
Photo Emmanuel Foudrot
Est-ce parce que son père, Jean-Claude Bolle-Reddat, est un acteur de théâtre reconnu que Sylvain a eu envie de suivre ses traces ? Il n’en est pas sûr lui-même. « Quand j’étais enfant, cela ne m’attirait pas énormément parce que le théâtre me prenait mon père qui partait en tournée. J’ai commencé à m’y intéresser quand il m’a proposé de jouer avec lui. »
Sylvain trouve là sa vocation et décide de s’investir « dans un théâtre qui se soucie des autres ».
Il a ainsi l’occasion de suivre un stage théâtral sur la construction d’un rôle auprès du cinéaste américain John Berry, en exil en France depuis la chasse aux sorcières maccarthyste, et qui se partagea ensuite entre le théâtre et le cinéma, en Europe, aux États-Unis et même au Japon.
« Ce stage était complètement dingue !, reprend Sylvain. Quand John Berry entrait dans une pièce, tout le monde se retournait. Avec lui, il fallait habiter un espace poétique, c’était extraordinaire. Il m’a permis d’accomplir un travail sur les auteurs américains. »
Le jeune comédien ne perd pas de vue qu’il a tout à apprendre des autres. Ce sont justement eux, ces autres, qui le décident à passer à l’écriture. Et, aussi, à la notion de partage. « Un jour, on m’a demandé de travailler avec des jeunes gens cabossés. Il a fallu les aider et j’ai mis en valeur leur parole. J’ai dû les convaincre que ce qu’ils vivaient avait de la valeur. Il a fallu mettre cette parole en mots, en poèmes pour qu’ils puissent la dire sur scène. C’est là qu’a débuté mon envie de devenir auteur, en étant du côté de l’écoute et de l’attention aux autres. »
Avec Géraldine Bénichou et Lancelot Hamelin, Sylvain fonde en 1996 le théâtre du Grabuge. « Mon boulot était de passer avec des non-comédiens sur scène et de les aider à mettre en forme leurs cris de vie et de joie. »
Pose ta valise… à Vénissieux
En 2010, il monte avec un groupe de Vénissians Pose ta valise, qui a été joué aux Fêtes escales, « du temps de Michel Jacques et de Blandine Chagnard ». « Sur le plateau, une quarantaine de femmes parlaient des questions de l’exil et chantaient. Je disais des textes du sociologue Abdelmalek Sayad. Ce furent mes premiers pas à Vénissieux ! Ensuite, en 2013, toujours avec Géraldine et le Grabuge, nous avons monté au Théâtre de Vénissieux L’Assemblée des femmes, d’après Aristophane. »
Si le théâtre reste son terrain de jeu favori, c’est par le cinéma qu’il rencontre Slimane Bounia, qui est aujourd’hui le directeur de la compagnie vénissiane Traction avant. « J’ai écrit Celui qui brûle, un court-métrage tourné en Algérie. Puis, après avoir suivi une formation au Conservatoire européen d’écriture audiovisuelle, j’ai me suis lancé dans le scénario des Déraillés, un projet de série dans lequel des syndicalistes cheminots voulaient faire un braquage à la SNCF. Mais cela n’a pas abouti, pour des raisons financières. »

En pleine séance de travail avec Slimane Bounia (Photo Emmanuel Foudrot)
Avec Slimane, il développe un projet de long-métrage, La Petite Fille, le Poisson et le Pistolet, qui lui non plus ne se concrétisera pas. En revanche, En roue libre est un court-métrage que tous deux réussissent à tourner. « C’était assez magique de rencontrer ces personnes de Monmousseau par l’intermédiaire de Samy, du centre social Eugénie-Cotton. Nous nous sommes vus tous les quinze jours pendant six mois, pour bâtir une histoire ensemble. J’étais à leur écoute et j’apportais un regard extérieur. C’était un vrai travail collaboratif, où l’énergie circulait. C’était ludique, productif et vivant. Il a fallu ensuite trouver une distribution, des décors et transformer ce dont on avait rêvé en choses concrètes. »
De Monmousseau à l’éloquence
Sylvain rédige un séquencier, puis est invité à la rupture du jeûne, pendant le Ramadan. « Nous avons mangé ensemble et fait des lectures et nous nous sommes régalés… des deux ! » Le court-métrage a aujourd’hui trouvé une suite avec un spectacle musical, Monmousseau tour à tour, qui sera joué au Théâtre de Vénissieux le 31 octobre à 18 heures.
Toujours avec Traction avant, Sylvain mène également avec le lycée Jacques-Brel et les collèges Triolet et Aragon un projet sur l’éloquence. « C’est encore un boulot de passeur. Ainsi, le 9 décembre à 11 heures, à la Halle à grains, les jeunes vont venir parler de sujets qui leur tiennent à cœur, des violences policières à l’amour des maths, du racisme dans le foot à la molécule qui donne du bonheur dans le sport. Toutes ces voix sont extrêmement belles et passionnantes et je suis étonné par elles et eux. J’en pleure de joie ! »
Comme le célèbre lapin d’une publicité pour piles électriques, Sylvain ne semble jamais s’arrêter. Car il évoque déjà un nouveau projet. « C’est une création de Lancelot Hamelin, qui s’intitule Le Chien, la Traductrice et l’Enfant. Le propos tourne autour des questions de l’accueil et du logement. La première lecture publique va se dérouler à Paris, au théâtre du Rond-point, le 24 novembre. Auparavant, j’aurais joué un médecin légiste à la Croix-Rousse dans un téléfilm policier réalisé par Romane Bohringer. »






























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