On n'arrête pas le mouvement social

Alors que la réforme doit être définitivement adoptée aujourd’hui à l’Assemblée, la mobilisation sociale reste à un niveau rarement observé. Le point à Vénissieux et dans les villes alentours. À la veille d’une journée d’action qui s’annonce décisive.

“Je crois que c’est encore plus profond qu’en 1995, observe Guy Fernandez, secrétaire de l’Union locale CGT. Le mécontentement dépasse la question des retraites. On le sent bien quand on discute avec les grévistes et les manifestants. Ils sont inquiets pour l’avenir et remettent en cause la façon dont nous sommes gouvernés. On est dans un mouvement déterminé.” Depuis début septembre, l’UL CGT est au cœur de la mobilisation à Vénissieux et dans les villes du Sud-Est lyonnais. “On essaie de coordonner les différents pôles de résistance. On a par exemple rapproché les cheminots de Sibelin et du dépôt de Vénissieux avec les gars de la raffinerie de Feyzin et des entreprises du couloir de la chimie. On a aussi ouvert un compte pour soutenir ceux qui sont engagés dans la grève reconductible.” Les actions de solidarité sont nombreuses. La dernière en date vient des élus communistes de Vénissieux. Ce matin, avec le maire, Michèle Picard, ils ont remis aux grévistes de la raffinerie une collecte de 585 euros.
Hormis la raffinerie, la chimie et les cheminots, qui sont à la pointe de la mobilisation, les entreprises du secteur touchées par le mouvement se comptent par dizaines : Bosch, Rexroth, Savoie Réfractaires, UCAR, Carrefour, Renault Lyon sud… Les services publics également : le groupe hospitalier Les Portes du sud, la Ville de Vénissieux, l’IME Jean-Jacques Rousseau, l’Urssaf, les établissements scolaires. Les niveaux de mobilisation sont très divers. C’est ce qui caractérise ce mouvement. Du débrayage d’une heure à la grève reconductible, toute la palette des moyens de la contestation est utilisée. Lors les grandes journées d’action, parce que faire grève coûte cher, des systèmes de roulement se sont mis en place. “C’est ce qui nous fait dire que le mouvement est suivi par bien plus de monde qu’on ne l’imagine, estime Guy Fernandez. Nous avons atteint deux fois le maximum de 3,5 millions de personnes au niveau national, mais ce ne sont pas forcément les mêmes !”

Hier après-midi, André Gerin, député de la 14e circonscription, est intervenu à l’Assemblée nationale lors de la séance de questions au gouvernement. « Les français ont compris que votre réforme était injuste, a-t-il lancé.  C’est aussi une escroquerie politique. La retraite par répartition cache la retraite par capitalisation. » Alors que Georges Tron, secrétaire d’État à la Fonction publique lui répondait, l’ancien maire de Vénissieux a brandi une photo montrant Nicolas Sarkozy au côté de son frère Guillaume qui, selon les informations révélées par le site Médiapart, vise le pactole du marché de la retraite complémentaire privée à la tête du groupe Malakoff Médéric dont il est le délégué général. Sous la photo tenue à bout de bras par André Gerin, on pouvait lire : « Ensemble, tout est possible », le mot d’ordre de la campagne UMP pour l’élection présidentielle de 2007. Le président de l’Assemblée a alors suspendu la séance.

L’autre parlementaire communiste vénissian, le sénateur Guy Fischer, a pour sa part été au cœur du combat qui s’est mené au palais du Luxembourg. Combat que le gouvernement a écourté en recourant à la procédure du vote unique (ou vote bloqué), qui impose de se prononcer par un seul vote sur la totalité des amendements. “C’est un coup de force de l’Élysée, un véritable déni de démocratie, a réagi Guy Fischer. (…) Par ce projet de loi, la retraite par répartition aura été jetée par-dessus bord (…). C’est un acte de dé-civilisation qui participe d’un projet de société, d’un projet de classe, celui des puissants contre la grande masse des petites gens.”
Les “petites gens” seront à nouveau dans la rue ce jeudi 28 octobre et le samedi 6 novembre. “Même si la loi est votée et malgré les vacances, je pense que la mobilisation sera forte, s’aventure Guy Fernandez. La question maintenant est de savoir si on va arriver à faire reculer ce gouvernement.”

Le calendrier de la mobilisation
• Jeudi 28 octobre :
-7e journée d’action nationale contre la réforme des retraites. La manifestation lyonnaise partira à 10 h 30 de la place Ambroise-Courtois (métro Monplaisir-Lumière).
– Rencontre-débat organisée par la section du PCF de Vénissieux à partir de 18 heures à la salle Albert-Rivat (Maison du peuple).
• Jeudi 4 novembre :
– Réunion publique à l’hôtel de ville de Vénissieux à l’initiative de l’équipe municipale, à partir de 16 heures.
• Samedi 6 novembre :
– 8e journée d’action nationale. La manifestation partira à 14 heures de la place Jean-Jaurès, dans le 7e arrondissement de Lyon.

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