours.

Ensemble, ils publient Né pour partir – Récit de Mamadou, migrant mineur de Guinée, un livre paru en septembre dernier aux éditions Milan. « Je suis un écrivain et Mamadou est un conteur. Un livre, ça délivre : il faut faire passer l’émotion du cœur au stylo, déverser tous ses problèmes, car quand on écrit, c’est comme être un oiseau, on s’envole », illustre Azouz Begag.

Fin mai, les deux hommes sont venus présenter leur ouvrage au collège Paul-Éluard à des jeunes d’une Unité pédagogique pour élèves allophones arrivants (UP2A). Une rencontre touchante pour ces élèves, puisque certains d’entre eux venaient eux aussi de Guinée et avaient parcouru les mêmes chemins que Mamadou.

Tout au long de la matinée, tous ont échangé dans de nombreuses langues : en français, en portugais, en arabe ou bien dans des dialectes guinéens. Les élèves ont pu poser de nombreuses questions sur le périple du Guinéen. « J’ai quitté mon village en novembre 2015, c’était un jeudi, se souvient Mamadou Sow. Pour nous, le jeudi est un “bon jour”, on ne croise pas le mauvais œil.  » Le jeune homme est aujourd’hui sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF).Il a essayé de faire appel, mais ses démarches n’ont pas abouti. Mamadou Sow n’a pour autant pas baissé les bras. Il continue de se battre et espère qu’un jour il pourra obtenir ses papiers.


L’imaginaire et le plaisir des mots

© Emmanuel FOUDROT

Du 23 au 28 mai, le Théâtre de Vénissieux accueillait les restitutions des travaux menés dans les classes par différents intervenants artistiques. « Un travail d’écriture et d’oralité, précisait Hélène Béranger (chargée des relations avec les publics à La Machinerie, dont dépend le théâtre), mais aussi d’attention aux autres. »
C’est ainsi que, le 23 mai, on put voir les élèves de classes de CP des écoles Henri-Wallon et Jules-Guesde jouer des histoires écrites avec la conteuse Françoise Barret. « Nous avons eu cinq séances d’une heure et demie par classe, expliquait celle-ci. Les enfants ont travaillé uniquement à l’oral sur l’imaginaire et la mémorisation, sur le plaisir des mots et le fait de raconter. Eux et leurs institutrices étaient très investis. Ils ont entièrement inventé leurs histoires ! Chacun a amené un petit bout, comme des pièces de puzzle qu’ils ont ensuite réunies.»
Le 24 mai s’est déroulé un partage entre l’EHPAD La Maison du Tulipier, la compagnie Transports en commun et l’école de Parilly. Le 28, c’était au tour des écoles Léo-Lagrange et Gabriel Péri pour du théâtre et de la danse. Et, le 28, les collégiens de Balzac conclurent avec du théâtre et une chorale.
« L’enjeu, poursuit Hélène Béranger, est le parcours du spectateur. Les élèves ont appris à voir un spectacle mais aussi à pratiquer la scène et à apprendre à se montrer et à parler en public. C’est un travail d’écoute et de regard. Cette politique culturelle menée par La Machinerie est soutenue par la Ville, l’Etat (via la Drac) et l’Éducation nationale. »

1 Commentaire

1 Commentaire

  1. Dominique GEORGE

    9 juin 2024 à 22 h 55 min

    Superbe travail qui donne vie à une population trop souvent dénigrée. Merci à toutes celles et ceux qui se sont engagés dans cette aventure.

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