Sauvetage des enfants juifs du camp de Vénissieux : rencontre-dédicace avec Valérie Portheret à la médiathèque

Lors d’un colloque en février dernier à Lyon, l’historienne Valérie Portheret avec Jacques Semelin et les deux préfaciers de son livre, Serge Klarsfeld et Boris Cyrulnik

Historienne du camp de Vénissieux, où furent sauvés 108 enfants juifs en août 1942, Valérie Portheret sera, ce 2 septembre à 18h45, à la médiathèque Lucie-Aubrac, pour une rencontre-dédicace autour de son livre Vous n’aurez pas les enfants. Occasion de voir également l’exposition « Les juifs de France dans la Shoah ».

Du 1er au 12 septembre, la médiathèque Lucie-Aubrac célèbre l’anniversaire de la libération de Vénissieux, survenue le 2 septembre 1944, en proposant une exposition sur « Les juifs de France dans la Shoah ». Conçue, sous la direction de l’historien et avocat Serge Klarsfeld, par l’association des Fils et filles de déportés juifs de France, en partenariat avec l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre, elle remémore les persécutions, rafles et déportations et la législation antisémite mise en place par le gouvernement de Vichy.

Pour accompagner ces images terribles, la médiathèque a choisi un éclairage local chargé d’un peu plus d’espoir : celui du sauvetage de 108 enfants juifs du camp de Vénissieux en août 1942. Pour cela, ce soir, 2 septembre, à 18h45, elle convie l’historienne Valérie Portheret pour une rencontre-dédicace.

Vous n’aurez pas les enfants

Rappelons rapidement les faits. Le 26 août 1942, répondant aux exigences des nazis, le gouvernement de Vichy ordonne la rafle des juifs étrangers de la région lyonnaise. 1016 sont conduits au camp de Vénissieux, alors occupé par des travailleurs indochinois. C’est là que les internés doivent être sélectionnés suivant des critères précis édictés par Vichy. Va alors se mettre en branle une extraordinaire chaîne de solidarité, menée par l’Amitié chrétienne et d’autres organisations religieuses et laïques. 108 enfants vont pouvoir être exfiltrés du camp. Pour cela, il a fallu que leurs parents, pour les sauver, acceptent de les abandonner officiellement et de les confier à l’Amitié chrétienne. Les enfants sont ensuite dispersés dans des familles d’accueil, tandis que le cardinal Gerlier, primat des Gaules, refuse de les livrer à la police.

Rencontrée plusieurs fois, Valérie Portheret nous avait précisé : « 545 adultes seront conduits du camp de Vénissieux à Drancy via la gare de Saint-Priest. Tous seront gazés à Auschwitz, dont les parents des 108 enfants sauvés. » Elle a toujours salué ce « courant contestataire irréversible né à Lyon » en citant le Dr Joseph Weill, résistant au sein de l’O.S.E. (Œuvre de secours aux enfants) ou le général de Saint-Vincent qui refuse « de prêter sa troupe à une opération semblable » (c’est-à-dire le convoyage de juifs de la zone sud vers la zone nord). « Sans le comportement de la population, sans le cardinal Gerlier, Vichy aurait pu continuer à livrer des juifs aux Allemands, à raison de 3000 par semaine. Après le sauvetage, le préfet Angeli devait remettre la main sur les enfants. Les sauveteurs ne disposaient que de quelques heures pour les amener en lieu sûr. Les réseaux ont travaillé tous ensemble et les enfants ont bénéficié de l’aide d’un Français ordinaire, d’un concierge, d’une religieuse, d’un gendarme, etc. »

Après deux livres (Le sauvetage des enfants juifs de Vénissieux aux éditions lyonnaises d’art et d’histoire en 2002 et, dix ans plus tard, Lyon contre Vichy chez le même éditeur), Valérie Portheret a publié en début d’année chez XO Vous n’aurez pas les enfants, version « plus grand public » du même récit. Plus grand public parce que Valérie a consacré près de vingt ans de sa vie à retrouver les protagonistes de cette grande page d’histoire, sauveteurs et enfants sauvés, allant les interviewer un peu partout en France, jusqu’en Israël et aux États-Unis. Délaissant la distance que peut prendre un historien avec son sujet, Valérie choisit de retracer avec beaucoup d’émotion les principales péripéties du sauvetage, s’attardant sur les personnalités et les histoires personnelles de quelques-uns des enfants mais aussi de leurs sauveteurs.

Ses recherches ont été depuis longtemps saluées par Serge Klarsfeld, le grand historien de la Shoah (« Un travail remarquable », a-t-il déclaré), mais aussi par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik. Tous deux ont préfacé Vous n’aurez pas les enfants. Indispensable, le livre rassemble également de nombreuses photos, dont plusieurs inédites prises à l’intérieur du camp de Vénissieux.

La banalité du bien

Préfacier du livre de Valérie Portheret, Boris Cyrulnik parle toujours avec beaucoup d’humour de sujets pourtant difficiles, qui le touchent directement et profondément. Il a lui-même, à six ans et demi, échappé à une rafle à Bordeaux, alors que ses parents étaient déportés et mouraient à Auschwitz.

Invité à Lyon, le 12 février dernier, à un colloque sur l’année 1942, le neuropsychiatre analysait le malaise que suscite toujours l’holocauste : « Dès qu’un discours devient public, il se transforme en mythe. On met la loupe sur un segment de vérité et l’on croit alors que tous les Juifs ont été assassinés pendant la guerre. Je suis un adorateur du doute. Lors d’un débat, j’ai été agressé par Zemmour qui m’a demandé d’arrêter de parler de tout ça. Napoléon, Louis XIV, le Christ aussi sont morts, alors, on ne devrait plus parler d’eux ? Cette phrase, « Arrêtez d’en parler », je l’ai entendue dès la Libération. Le déni est un facteur de protection, qui empêche de souffrir mais aussi d’aborder le problème. »

Dans sa préface de Vous n’aurez pas les enfants, Boris Cyrulnik évoque cette partie de la population « qui ne s’est pas laissé embarquer dans le flot de la haine. » Un phénomène qui, dit-il, s’est également produit en Arménie et au Rwanda et qu’il résume en ces termes forts : « la banalité du bien ».

Vous n’aurez pas les enfants de Valérie Portheret, préfacé par Serge Klarsfeld et Boris Cyrulnik, XO éditions, 18,90 euros.

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