“Un toit, un emploi, c’est un droit”

Dans un froid glacial, quelque 150 personnes ont défilé jeudi des Minguettes jusqu’à Veninov. Une manifestation placée sous le double signe de l’interdiction des expulsions et de la lutte contre les licenciements.

 

C’est une évidence mais cela va mieux en le disant : il ne serait pas nécessaire de lutter contre les expulsions et les coupures d’énergie si la précarité et le chômage ne frappaient pas aussi durement les villes populaires. C’est pourquoi la manifestation organisée* le 14 mars dans les rues de Vénissieux  avait un double mot d’ordre : l’interdiction des expulsions… et la lutte contre les licenciements. Et qui mieux que les Veninov pour incarner le combat pour l’emploi ? Les salariés de la rue Eugène-Maréchal, en bagarre depuis deux ans et demi pour la survie de leur usine, ouvraient le cortège de quelque 150 personnes. “Un toit, un emploi, c’est un droit, non aux expulsions locatives, non aux licenciements”, scandaient les manifestants. Partis des Minguettes, ils ont traversé le centre-ville avant de finir dans les ateliers de Veninov pour les prises de parole.
“Si nous sommes ici, vous l’avez compris, c’est pour faire le lien avec les problèmes d’emploi, de salaires et de pouvoir d’achat”, introduisait Serge Truscello, secrétaire de la section PCF de Vénissieux, avant de céder le micro à André Mazuir, l’infatigable porte-parole du Réseau d’alerte et de solidarité des Vénissians, qui se bat depuis des années avec opiniâtreté contre les expulsions locatives. “Le temps passe, les gouvernements aussi, mais rien ne change, déplorait-il. Il n’y a pas eu de trêve pour les concours de la force publique accordés par le préfet. Pourtant, on le sait et je ne cesse de le rappeler : l’expulsion ne règle rien, elle ne fait qu’alourdir la dette des familles — les frais occasionnés s’élèvent à environ 1 500 euros — et génère des traumatismes, notamment chez les enfants. Comme on chasse les gens de leurs logements, on chasse les salariés de leurs entreprises.”
Le sénateur Guy Fischer a volontairement tenu un discours très technique pour décortiquer l’accord national interprofessionnel sur l’emploi conclu le 11 janvier par le patronat et trois syndicats minoritaires (CFDT, CFE-CGC, CFTC), que le gouvernement entend transposer dans la loi. “Ce texte dynamite le droit du travail, dénonçait-il. Jamais depuis 1945 on n’a assisté à une attaque aussi frontale contre les travailleurs. Comme les Veninov résistent, le groupe communiste au Sénat va résister contre cette régression.”
“Ce sont les choix politiques qui nous ont conduits là où nous sommes aujourd’hui”, accusait à son tour le maire, Michèle Picard, après avoir donné une série de chiffres qui ne laissent aucun doute sur la gravité de la situation  : 32 % de Vénissians sous le seuil de pauvreté en 2009 (contre 27 % en 2007), 12 000 personnes reçues par les services sociaux de la Ville en 2012 (+ 20 % par rapport à l’année précédente)… “Dans ces conditions, l’expulsion est totalement inacceptable. On voudrait nous faire croire que la pauvreté est une fatalité, mais elle n’est que la conséquence de la politique menée depuis des dizaines d’années dans notre pays, qui s’est notamment soldée par l’abandon de l’industrie.”

* Les organisateurs : PCF, PG, LO, MRC, CGT, Secours populaire français, Mouvement de la Paix, Réseau d’alerte et de solidarité des Vénissians, CNL

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