Zone de faibles émissions : Vénissieux émet des réserves

Interdire les poids lourds et les utilitaires à l’intérieur du périphérique : les élus vénissians y sont favorables. Mais ils posent des conditions, notamment celle d’accompagner les petites entreprises dans le renouvellement de leur parc automobile.

Le président de la Métropole, David Kimelfeld, était au ministère de la Transition écologique, le 8 octobre dernier, pour acter officiellement la création de la Zone de faibles émissions (ZFE) de Lyon. À partir de janvier 2019, les véhicules polluants seront interdits au cœur de l’agglomération. Ni poids lourd ni camionnette à l’intérieur du périphérique. Outre la ville centre, cette ZFE comprend la partie nord de Vénissieux, l’ouest de Bron et de Villeurbanne, ainsi que le sud de Caluire.

Si la première année aura une vocation pédagogique, les procès-verbaux tomberont dès janvier 2020. Il sera alors formellement interdit de rouler dans la ZFE avec un véhicule utilitaire sans vignette ou muni des vignettes Crit’air 4 et 5. Et en 2021, l’exigence montera d’un cran avec l’interdiction des vignettes de niveau 3.

Cette mesure, qui s’inscrit dans le Plan Oxygène de la Métropole, vise évidemment à faire reculer la pollution de l’air, en particulier le dioxyde d’azote et les particules fines, dont les véhicules utilitaires sont les plus gros émetteurs. D’après des estimations, dès 2021 le nombre de personnes exposées à des niveaux de pollution supérieurs aux seuils européens sera réduit de moitié : 7 700 contre 16 000 aujourd’hui.

Trois demandes

Le conseil municipal de Vénissieux était appelé à se prononcer, le 15 octobre dernier, sur le déploiement prochain de cette ZFE. À l’unanimité, les élus ont donné un avis favorable. Comme le soulignait le maire, Michèle Picard, « cette mesure va dans le bon sens ». Son adjoint au développement durable, Pierre-Alain Millet, ajoutait qu’elle aura « un effet accélérateur de l’amélioration de la qualité de l’air pour tous les habitants de l’agglomération et même des alentours ».

Mais l’approbation vénissiane est assortie de plusieurs réserves. À commencer par la demande d’une étude d’impact pour les véhicules circulant dans la partie locale de la ZFE, qui englobe grosso modo Moulin-à-Vent, Joliot-Curie et la pointe nord de Parilly. L’objectif étant d’évaluer le pourcentage de véhicules qui pourraient être frappés d’une interdiction de circuler, et par là même d’identifier les entreprises qui seront dans l’obligation de renouveler leur parc automobile à court terme. Pour les plus fragiles d’entre elles — c’est la seconde condition — le conseil municipal demande des mesures financières d’accompagnement. Enfin, la Ville ayant son propre parc de véhicules, elle souhaite que des dérogations soient envisagées, par exemple pour les camions frigorifiques livrant les repas dans les écoles. « Le coût du renouvellement d’une flotte est considérable, il nous faut le répartir dans le temps », a précisé le maire.

 

Ils ont dit

Jean-Maurice Gautin, groupe des élus communistes (majorité)
« Agir pour la qualité de l’air relève de l’intérêt général. Mais nous pensons aux multiples conséquences pour certaines entreprises ou artisans. C’est pourquoi nous insistons sur l’accompagnement des acteurs économiques, notamment des plus fragiles. De nombreux emplois sont dans la balance. Ne laissons pas sur le bord de la route tous ces travailleurs, car même en la traversant, je ne suis pas sûr qu’ils trouvent un autre job. »

Gilles Roustan, groupe Europe Écologie Les Verts (majorité)
« Nous regrettons le délai de mise en œuvre de cette ZFE. Lyon devra attendre 2020, voire 2021 pour qu’elle soit pleinement opérationnelle. Par ailleurs, la circulation sur le périphérique est un des principaux pourvoyeurs de pollution, raison pour laquelle nous, élus écologistes, avons émis de fortes réserves sur l’aménagement du Puisoz. À terme, nous demandons que le périphérique soit inclus dans la ZFE. »

Djil Ben Mabrouk, sans étiquette (majorité)
« On nous dit que le développement économique est compatible avec la transition écologique. Mais je suis persuadé que nous devons aller plus loin, au-delà des réserves que nous avons notifiées. Je pose la question sur la mobilité et notamment sur la gratuité des transports en commun. De nombreuses villes françaises et européennes ont franchi le pas. Et l’expérience est partout concluante. »

Maurice Iacovella, UDI (opposition)
« Il n’est jamais trop tard pour bien faire, mais que de temps perdu. Les études se multiplient et les résultats restent mauvais. Un développement plus volontariste doit être envisagé en matière de mobilité. La Métropole possède des voies fluviales qui ne demandent qu’à être exploitées. À quand une véritable autoroute ferrée pour neutraliser ces convois de poids lourds ? Le développement d’un bouquet de solutions alternatives est indispensable.

Christophe Girard, divers droite (opposition)
« Les mesures environnementales sont une nécessité. Mais il est certain que ces mesures pénalisent gravement les entreprises, sans que personne ne puisse être certain que cela améliorera réellement et significativement la qualité de l’air. Par ailleurs, il semble que la Métropole nous joue une tartufade car « en même temps (selon la formule magique), le déclassement de l’A6-A7 va repousser les véhicules sur la rocade est. Notre groupe donne un avis favorable, sans réelle conviction. »

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