Avec Trinix, « tout est possible » !

« On se fixe des objectifs. Quand on en atteint un, on s’en fixe un autre. Les gens rigolaient, au début. Quand on a atteint notre premier objectif assez rapidement, ils sont restés bouche bée. Notre devise : tout est possible ! »

À tout juste 25 ans, Josh Chergui et Loïs Serre sont bien partis. On les présente sur les sites spécialisés comme les représentants de la French Touch et on les rapproche d’artistes comme Petit Biscuit. Ils n’ont pas la prétention de dire, comme Scarface, que le monde leur appartient, mais se contentent de penser que tout est possible et ils ont raison d’y croire.

« C’est vrai qu’aujourd’hui, précisent-ils sans prétention, on peut annoncer 25 millions d’écoutes et même plus, toutes plateformes confondues. »
Une signature avec Sony et la sortie de « Hide », le 17 février dernier, et c’est l’emballement sur les réseaux sociaux !

Tout a commencé pour Josh et Loïs dans le quartier du Moulin-à-Vent et c’est même à l’école primaire que le grand frère de Loïs est devenu le meilleur ami de Josh. Ce dernier commence à faire de la boxe française, « un sport complet » et une passion familiale puisque son père n’est autre que Rafik Chergui, entraîneur au VBF (Vénissieux boxe française), et employé au service jeunesse de la Ville de Vénissieux. Très soucieux de l’avenir de ses enfants, Rafik pousse Josh vers une autre de ses passions : « J’ai moi-même mixé à Portiragnes et j’ai ensuite monté un atelier de DJing dans le sous-sol de l’Espace jeunes. J’avais trois-quatre jeunes et j’y ai traîné mon fils. Il s’y est intéressé et je lui ai acheté du matériel pour qu’il travaille à la maison. »

De son côté, Loïs, élève de Mick Wagner à la chorale de l’école de musique Jean-Wiéner, est sélectionné par la Maîtrise de l’Opéra de Lyon. Pendant trois ans, il étudie le solfège, puis le piano et le chant. « Même si, reconnaît-il, le style musical n’était pas raccord avec ce que j’aimais », cet enseignement de qualité le fait transiter, à la fois pour le collège et le lycée, par Ampère Bourse.

« J’écoutais beaucoup de sons quand j’étais petit, reprend Josh, puis je me suis intéressé au hip-hop et au graff, que j’ai fait avec l’EPJ du Moulin-à-Vent. En parallèle de cet atelier de graff, à 11 ans, je prenais des cours de scratch avec mon père à l’Espace jeunes. Il m’a poussé dans le milieu des platines. »

C’est aussi Rafik qui incite son fils à passer son Bafa et à travailler dans les colos de la ville (Noyer, Champagneux) et dans les centres de loisirs. Tout en étant au collège Balzac, Josh continue son apprentissage de DJing, jusqu’à ce que ça arrête, alors qu’il a 15 ans. « Comme pour s’inscrire à l’UCPA à Lyon, à l’école de DJ, il fallait le bac, je l’ai passé à 19 ans, à Marcel-Sembat, et j’ai suivi une formation de deux ans. »

Josh se perfectionne ainsi dans l’art du DJing mais aussi dans la vidéo, les lumières et la musique assistée par ordinateur. C’est à ce moment-là qu’il rencontre Loïs… et que tous deux discutent musique. Puis, c’est l’époque des premières ébauches musicales. « On en a honte, aujourd’hui, rigolent-ils. Mais on apprenait des choses ! Et on postait notre musique sur Internet. On ne s’est jamais dit qu’on en ferait notre métier. Comme il nous fallait un nom, pour rigoler on a choisi Trinix. Pourquoi ? Il n’y a pas d’histoire, sur ce nom-là. On cherchait un mot qui n’existait pas. Et on voulait qu’il comporte un x, comme dans Vénissieux ! »

Josh et Loïs se mettent à composer plusieurs morceaux, « des fois bien, des fois nuls », et les mettent sur le net. « On sortait de nulle part, on écoutait ce qu’on nous disait dans les commentaires et on rectifiait le tir. On a formé ainsi une petite communauté. »
L’association profite aux deux compères : Loïs apprend de Josh que l’on peut faire de la musique avec un ordinateur. Et comme Loïs connaît le piano, il enseigne à Josh les recettes du clavier. « Un DJ joue des musiques déjà existantes, commente ce dernier, et j’ai vite été lassé par cela. Diffuser quelque chose qui ne m’appartient pas me gênait. »

De Vénissieux à New York

Leur premier concert, c’est aux États Génér’Eux de la jeunesse, dans leur ville, qu’ils le font. Trinix se retrouve « avec une vingtaine de sons » et décide de sortir son premier album en 2013. « Plutôt une compile, disent-ils aujourd’hui. On l’avait mise sur toutes les plateformes, iTunes, Deezer, Spotify… À l’époque, c’était inconnu et ça démarrait à peine. On peut faire 400 000 écoutes par mois uniquement sur Spotify, ce qui peut représenter en tout un million d’écoutes par mois. »

Trinix n’a pour l’instant jamais sorti d’albums « physiques » : « Nous-mêmes, on n’achète plus de disques ! Et les personnes qui nous écoutent ont notre âge, ils n’achètent pas non plus. » Et pour gagner de l’argent ? Le streaming ! « Sur un seul titre et par pays, 1500 écoutes sont équivalentes à une vente. » Josh et Loïs commencent à se faire repérer. Ainsi, parce qu’on l’a vu mixer à Lyon, on propose à Josh de le faire au Brésil, pendant la Coupe du monde du foot, en 2014. Puis tout s’enchaîne rapidement.

Tarik, un ami organisateur de concerts, travaille à Médiatone à l’époque : « Comme j’organisais des cartes blanches, j’ai programmé Trinix. Je leur ai proposé un projet sur un an pour les Reperkusounds 2016. Ils y sont passés, puis il y a eu le tremplin L’Original et les 24 heures de l’Insa. »
« Tarik nous a sortis de notre chambre », reconnaissent les deux musiciens. Qui tentent l’an dernier les Inouïs du Printemps de Bourges mais ne sont pas retenus. Les tentent à nouveau cette année, passent les auditions et ne sont toujours pas retenus… « Parce que notre projet est trop évolué. L’an dernier, il ne l’était pas assez ! »

Les deux jeunes gens avancent à leur vitesse, sans se prendre la tête. « On a toujours sorti nos musiques en indépendants, reconnaît Loïs. On avait toujours en tête une idée de major, mais on n’y connaissait rien. Quand nous avons été contactés par différentes majors (Sony, Universal, Polydor), on s’est posé la question : est-ce que ça nous intéresse ? Au début, on était réticents. »

Ils se décident finalement pour Sony, contactent un avocat parisien qui négocie pour eux un contrat. Ils ont aujourd’hui un clip sur MTV et passent en radio. « On n’aurait pas pu le faire sans cet engagement. On est même partis aux États-Unis pour jouer une date à New York. Nous étions dans une boîte pour un défilé d’une marque new-yorkaise. On a fait l’after. C’était marrant ! La créatrice du défilé aime vraiment ce qu’on fait. »

« Les concerts, le meilleur moyen de faire des câlins à nos fans »

L’aventure chez Sony se concrétise avec « Hide », un EP de six titres. Et la meilleure occasion de le tester reste les concerts, « le moyen de faire des câlins à nos fans ». Trinix commence à tourner en Europe et dans les festivals : citons Grenoble le 18 mai, Compiègne le 24 mai, le Hard Rock Café de Lyon le 11 juin, le festival Démon d’Or, à Poleymieux-au-Mont-d’Or, le 30 juin, Marmande le 1er juillet, Cognac le 27 juillet, Concarneau le 29 juillet, Frossay le 27 août…

« On voit ces gens qui nous écoutent, qui accrochent ou pas en live, ce qui nous permet de retravailler les sons. C’est l’équipe de Bizarre !, à Vénissieux, qui a fait qu’on ait un live carré. On va d’ailleurs rebosser avec eux et refaire une résidence pour travailler notre tournée. À Bizarre !, on travaille dans de bonnes conditions. Ils mettent à disposition des locaux de répétition qu’on a utilisés plusieurs fois. »

Même enthousiasme chez leur copain Tarik, pourtant Lyonnais. « Je vais à Vénissieux pour Bizarre ! C’est une bonne chose que la structure ait évolué en SMAC (NDLR : scène de musiques actuelles). En matière de programmation, c’est un outil indispensable ! »

Quant à Rafik Chergui, quand on lui parle du parcours de son fils, il répond simplement : « Je lui ai toujours dit que c’était dur de briller dans les milieux sportif ou artistique. Si tu veux sortir du lot, faut pas s’endormir. Je lui ai juste ouvert une porte et c’est lui qui a fait son chemin. »

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