Josselin Piétri : la fureur de peindre

Capture josselin

Vous l’avez peut-être déjà croisé sur une route, du côté de Jonage, Pusignan ou Pont-de-Chéruy, courant imperturbablement. Et comme il part de Parilly, il lui arrive de faire 60 km dans la journée. « Je cours depuis l’âge de 12 ans et j’ai participé à cinq marathons, explique Josselin Piétri. C’est vrai qu’il m’est arrivé de revenir en car et métro. J’avais surévalué mes forces. »

La force, dit-il encore, c’est ce qui le pousse à parcourir ainsi des kilomètres, et il cite volontiers Bruce Lee : « N’avoir plus de limites comme limites ! »
Bruce Lee est le lien qui nous amène à l’autre talent de Josselin : la création artistique. Celui qui est devenu son idole est dessiné et peint sous toutes les coutures. Sur un portrait qu’il a réalisé, toutes les ombres du visage de Bruce Lee sont des dessins de scènes de combats tirées de ses films. Josselin a même réalisé une statue grandeur nature de l’athlète chinois, construite avec du carton. C’est encore du carton qui a servi à façonner un grand livre aux pages couvertes de séquences de films de Lee. Josselin s’est également amusé à reproduire la peinture de Rubens, « Les cinq sens » : tous les tableaux sont devenus des affiches des films chinois. Dernière œuvre en date : l’affiche en 3D du film « Enter the Dragon », insérée dans une boîte de chaussures — « des super baskets en promo »—, où les personnages de Bruce Lee, Jim Kelly, John Saxon et Ahna Capri sont, une fois de plus, en carton.

S’il existe un verbe que Josselin affectionne, c’est « faire ». C’est cette action qui lui procure du plaisir. Courir et se dire qu’il a réussi à le faire. Mettre un personnage dans une boîte de camembert, deux autres dans une boîte de sardines, recréer une scène des « Dents de la mer » dans une boîte de biscuits ou représenter grandeur nature Al Pacino dans « Scarface », mitraillette au poing, ou Yul Brynner dans « Mondwest », mi-cow-boy mi-robot, c’est aussi pour lui un plaisir d’avoir réussi à faire cela.

« Rien ne m’arrêtait : avec les crayons de maquillage de ma mère, j’ai refait le Titanic. »

Ce Vénissian qui a toujours vécu à Parilly a très tôt aimé reproduire ce qui lui plaisait. Des personnages provenant de Lucky Luke ou d’autres bandes dessinées, des publicités, des étiquettes. « Je redessinais Casimir, Tom Sawyer, les trucs du Club Dorothée… J’étais fatigué, j’avais mal à la main mais il fallait que j’aille jusqu’au bout ! Rien ne m’arrêtait : avec les crayons de maquillage de ma mère, j’ai refait le Titanic. »

À l’école Jules-Guesde, les instituteurs doutent que Josselin soit bien l’auteur de ce qu’il leur montre. « À 8 ans, j’avais reproduit en maquette la basilique Saint-Marc. Comme d’habitude, on n’a pas cru que j’en étais l’auteur. Je me suis senti rejeté, différent. »
Âgé d’une douzaine d’années, alors qu’il regarde à la télévision, en compagnie de son père, l’histoire d’une voiture noire fantôme —sans doute s’agit-il du film « Phantom », avec Charlie Sheen—, Josselin se met à fabriquer la maquette de la voiture avec les moyens du bord. Il la cache sous son lit pour faire la surprise à son père.
« C’est vrai que je n’aimais pas non plus qu’on sache ce que je fabriquais. Même aujourd’hui, je n’aime pas tout déballer ! J’ai eu des passages durs dans ma vie et ça a joué. La création m’amène beaucoup de moments forts qu’on ne peut pas décrire. »

À tout juste quinze ans, Josselin a déjà réalisé des maquettes de module lunaire, de sa propre maison avec représentation de sa sœur et lui en patins à roulettes, d’un Boeing 747 « avec tableau de bord, tous les paramètres, les sièges des pilotes, le cockpit, les instruments, les manettes de gaz, vraiment tout ! »

C’est au même âge qu’il entend pour la première fois parler de l’acteur chinois Bruce Lee. « J’ai commencé à m’intéresser à lui. Je m’entraînais à faire des exercices… C’est venu petit à petit. »
On a vu combien l’acteur de « La fureur de vaincre » avait été une source d’inspiration pour Josselin. « Un ami, Adrien, m’a motivé pour que je réalise une peinture de Bruce Lee sur une plaque de contreplaqué qu’on a amenée à pied depuis le magasin jusque chez moi. On avait contacté Jon T. Benn, son partenaire dans « La fureur du dragon » et auteur d’un livre sur lui. J’ai envoyé ce tableau d’1,55 m à Hong-Kong… Quelle émotion pour moi ! Jon Benn m’a répondu deux mois après que la peinture était fantastique et qu’elle avait sa place au musée Bruce-Lee de Hong-Kong. J’ai aussi envoyé à Gérard Depardieu un tableau le représentant, d’abord en Russie puis à Paris. Je sais qu’il l’a eu en mains propres. Une nuit, j’ai rêvé que je voyais Depardieu dans le métro et qu’il me faisait signe. Les portes se refermaient et je ne pouvais le rejoindre ! »

L’art se nourrit de ce genre de frustrations et Josselin persiste. Même lorsqu’il se dit qu’il va arrêter de peindre, de modeler ou de dessiner, c’est plus fort que lui et les idées jaillissent. Parce qu’il n’a pas réussi à s’inscrire aux Beaux-Arts, faute de moyens, Josselin n’a acquis aucun raccourci, aucune facilité. Ce qu’il crée est forcément original et lui ressemble vraiment.
Devenu son matériau de prédilection, le carton lui a toujours donné de l’imagination. « Quand j’étais petit, avec mon frère aîné et des copains à lui, on construisait des cabanes à Parilly à base de pierres amassées les unes sur les autres. Un jour, tout s’est écroulé. J’ai fabriqué un tunnel en carton et on a pu à nouveau se glisser dedans. »

En matière de cinéma, Bruce Lee n’est pas le seul repère. « Beaucoup de films m’ont marqué, reprend Josselin. « Rambo » a dû être la première affiche que j’ai reproduite. J’ai aussi redessiné celle de « King Kong » : à l’école, tout le monde la voulait. J’ai refait en maquette l’astronaute de « 2001 » quand il se voit vieillir. J’ai peint le portrait de Jean Gabin en couleurs. Autour, j’ai représenté dans des petites vignettes en noir et blanc quatre-vingt-dix de ses films. Je me suis inspiré de la série « Les immortels du cinéma » de Ciné Revue. Les robots m’ont toujours attiré, ceux de « Mondwest » et « Terminator ». Je montrais leur aspect extérieur et, sur un bras ou sur le visage, le carton s’ouvrait et on pouvait voir la technologie qui existait sous la peau. Je suis impressionné par le corps humain et c’est pour cette raison que je me suis intéressé à Bruce Lee, parce qu’on voyait ses muscles. »

Il explique encore que Lee a une force intérieure, un mental qui s’extériorisent dans ses muscles. Ce va-et-vient entre l’intériorité et l’extérieur est l’un des grands questionnements de Josselin. La façade cache toujours quelque chose et il suffit de la soulever pour en avoir un aperçu. Il a ainsi modelé en carton le siège d »Expressions ». On voit la vitrine, la boîte avec les exemplaires du journal, une personne qui revient du marché et qui passe sur le trottoir. En soulevant le toit, on découvre le présentoir, la table et les chaises où Josselin s’entretient avec un journaliste. Le photographe est également présent ainsi que la secrétaire. Tout est dans le détail. Citons encore une télé en carton, avec des lumières et des scènes de films en 3D. « J’adore cette œuvre car j’ai mis beaucoup de moi là-dedans ! »

Et si quelques grands artistes ont aimé se représenter dans leurs tableaux, ce n’est pas leur faire affront que de préciser que Josselin fait de même. Pour faire plaisir à sa femme qui adorait la série « Louis la Brocante », Josselin a reproduit en maquette la camionnette. Victor Lanoux est au volant et Josselin est installé à la place du passager. De même qu’il est aussi dans la maquette d’un avion. Toujours en carton, il a reproduit le village de Staithes, dans le Yorkshire : il a ajouté une galerie d’art et un mur peint, touches personnelles. Dans la peinture de son quartier de Parilly, un nouveau stade est apparu, dans lequel s’entraîne Bruce Lee. Josselin s’est également confectionné des masques en carton de Bruce Lee et de Van Gogh qui lui collent au visage grâce à un système élastique. Il aime alors se photographier devant une affiche de l’acteur ou un tableau du maître hollandais qu’il a reproduit.

« Rien n’est impossible. J’ai refait la caméra qu’on voit dans « Enter the Dragon » avec une bouteille de jus d’orange à la place de l’objectif. Pour la maquette de l’avion, j’ai utilisé des rouleaux de papier toilette pour le fuselage et une bouteille de Coca en plastique pour la vitre. Les roues sont découpées dans une boîte de graines d’oiseaux. Tout me sert. »
Josselin, qui a choisi Joss comme nom d’artiste – et après tout, cela sonne comme Joss Randall – est en pourparlers avec un café lyonnais pour exposer son travail. Nous annoncerons les dates lorsqu’elles auront été fixées.

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