Conseil municipal : les débats tournent court

Hier soir, le vote du budget 2021 figurait au programme du conseil municipal de Vénissieux. Mais l’opposition a préféré se saisir de l’occasion pour s’insurger contre des propos tenus, en décembre, par le maire, au point de finir par quitter la salle.

Deux petits votes — contre, sans surprise — et puis s’en va. Hier soir, avant même la lecture du troisième rapport, l’ensemble de l’opposition siégeant au conseil municipal de Vénissieux a pris la décision de quitter l’assemblée.

La raison de leur coup de sang, largement relayé sur les réseaux sociaux ? Une phrase, prononcée par le maire de Vénissieux lors d’une réunion co-organisée par les sections PCF de Vénissieux et de Vaulx-en-Velin, le 9 décembre dernier : « Quand vous voyez l’opposition que nous avons à Vénissieux, c’est un pourrissement de la vie politique et c’est, quelque part, quelque chose, de fasciste », avait déclaré Michèle Picard.

Se montrant tous plus outrés les uns que les autres — le conseil municipal était fermé au public en raison de la crise sanitaire mais diffusé en direct sur Youtube —, exigeant des excuses de l’édile qu’ils n’obtiendront pas, les représentants des groupes « Nous Vénissieux ! », « Ensemble pour Vénissieux, groupe de gauche progressiste, socialiste et écologiste », Vénissieux Pluriel » et « La République partout pour tous », ainsi que Yalcin Ayvali (démissionnaire de « Nous Vénissieux ! », qui ne compte plus que trois membres), ont donc choisi de quitter l’assemblée après leur intervention sur le budget municipal. Une quinzaine d’autres rapports, concernant entre autres les associations locales, la restauration scolaire ou encore la vie culturelle vénissiane étaient pourtant encore au programme.

Des dépenses de fonctionnement stables

Et le budget primitif 2021, dans tout ça ? Pour Bayrem Braïki, adjoint au maire en charge notamment des finances, il se résume en quatre points : « Un budget qui permet le lancement de projets nouveaux tout en assurant la maîtrise des dépenses de fonctionnement, le gel des taux d’imposition au niveau de 2016, un niveau d’investissement garantissant l’accompagnement du développement de la Ville, et le recours raisonné à l’emprunt avec un désendettement continu depuis 2015. »

D’un montant total de 114,7 millions d’euros, le budget primitif 2021 — qui avait fait l’objet d’un débat d’orientation en décembre — est marqué par une quasi-stabilité des dépenses de fonctionnement (94,3 millions d’euros, -0,2%) et par une légère hausse des recettes (104,8 millions d’euros, +2,1%). Dans le détail, les dépenses courantes des services et les dépenses de personnel sont « maîtrisées », selon l’adjoint en charge du dossier, avec une hausse respective de +1,6% et +0,4%. Les subventions aux régies et établissements publics progressent de +1,6%, et celles accordées aux associations de droit commun, de +0,4%.

Côté recettes, l’assemblée municipale a fait le choix de maintenir les taux de fiscalité directe aux niveaux de ceux votés pour 2016. Pourtant, le produit prévisionnel des impositions pour 2021 augmente pour s’élever à 36,85 millions d’euros, soit +7,4%. Une variation qui s’explique notamment par une hausse des bases locatives qui, elles, sont décidées par l’État.

Les dépenses d’investissement, pour leur part, sont prévues à hauteur de 20,384 millions d’euros. Dans cette enveloppe, en légère hausse par rapport à celle constatée en 2020, 5,5 millions d’euros seront dédiés à la maintenance du patrimoine (gymnases, stades, crèches, travaux d’embellissement divers…), à l’extension du groupe scolaire Jules-Guesde (650 000 euros) ou encore à la Maison de l’enfance Max-Barel (500 000 euros). Rappelons à cet égard que selon les orientations budgétaires évoquées en fin d’année dernière, la Ville prévoit de consentir à « un effort considérable » en matière d’investissement durant le mandat. Cette ligne budgétaire devrait être portée, dès 2022, à 21 millions d’euros annuels, et ce, grâce à l’amélioration du niveau d’autofinancement, aux subventions attendues par l’ANRU et à un « recours raisonné » à l’emprunt.

La dette, enfin, s’affiche au 1er janvier à un peu plus de 41,87 millions d’euros, en baisse de 5,6 millions en comparaison annuelle. « Ce qui représente 623 euros par habitant, contre une moyenne de 1 410 euros dans les villes de même strate, a indiqué Bayrem Braïki. Vénissieux ne doit composer par ailleurs avec aucun emprunt toxique, et dispose d’une capacité de désendettement de l’ordre de 3,6 ans. »

« Ce budget 2021 est le budget de toutes les solidarités, a commenté Michèle Picard, maire de Vénissieux. Avec les habitants, avec les associations, avec les acteurs économiques de notre ville. Personne ne doit rester au bord de la route, sous l’effet conjugué de ces trois crises, sanitaire, économique et sociale. Solidarité également entre les différents quartiers, qui font l’objet de projets structurants, à taille humaine, inscrits dans le cadre du développement durable et d’un aménagement urbain, en concertation avec les Vénissians. Plus nous resterons unis, plus nous renforcerons l’intérêt général, et plus vite alors, nous parviendrons à sortir de cette période complexe et difficile. C’est en tout cas l’esprit et la nature de ce budget 2021. »


Réactions

Yalcin Ayvali, opposition
« Je retiens que notre ville a un endettement à trois ans, et que vous ne proposez rien. Pas de construction d’une école ou d’une crèche, pas de gymnase ou de terrain de football. En clair, un budget frileux qui ne prend pas en compte l’augmentation de la population, et donc des besoins pour répondre à votre frénésie du bétonnage. Donc, vous n’empruntez pas, mais cela ne vous dérange pas de voter l’endettement pour 10 ans de la Métropole de Lyon. Ce qui est valable pour Lyon ne l’est visiblement pas pour Vénissieux. »

Lotfi Ben Khelifa, opposition (« Ensemble pour Vénissieux, groupe de gauche progressiste, socialiste et écologiste »)
« Il y a toujours un écart entre votre position à la Métropole et vos choix pour Vénissieux, mais ça ne sera pas la première fois que vous nous démontrez votre capacité à faire ce grand écart. En résumé, Vénissieux n’ est pas endettée, mais vous ne voulez pas emprunter alors que les taux sont bas. (…) Malgré ce contexte difficile, vous continuez sur ce schéma qui conduit notre commune dans le mur, où la qualité de vie est médiocre et fait de Vénissieux une cité dortoir. »

Christophe Girard, opposition (« La République partout pour tous »)
« Vous n’avez aucunement tenu compte de nos recommandations faites lors du débat budgétaire en décembre dernier, notamment celles concernant la sécurité des Vénissians. Dans ce budget, aucun effort n’est consenti pour répondre aux besoins indispensables de la police municipale pour qu’elle soit enfin à la hauteur des enjeux et des souffrances des Vénissians. Bien au contraire, comme d’habitude, vous aimez ajouter de la misère à la misère. C’est intolérable. »

Maurice Iacovella, opposition (« Vénissieux Pluriel »)
« Comme à l’accoutumée, nous insistons sur le fait qu’il faut investir aujourd’hui dans ces périodes de taux très faible pour augmenter la cohésion sociale de notre ville, amplifier les conditions d’accueil des futurs candidats à l’installation à Vénissieux, tout en favorisant la relance de l’économie. Madame le maire, vous nous soumettez un budget quasiment à l’identique de celui de 2020. Il faudrait être plus ambitieux pour soutenir l’activité et mettre à niveau les équipements publics. »

Pierre-Alain Millet, majorité (groupe communiste)
« Ce budget confirme les orientations présentées en décembre à partir d’une gestion saine et utile à tous de la ville, avec un plan d’investissement en nette hausse qui permet de planifier l’ensemble de nos 150 engagements, et de maintenir notre autofinancement. »

Fazia Ouatah, opposition (« Nous Vénissieux ! »)
« La commune se désendette ? Mais quelle idée ! Notre niveau d’endettement est très bas et le coût de l’argent particulièrement faible. C’est justement le moment de s’endetter ! L’Europe s’endette, la France s’endette, la Métropole s’endette, tout le monde s’endette, sauf Vénissieux qui, tel un petit village isolé, a décidé de faire le contraire. C’est incompréhensible et c’est une catastrophe pour l’avenir des Vénissians. Avec le niveau de dépense de fonctionnement que nous avons et sans emprunt, Vénissieux ne peut donc plus investir. »

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