Cour des Arts : des verres et des parures

On ne peut que la comprendre, Marie Evangelista, heureuse du succès de sa Cour des Arts, qui vous accueille et vous accompagne dans un petit tour du propriétaire. Pour sa 18e année, ce 2 avril à la salle Irène-Joliot-Curie, l’exposition organisée par l’association des anciens élèves de l’école Pasteur réservait des emplacements à 38 exposants, dont trois associations : les centres sociaux du Moulin-à-vent et de Parilly et Échange Stand’Arts, en provenance du 8e arrondissement de Lyon.
Ainsi, pour le centre social de Parilly, remarque-t-on le mosaïste Serge Bernard. Et si vous le complimentez, il répond simplement : « C’est un peu de technique et beaucoup de patience ! » Il explicite un peu plus son travail : « J’habite aux Minguettes et c’est Dominique Annarelli, qui pratique la mosaïque dans le quartier de l’école Pasteur, qui m’a formé. Tout vient de lui. »

Au point que Serge Bernard l’a remplacé dans l’animation d’ateliers de mosaïques au centre social de Parilly, tous les vendredis matins (sauf, précise-t-il, pendant les vacances scolaires). « 19 personnes y sont inscrites. Nous utilisons toutes sortes de matériaux : du grès, de la pierre, du verre de vitrail, etc. »
En face de son stand, Corinne Cavet est fidèle au rendez-vous, avec ses peintures de personnages dont elle a inventé la mythologie. « Je les ai déclinés maintenant en mugs et en cartes postales. » Non loin de là, on reconnaît les délicats personnages et paysages asiatiques peints par Peng Saophane.
Un peu plus loin, Claudette Laborier présente des peintures sur verre et sur bois, quelques bijoux, de petites chaises décorées… Amie d’enfance de Mme Evangelista, elle se sont connues à l’école Pasteur, dont la mère de Claudette Laborier, Mme Lonjaret, fut la première directrice. « De 1934 à 1961, précise-elle. Elle était en poste à Vaulx-en-Velin et elle a perdu son petit garçon. Elle ne voulait plus y rester et cherchait une autre école. Pasteur n’était pas encore finie et on lui a proposé la direction. Accueillis nombreux à Vénissieux par la municipalité, les Espagnols qui fuyaient la guerre dans leur pays ont beaucoup fréquenté Pasteur, qui était une école moderne, la seule dans le Rhône à posséder des douches. Pendant la guerre, ma mère a été réquisitionnée par l’Éducation nationale pour garder les murs alors que les enfants avaient été évacués par la Ville. Les Allemands occupaient le bureau de ma mère. Ils m’adoraient parce que je portais deux petites tresses blondes — j’avais à l’époque 4 ans — et que je leur rappelais leurs filles laissées en Allemagne. Quand ils défilaient dans la cour en marchant au pas de l’oie, je les suivais en les imitant. Un jour, le transfo a sauté et ils ont réuni tout le personnel avec des mitraillettes. La directrice de l’école maternelle pleurait et moi, comme ils me laissaient faire ce que je voulais, j’étais derrière à sauter à la corde alors que ma mère était en joue. »
Après cette plongée dans le passé vénissian, rien de tel que d’aller admirer les œuvres de Jacques Gauthier, qui semblent sortir du catalogue d’une expo sur la peinture orientaliste. L’artiste peint à la perfection les chevaux et leurs cavaliers, qu’ils soient militaires ou bédouins. « J’aime beaucoup les chevaux », reconnaît cet ancien graphiste de profession qui a travaillé pour Majorette, la marque d’automobiles miniatures. À l’aide de techniques différentes (gouache, pastel), lui que le moderne n’intéresse pas se replonge avec plaisir dans cet art du XIXe siècle. Son voisin Michel Gourguet, montrant « un puits à Toussieu dessiné d’après nature », est fier du prix du public qu’il a obtenu avec cette œuvre. Il était lui-même designer chez Renault, ce qui ne l’empêche pas, bien au contraire, de composer un paysage à la double perspective à partir d’une Rolls, dont on reconnaît le fameux Spirit of Ecstasy.
À ses côtés, Anne Flores propose un véritable bouquet de peintures. « Je pars d’un papier blanc, commente cette artiste vénissiane, et je laisse le désir apparaître. Cela devient une fleur, que je peins à la bombe ou au tube. Le dessin naît dans le geste. C’est une peinture en accéléré, qui traduit l’énergie. » Elle ne signe pas ses tableaux mais une carte de visite la signale sous le nom de Manou, que lui donne sa petite-fille.
Des fleurs encore, des rhododendrons cette fois, peints par Thérèse Lacroix, voisinent avec les portraits japonais de la Muroise Michelle D’Orazio et avec sa mère africaine reposant avec son enfant. « Je travaille souvent au pastel sec, d’après des photos que je fais ou que je trouve dans des catalogues. C’est plus proche du dessin que de la peinture. »
Enfin, Mme Thieu, entourée de bijoux, poupées et écharpes chatoyantes, signale la nouvelle édition du livre écrit par son mari Thieu Van Mùù— disparu en juillet 2015 — sur son parcours, de l’Indochine à Vénissieux. Cette réédition d' »Un enfant loin de son pays » a été concrétisée grâce au comité local du Secours populaire français.
Au milieu de tous ces artistes, trônent les œuvres du maître verrier Jean-Paul Camus, invité d’honneur de la manifestation. Un événement, remarquera le maire Michèle Picard, « devenu incontournable, véritable palette d’émotions subtiles ». Après avoir salué la Cour des Arts et l’éducation populaire, le maire affirmait sa volonté de « ne pas sacrifier la culture sur le bûcher de la rigueur ».

Pour la deuxième année consécutive, le prix du public a été attribué à Corinne Cavet.

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