Zine Bakhouche : l’imagination au pouvoir

Après deux ouvrages d’urbanisme et trois romans déjà publiés, un quatrième livre du Vénissian Zine Bakhouche, La Dernière Audience, vient d’être édité en Algérie. Rencontre.

« J’étais en vacances à Alger chez mon frère, raconte Zine Bakhouche, quand j’ai entendu parler d’une juge qui faisait sa loi. Elle était corrompue et il courait sur elle des histoires terribles. »

Il n’en faut pas plus pour qu’un récit prenne naissance dans l’esprit de Zine. « Un jour, poursuit-il, la juge oublie un dossier dans son bureau et demande à son chauffeur de le récupérer. Or, celui-ci est malhonnête. Ce départ me suffit pour déclencher un sujet qui court sur 208 pages. »

Natif des Aurès, Zine Bakhouche a commencé sa vie en gardant des troupeaux, s’est ensuite tourné vers des études de géographie urbaine. Après un doctorat en urbanisme obtenu à Aix-en-Provence, il enseigne à l’école d’architecture de Biskra une douzaine d’années puis vient s’installer à Vénissieux en 2012. Deux ans plus tard, il publie L’Enfant des Aurès, récit autobiographique, et prend sa retraite en 2015. « Elle m’a donné le temps d’écrire à mon rythme, quand je voulais : le soir, le matin. »

Ce qu’on peut mettre également en avant, c’est l’imagination dont Zine Bakhouche fait preuve. « Après mon deuxième livre, j’ai demandé à ma mère pourquoi j’étais le seul écrivain de la famille. Elle m’a raconté que petit, j’aimais rester seul. Je m’étais construit un monde de rêves et d’imagination. J’avais même donné des prénoms à chacune des chèvres que je gardais. Je ne suis pas façonné par l’argent, le statut, le diplôme. Je suis davantage fasciné par l’art. »

Après L’Enfant des Aurès en 2014 aux éditions Baudelaire et en 2015 au Montagnard, à Alger, sortent De là, on voit Alger, publié en France en 2015 — un groupe symboliquement composé d’un affairiste, d’un militaire, d’un politicien corrompu est piégé dans le désert —, et Double jeu, sorti en 2018 aux Éditions Saint-Honoré et l’année suivante aux éditions Adlis à Batna — une jumelle sourde-muette se fait remplacer par sa sœur bien portante qui découvre des machinations. Et c’est encore chez Adlis que paraît cette Dernière Audience.

Pourtant, réfléchit l’auteur, « je ne me considère pas encore comme un écrivain. Je sens plutôt chez moi une aptitude à écrire. C’est comme lorsqu’on obtient le permis de conduire. On a l’autorisation de prendre le volant mais l’on garde de l’appréhension ».

Piéger le lecteur

Zine Bakhouche, qui sait constamment ménager des surprises à ses lecteurs, avoue lui-même être parfois étonné des virages que prend son histoire. « Alors que j’ai réfléchi toute la journée, une idée survient à minuit et je me dis : pourquoi pas ? Le lecteur sera piégé et j’aime beaucoup les rebondissements. C’est vrai que cela me travaille des jours entiers. Je le dois peut-être à ma formation d’urbaniste. Comme on construit les bases d’un bâtiment, j’écris les événements, je les accompagne avec les caractères de mes différents personnages. J’ai toujours en cela suivi les conseils de Bernard Werber : si le lecteur devine l’histoire, c’est que le roman est mauvais. J’aime toujours prendre le contrepied. Et je veux éviter qu’un lecteur s’ennuie, c’est pourquoi je cherche toujours à relancer sa curiosité. »

Il reprend : « La Dernière Audience est sorti en Algérie depuis juillet et, malgré la période difficile du confinement, j’en ai déjà vendu 120 exemplaires. En plus, j’en offre beaucoup, ce que me reproche parfois mon éditeur. » Car, pour lui, il est plus important d’être lu que de gagner de l’argent. Même si éditer un livre à compte d’auteur coûte cher.

Il avoue être fasciné par ces écrivains qui jouent avec les mots. Les noms qu’il cite vont de Philippe Bouvard (« qui n’a pas le bac », précise-t-il) à Jean d’Ormesson, « qui était un académicien ». « Ce qui les lie, ces deux-là, c’est qu’ils savent raconter une histoire, ils possèdent l’art d’écrire. C’est comme Raymond Devos qui, lui aussi, maniait les mots à la perfection. Ils ont marqué les générations. Pour ma part, loin de vouloir me comparer à eux, j’écris du premier jet. Je ne cherche pas les mots difficiles qui impressionnent. Mon style est presque journalistique, je me contente de raconter. »

Zine écrit en français et une traductrice, qui a lu La Dernière Audience, lui a proposé de transposer l’ouvrage en arabe. Lui-même lit et écrit l’arabe mais ne se sent pas de transcrire dans une autre langue un texte né en français.

« On n’est jamais satisfait de soi, remarque Zine. On veut plaire, séduire mais quelque chose manque. Dans cette logique, on cherche la perfection. Et si l’on me demande lequel de mes romans je préfère, je réponds toujours que ce sera le suivant. »

Lequel suivant, qui s’intitulera Cri de douleur, est quasiment achevé tandis qu’un autre projet pointe déjà son nez.

Le Dernière Audience de Zine Bakhouche, éditions Adlis.

Une pensée sur “Zine Bakhouche : l’imagination au pouvoir

  • 20 novembre 2020 à 11 h 41 min
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    Écrivain et romancier fascinant.jai lu 3 de ses ouvrages . toujours un plaisir d’aller jusqu’au bout de l’histoire.bravo

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